‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 208 sur 267 · XVIII. DES SACREMENS · texte numérisé non relu

XVIII. DES SACREMENS

est capable et suffisante pour nous rendre saints et parfaits) ne provient sinon de ce que nous ne laissons pas regner Nostre Seigneur en nous comme sa bonté le desire. Il vient en nous, ce Bien-Aymé de nos ames, et il trouve nos coeurs tout pleins de desirs, d’affections et de petites volontés : ce n’est pas ce qu’il cherche, car il les veut trouver vuides pour s’en rendre le maistre et le gouverneur. Et pour monstrer combien il le desire, il dit à son amante sacrée * qu’elle le mette comme un cachet sur son cœur, à fin que rien n’y puisse entrer que par sa permission et selon son bon plaisir. Or, je sçay bien que le milieu de vos cœurs est vuide, autrement ce seroit une trop grande infidelité : je veux dire que nous avons non seulement rejetté et detesté le peché mortel, ains toute sorte d'affection mauvaise ; mais las! tous les coins et recoins de nos cœurs sont pleins de mille choses indignes de paroistre en la presence de ce Roy souverain, lesquelles ce semble, luy lient les mains à fin de l'empescher de nous départir les biens et les graces que sa bonté avoit desiré de nous faire, s'il nous eust trouvés preparés. Faisons donc de nostre costé ce qui est de nostre pouvoir pour nous bien preparer à recevoir ce Pain supersubstantiel*, nous abandonnant totalement à la divine Providence, non seulement pour ce qui regarde les biens temporels, mais principalement les spirituels, respandant en la presence de la divine Bonté (i) toutes nos affections, desirs et inclinations, pour luy estre entierement sousmis ; et nous asseurons que Nostre Seigneur accomplira de son costé la promesse qu'il nous a faite de nous transformer en luy, eslevant nostre bassesse jusques à estre unie avec sa grandeur.

L'on peut bien communier pour diverses fins : comme pour demander à Dieu d'estre delivrés de quelque tentation ou affliction, soit pour nous ou pour nos amis (X),

(j) volonté (Ms.) (k) ox pour — nostre prochain (Ms.) — autruy (Coll.)

* Cant., vit, 6.

* Matt., vi, 11.

342 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

ou pour demander quelque vertu, pourveu que ce soit sous ceste condition de nous unir par ce moyen plus parfaitement à Dieu, ce qui n’arrive pourtant pas bien souvent ; car au temps de l'affliction l'on est ordinairement plus uni à Dieu, parce que l’on se ressouvient plus souvent de luy. Et pour ce qui est des vertus, aucune fois il est plus à propos et meilleur pour nous de ne les pas avoir en habitude que si nous les avions, pourveu toutesfois que nous en fassions les actes à mesure que les occasions s’en presentent ; car la repugnance que nous sentons à pratiquer quelque vertu nous doit servir pour nous humilier (!), et l’humilité vaut tousjours mieux que tout cela (!).

En fin, il faut qu'en toutes les prieres et demandes que vous ferez à Dieu, vous ne les fassiez pas seulement pour vous, ains que vous observiez de dire tousjours nous, comme Nostre Seigneur nous l'a enseigné en l'Oraison dominicale, oü il n'y a ni mien, ni mon, ni moy. Cela s'entend, que vous ayez l'intention de prier Dieu qu'il donne la vertu ou la grace que vous luy demandez pour vous, à tous ceux qui en ont la mesme necessité, et que ce soit tousjours pour vous unir davantage avec luy ; car autrement nous ne devons demander ni desirer aucune (?) chose ni pour nous ni pour le prochain, puisque c'est la fin pour laquelle les Sacremens sont institués. Il faut donc que nous correspondions à

(1) car au femps de l'affliction — je seray peut estre plus uni à Dieu, parce que je me ressouviendray plus souvent de luy. Et pour ce qui est des vertus, il est plus à propos et meilleur pour moy, aucune fois, de ne les pas avoir que si je les avois. A quel propos demanderay-je à Dieu des vertus desquelles je ne puis pas avoir la pratique, puisque la repugnance que je sentiray à pratiquer ceste vertu, si j'en avois la commodité, me servira pour m'humilier ? (Ms. et Coll.)

(1) Ce passage corrobore la remarque faite plus haut (note (1), p. 98), et précise la pensée de saint Frangois de Sales. La répugnance que l'on éprouve pour la pratique de la vertu, quoique supposant l'absence de l'habitude vertueuse, peut étre un bien relatif, mais pourtant trés réel, dans le cas oà cette répugnance procure une augmentation d'humilité.

(2) Aucune est substitué à aufre d'après le Ms. et les Collogues.

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