XIX. Des VERTUS DE SAINT JOSEPH
ne peut douter qu’il n’exerca jamais tant de charité envers les pauvres comme saint Jean qui fut pour cela appellé l'Aumosnier, ni n'eut jamais les occasions de pratiquer la magnificence ; et partant, il n'avoit pas ceste vertu en un si haut degré que plusieurs autres Saints. Il avoit toutes les vertus, mais non pas en un si haut degré les unes que les autres. Les Saints ont excellé, les uns en une vertu, les autres en une autre; et si bien ils sont tous sauvés, ils le sont neantmoins tres-differemment, y ayant autant de differentes saintetés comme il y a de Saints («).
Cela estant donc ainsi presupposé, je remarque trois proprietés particulieres qu'a (4) la palme, entre toutes les autres qui sont en tres-grand nombre, lesquelles proprietés conviennent mieux au Saint dont nous celebrons la feste, qui est, ainsi que la sainte Eglise nous fait dire, semblable à la palme. O quel Saint est le glorieux saint Joseph! Il n'est pas seulement Patriarche, ains le coryphée (*) de tous les Patriarches ; il n'est pas simplement Confesseur, mais plus que Confesseur, car dans sa confession sont encloses les dignités des Evesques, la generosité des Martyrs et de tous les autres Saints. C'est donc à juste raison qu'il est accomparé à la palme, qui est le roy des arbres, et lequel a la proprieté de la virginité, celle de l'humilité et celle de la constance et vaillance, trois vertus esquelles le glorieux saint Joseph a grandement excellé ; et si l'on osoit faire des comparaisons, il y en auroit plusieurs qui maintiendroyent qu'il surpasse tous les autres Saints en ces trois vertus.
Entre les palmes, se trouve le masle et la femelle. Le palmier, qui est le masle, ne porte point de fruict, et si neantmoins il n'est pas infructueux, car la palme femelle ne porteroit point de fruict sans luy et sans son aspect ;
(c) #/s sont tous — saints, ils le sont neantmoins differemment, y ayant des differentes saintetés, et tout autant qu'il y a de Saints au Ciel.
(d) Cela estant donc ainsi, pour m'introduire en mon sujet je remarque trois proprietés particulieres en
(e) paranymphe
Cf. Plin., Hist.
at. (1. XIII, c. vm, ]. tv), cum notis 'ariorum.
Is., vit, 14.
Cant., 11, 5.
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de sorte que si la palme femelle n'est plantée aupres du palmier masle, et qu'elle ne soit regardée de luy, elle demeure infructueuse et ne porte point de dattes, qui est son fruict ; et si, au contraire, elle est regardée du palmier et est à son aspect, elle porte quantité de fruicts *. Elle produit, mais pourtant elle produit virginalement, car elle n'est nullement touchée du palmier: si bien elle en est regardée, il ne se fait nulle union entre eux deux, si qu'elle produit son fruict à l'ombre et à l'aspect de son palmier, mais c'est tout purement et virginalement. Le palmier ne contribue nullement de sa substance pour ceste production ; neantmoins, nul ne peut dire qu'il n'ayt grand part au fruict de la palme femelle, puisque sans luy elle n'en porteroit point et demeureroit sterile et infructueuse.
Dieu ayant destiné (f) de toute eternité, en sa divine providence, qu’une Vierge concevroit un Fils * qui seroit Dieu et homme tout ensemble, voulut neantmoins que ceste Vierge fust mariée. Mais, 6 Dieu! pour quelle raison, disent les saints Docteurs, ordonna-t'il deux choses si differentes, estre vierge et mariée tout ensemble? La pluspart des Peres disent que ce fut pour empescher que Nostre Dame ne fust calomniée des Juifs, lesquels n'eussent point voulu exempter Nostre Dame de calomnie et d'opprobre, et se fussent rendus examinateurs de sa pureté ; et que, pour conserver ceste pureté et ceste virginité, il fut besoin que la divine Providence la commist à la charge et en la garde d'un homme qui fust vierge, et que ceste Vierge conceust et enfantast ce doux fruict de vie, Nostre Seigneur, sous l'ombre du saint mariage *. Saint Joseph donc fut comme un palmier, lequel ne portant point de fruict n'est pas toutefois infructueux, ains a beaucoup de part au fruict de la palme femelle ; non que saint Joseph eust contribué aucune chose pour ceste sainte et glorieuse production, sinon la seule ombre du mariage, qui empeschoit Nostre