‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 216 sur 267 · XIX. Des VERTUS DE SAINT JosEPH · texte numérisé non relu

XIX. Des VERTUS DE SAINT JosEPH

Dame et glorieuse Maistresse de toutes sortes de calomnies et des censures que sa grossesse luy eust apportées. Ft si bien il n’y contribua rien du sien, il eut neantmoins une grande part en ce fruict tres-saint de son Espouse sacrée ; car elle luy appartenoit et estoit plantée tout aupres de luy comme une glorieuse palme aupres de son bien-aymé palmier, laquelle, selon l'ordre de la divine Providence, ne pouvoit et ne devoit produire sinon sous son ombre et à son aspect ; je veux dire sous l'ombre du saint mariage qu'ils avoyent contracté ensemble, mariage qui n'estoit point selon l'ordinaire, tant pour la communication des biens exterieurs comme pour l'union et conjonction des biens interieurs.

O quelle divine union entre Nostre Dame et le glorieux saint Joseph! union qui faisoit que ce Bien des biens eternels, qui est Nostre Seigneur, fust et appartinst à saint Joseph ainsi qu'il appartenoit à Nostre Dame; non selon la nature qu'il avoit pris dans les entrailles de nostre glorieuse Maistresse, nature qui avoit esté formée par le Saint Esprit du tres-pur sang de Nostre Dame, ains selon la grace, laquelle le rendoit participant de tous les biens de sa chere Espouse, et laquelle faisoit qu'il alloit merveilleusement croissant en perfection ; et c'est (8) par la communication continuelle qu'il avoit avec Nostre Dame, qui possedoit toutes les vertus en un si haut degré que nulle autre pure creature n'y scauroit parvenir; neantmoins le glorieux saint Joseph estoit celuy qui en approchoit davantage. Et tout ainsi comme l'on void un miroir opposé aux rayons du soleil recevoir ses rayons tres-parfaitement, et un autre miroir estant mis vis à vis de celuy qui les recoit, bien que le dernier miroir ne prenne ou recoive les rayons du soleil que par reverberation, les represente pourtant si naifvement que l'on ne pourroit presque pas juger lequel c'est qui

(g) et Je glorieux saint Joseph! — Nostre Dame recevant du glorieux saint Joseph beaucoup de soulagement et de service, et luy, participant à tous les biens spirituels de sa chere Espouse, lesquels faisoyent qu'il alloit croissant merveilleusement en perfection; et ce

* Malach., ult., 2.

' Matt., xxi, 30; Luca, xx, 36.

* Cap. ult., 8, 9.

356 Lgs vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

les recoit immediatement du soleil, ou celuy qui est opposé au soleil, ou celuy qui ne les recoit que par reverberation (h;; de mesme en estoit-il de Nostre Dame, laquelle [était] comme un tres-pur miroir opposé aux rayons du Soleil de fustice*, rayons qui apportoyent en son ame toutes les vertus en leur perfection, perfections et vertus qui faisoyent une reverberation si parfaite en saint Joseph, qu'il sembloit presque qu'il fust aussi parfait ou qu'il eust les vertus en un si haut degré comme les avoit la glorieuse Vierge nostre Maistresse.

Mais en particulier, pour nous tenir en nostre propos commencé, en quel degré pensons-nous qu'il eust la virginité, qui est une vertu qui nous rend semblables aux Anges *? Si la tres-sainte Vierge ne fut pas seulement Vierge toute pure et toute blanche, ains (comme chante la sainte Eglise aux respons des lecons des Matines, « Sainte et immaculée virginité, » etc.) elle estoit la virginité mesme, combien pensons-nous que celuy qui fut commis de la part du Pere eternel pour gardien de sa virginité, ou pour mieux dire, pour compagnon, puisqu'elle n'avoit pas besoin d'estre gardée d'autre que d'elle-mesme, combien, dis-je, devoit-il estre grand en ceste vertu ? Ils avoyent fait vceu tous deux de garder virginité tout le temps de leur vie, et voila que Dieu veut qu'ils soyent unis par le lien d'un saint mariage, non pas pour les faire dédire ni se repentir de leur vceu, ains pour les reconfirmer et se fortifier l'un lautre de perseverer en leur sainte entreprise ; c'est pourquoy ils le firent encores de vivre virginalement ensemble tout le reste de leur vie.

L'Espoux, au Cantique des Cantiques *, use de termes admirables pour descrire la pudeur, la chasteté et la candeur tres-innocente de ses divins amours avec sa chere Espouse bien-aymée. Il dit donc ainsi : Nostre sœur, ceste petite fillette, helas, qu'elle est petite !

(h) du soleil, — ou celuy qui les regoit par reverberation, ou celuy qui les regoit le premier

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