‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 221 sur 267 · XIX. Des VERTUS DE SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

XIX. Des VERTUS DE SAINT JOSEPH

la vaillance, constance et force, vertus qui se sont trouvées en un degré fort eminent en nostre Saint.

La palme, elle a une force et une vaillance et mesme une constance tres-grande au dessus de tous les autres arbres ; aussi est-elle le premier de tous. La palme monstre sa force et sa constance en ce que, plus elle est chargée, et plus elle monte en haut et devient plus haute ; ce qui est tout contraire non seulement aux autres arbres mais à toutes autres choses, car plus l’on est chargé, et plus l’on s’abaisse contre terre. Mais la palme monstre sa force et sa constance en ne se sousmettant ni abaissant jamais pour aucune charge que l’on mette sur elle; car c’est son instinct de monter en haut, et partant elle le fait sans que l’on l’en puisse empescher. Elle monstre sa vaillance en ce que ses feuilles sont faites comme des espées, et semble en avoir autant pour batailler, comme elle porte de feuilles.

C'est certes à tres-juste raison que saint Joseph est dit ressembler à la palme; car il fut tousjours fort, vaillant, constant et perseverant. Il y a beaucoup de difference entre la constance et la perseverance, la force et la vaillance. Nous appellons un homme constant, lequel se tient ferme et preparé à souffrir les assauts de ses ennemis, sans s'estonner ni perdre courage durant le combat ; mais la perseverance regarde principalement un certain ennuy interieur qui nous arrive en la longueur de nos peines, qui est un ennemy aussi puissant que l'on en puisse rencontrer. Or, la perseverance fait que l'homme mesprise cest ennemy en telle sorte qu'il en demeure victorieux, par une continuelle égalité et sousmission à la volonté de Dieu. La force, c'est ce qui fait que l'homme resiste puissamment aux attaques de ses ennemis; mais la vaillance est une vertu qui fait que l'on ne se tient pas seulement prest pour combattre ni pour resister quand l'occasion s'en presente, mais que l'on attaque l'ennemy à l'heure mesme qu'il ne dit mot (v),

(w) qu'il — y pense le moins.

* Is., xiv, 11-15.

(6 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

Or, nostre glorieux saint Joseph fut doué de toutes ces vertus, et les exerca merveilleusement bien. Pour ce qui est de sa constance, combien je vous prie, la fit-il paroistre lors que voyant Nostre Dame enceinte, et ne scachant point comment cela se pouvoit faire, mon Dieu, quelle detresse, quel ennuy, quelle peine (x) d'esprit n'avoit-il pas? Neantmoins il ne se plaint point, il n'en est point plus rude ni plus mal gratieux envers son Espouse, il ne la maltraitte point pour cela, demeurant aussi doux et aussi respectueux en son endroit qu'il souloit estre. Mais quelle vaillance et quelle force ne tesmoigne-t'il pas en la victoire qu'il remporta sur les deux plus grands ennemis de l'homme, le diable et le monde? et cela par la pratique exacte d'une tres-parfaite humilité, comme nous avons remarqué, en tout le cours de sa vie. Le diable est tellement ennemy de l’humilité, parce que, manque de l'avoir, il fut dechassé du Ciel et precipité aux enfers * (comme si l'humilité pouvoit mais dequoy il ne l'a pas voulu choisir pour compagne inseparable), qu'il (Y) n'y a invention ni artifice duquel il ne se serve pour faire decheoir l'homme de ceste vertu (2), et d'autant plus qu'il scait que c'est une vertu qui le rend infiniment agreable à Dieu ; si que nous pouvons bien dire : Vaillant et fort est l'homme qui, comme saint Joseph, persevere en icelle, parce qu'il demeure tout ensemble vainqueur du diable et du monde, qui est rempli d'ambition, de vanité et d'orgueil.

Quant à la perseverance, contraire à cest ennemy interieur qui est l'ennuy qui nous survient en la continuation des choses abjectes, humiliantes, penibles, des mauvaises fortunes, s'il faut ainsi dire, ou bien és divers accidens qui nous arrivent, ò combien ce Saint fut

(x) quelle detresse, — quelles tranchées, quelle confusion

(y) parce que, — faute de l'avoir, il fut dechassé du Ciel et precipité aus enfers; comme si l'humilité estoit la cause de ce qu'il ne la voulut pas choisis pour compagne inseparable. Il

(z) de — l'affectionner

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