XVIII. Des SACREMENS
ceste intention de Nostre Seigneur, les recevant pour ceste mesme fin.
Ft ne faut pas que nous pensions que communiant ou priant pour les autres nous y perdions quelque chose, sinon que nous offrissions à Dieu ceste Communion ou priere pour la satisfaction de leurs pechés, car alors nous ne satisferions pas pour les nostres. Mais pourtant le merite de la Communion et de la priere nous demeureroit, Car nous ne sçaurions meriter la grace les uns pour les autres : il n’y a que Nostre Seigneur qui l’ayt peu faire. Nous pouvons bien impetrer des graces pour les autres, mais leur meriter, nous ne le pouvons pas faire. La priere que nous avons faite (m) pour eux augmente nostre merite, tant pour la recompense de la grace en ceste vie, que de la gloire en l’autre. Et si une personne ne faisoit pas attention de faire quelque chose pour la satisfaction de ses pechés, la seule attention qu'elle auroit de faire tout ce qu'elle fait pour le pur amour de Dieu suffiroit pour y satisfaire, puisque c'est une chose asseurée que qui pourroit faire un acte excellent de charité, ou un acte d'une parfaite contrition, satisferoit pleinement pour tous ses pechés.
Vous voudriez peut estre scavoir comme vous cognoistrez si vous profitez par le moyen de la reception des Sacremens. Vous le cognoistrez si vous vous advancez par les vertus qui leur sont propres : comme si vous tirez de la Confession l'amour de vostre propre abjection et l'humilité, car ce sont les vertus qui luy sont propres ; et c'est tousjours par la mesure de l'humilité que l'on recognoist nostre advancement. Ne voyez-vous pas qu'il est dit * que quiconque s'humiliera sera exalté? estre exalté c'est estre advancé. Si vous devenez par le moyen de la tres-sainte Communion, fort douce (puisque c'est la vertu qui est propre à ce Sacrement,
(m) Nous pouvons bien — leur impetrer des graces, mais leur donner du merite nous ne le pouvons pas. La charité que nous avons faite de prier (Ms. et Coll.)
* Matt., xxi, 14 Lucz, xiv, r1, xvii
[I Thess., nr, 10.
344 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
qui est tout doux, tout suave, tout miel), vous retirerez le fruict qui luy est propre, et ainsi vous vous advancerez; mais si, au contraire, vous ne devenez point plus humble ni plus douce, vous meritez que l’on vous leve le pain, puisque vous ne voulez pas travailler *.
Je voudrois bien que l’on allast simplement quand il nous viendroit le desir de communier, le demandant à la Superieure avec resignation d’accepter humblement le refus, si on le nous fait ; et si on nous octroye nostre demande, aller à la Communion avec amour. Bien qu'il y ayt de la mortification à le demander, il ne faut pas laisser pour cela ; car les filles qui entrent en la Congregation n’y entrent que pour se mortifier, et les croix qu’elles portent les en doivent faire ressouvenir. Que si l'inspiration venoit à quelqu'une de ne pas communier si souvent que les autres, à cause de la cognoissance qu'elle a de son indignité, elle le peut demander à la Superieure, attendant le jugement qu'elle en fera, avec une grande douceur et humilité.
Je voudrois aussi que l'on ne s'inquietast point quand l'on entend parler de quelque defaut que nous avons ou de quelque vertu que nous n'avons pas ; mais que nous benissions Dieu dequoy il nous a découvert le moyen d'acquerir la vertu et de nous corriger de l'imperfection, et puis prendre courage de nous servir de ces moyens. Il faut avoir des esprits genereux qui ne s'attachent qu'à Dieu seul, sans s'arrester aucunement à ce que nostre partie inferieure veut, faisant regner la partie superieure de nostre ame, puisqu'il est entierement en nostre pouvoir, avec la grace de Dieu, de ne jamais consentir à l'inferieure. Les consolations et tendretés ne doivent pas estre desirées, puisque cela ne nous est pas necessaire pour aymer davantage Nostre Seigneur. Il ne faut donc point s'arrester à considerer si l'on a de bons sentimens ; mais il nous faut faire ce qu'ils nous feroyent faire si nous les avions.
Il ne faut pas aussi estre si tendres à se vouloir confesser de tant de menues imperfections, puisque mesme nous ne sommes pas obligés de nous confesser des