‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 233 sur 267 · XXI. DE NE RIEN DEMANDER · texte numérisé non relu

XXI. DE NE RIEN DEMANDER

guerison. Je ne veux pas dire pourtant qu'on ne la puisse bien demander à Nostre Seigneur, comme à Celuy qui nous la peut donner, avec ceste condition, si telle est sa volonté ; car nous devons tousjours dire : Fiat voluntas tua *.

Il ne suffit pas d'estre malade et d'avoir des afflictions puisque Dieu le veut; mais il le faut estre comme il le veut, quand il le veut, autant de temps qu'il veut et en la facon qu'il luy plaist que nous le soyons, ne faisant aucun choix ni rebut de quelque mal ou affliction que ce soit, tant abjecte ou deshonnorable nous puisse-t'elle sembler; car le mal et l'affliction sans abjection enfle bien souvent le coeur au lieu de l'humilier. Mais quand on a du mal sans honneur, ou que le deshonneur mesme, l'avilissement et l'abjection sont nostre mal, que d'occasions d'exercer la patience, l'humilité, la modestie et la douceur d'esprit et de coeur! Ayons donc un grand soin, comme ceste bonne femme, de tenir nostre cœur en douceur, faisant profit comme elle de nos maladies ; car elle se leva si tost que Nostre Seigneur eut chassé la fievre, ef le servit à table *. En quoy certes elle tesmoigna une grande vertu et le profit qu'elle avoit fait de sa maladie, de laquelle estant quitte, elle ne veut user de sa santé que pour le service de Nostre Seigneur, s'y employant au mesme instant qu'elle l'eut recouvrée. Au reste, elle n'est pas comme ces personnes du monde qui ayant une maladie de quelques jours, il leur faut les semaines et les mois pour les refaire.

Nostre Seigneur estant sur la croix, nous fait bien voir comme il faut mortifier les tendretés ; car ayant une grande soif, il ne demanda pourtant point à boire, mais manifesta simplement sa necessité, disant : /’ay soif. Apres quoy il fit un acte de tres-grande sousmission, car quelqu'un luy ayant tendu au bout d'une lance un morceau d'esponge trempée dans du vinaigre pour le desalterer, il la sucça avec ses benites levres *. Chose estrange! il n'ignoroit pas que c'estoit un breuvage qui augmentoit sa peine ; neantmoins il le prit tout simplement, sans rendre tesmoignage que cela le faschoit ou

* Matt., v1, 10.

* Vide loca supr:

* Joan., xix, 28-30

qu'il ne l’eust pas trouvé bon; pour nous apprendre avec quelle sousmission nous devons prendre les remedes et viandes presentées, quand nous sommes malades, sans rendre tant de tesmoignages que nous en sommes dégoustés et ennuyés, voire mesme quand nous serions en doute que cela accroistroit nostre mal. Helas! si nous avons tant soit peu d’incommodité nous faisons tout au contraire de ce que nostre doux Maistre nous a enseigné, car nous ne cessons de nous lamenter, et ne trouvons pas assez de personnes, ce semble, pour nous plaindre et raconter nos douleurs par le menu. Nostre mal, quel qu'il soit, est incomparable, et celuy que les autres souffrent n’est rien au prix; nous sommes plus chagrins et impatiens qu'il ne se peut dire; nous ne trouvons rien qui aille comme il faut pour nous contenter. En fin, c'est grande compassion combien nous sommes peu imitateurs de la patience de nostre Sauveur, lequel s'oublioit de ses douleurs et ne taschoit point de les faire remarquer par les hommes, se contentant que son Pere celeste, par l'obeissance duquel il les souffroit, les considerast, et appaisast son courroux envers la nature humaine pour laquelle il patissoit.

(c) Dites-vous ce que je desire qui vous demeure le plus engravé dans l'esprit, à fin de le mettre en pratique? Hé ! que vous diray-je, mes tres-cheres filles, sinon ces deux cheres paroles que je vous ay desja tant recommandées : Ne desirez rien, ne refusez rien? En ces deux

(c) C'EST ICY LE DERNIER ADIEU QUE FIT NOSTRE BIEN-HEUREUX PERE A NOS CHERES SCEURS DE LYON, LE JOUR DE SAINT ESTIENNE AU SOIR, LA SURVEILLE DE SA BIEN-HEURBUSE MORT. Î/ deceda le jour des saints Innocens, 1622. (Ms.) — LE DERNIER ADIEU QUE FIT MONSIEUR DE GENEVE AUX SŒURS DE LA VISITATION DE LYON, LA VEILLE DE SON TRESPAS. (Coll.)

Comme il vid les flambeaux allumés pour le reconduire, il dit avec estonnement à ses gens: « Hé, que voulez-vous faire vous autres ? Je passerois bien icy toute la nuit sans y penser. Il s'en faut donc aller; voicy l'obeissance qui m'appelle. A Dieu, mes cheres filles; (Ms. et Coll.) je vous emporte toutes dans mon cœur, et je vous le laisse pour gage de mon amitié. » (Ms.)

Lors nostre Mere le supplia tres-humblement de nous dire ce qu'il desiroit qui nous demeurast plus avant grave en l'esprit. Il respondit : « Que voulez-vous que je vous die, ma chere fille? Je vous ay tout dit en ces deux

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