EN NOSTRE MONASTERE D'ANNESSY
Une Sœur disant à nostre bien-heureux Pere qu’elle vouloit tenir
sa place dans ce Monastere, Ie Bien-heureux luy respondit avec sa debonnaireté ordinaire :
Que dites-vous, ma chere fille Claude Simplicienne? que vous voulez tenir ma place ceans et faire ce que j'y ferois si j'y estois. Et qu'y ferois-je, ma fille? pas si bien que vous sans doute, car je ne
Vous dites que vous feriez ce que je ferois si j'estois là dedans, ma chere fille. Et que c'est que je ferois? Je n'en scay rien: qu'en peux-je scavoir? Je ne ferois pas si bien que vous, car je suis un poltron, je ne vaux rien moy;
(1) Cette Religieuse qui avait reçu le voile en qualité de Sœur converse à la Visitation d’Annecy, le 2 juillet 1614, mérita par son innocence et sa candide simplicité la spéciale bienveillance de saint Frangois de Sales. ( Voir sa biographie dans Les Vies de VII Religieuses de l'Ordre de la Visitation Sainte Marie, par la Mère F.-M. de Chaugy.)
Les paroles du Saint reproduites ici sont extraites du recueil intitulé : Petite Coustume de ce Monastere de la Visitation Saincte Marie d'Annessy, où elles suivent sans titre spécial les Additions dont il est parlé plus haut (voir note (1), page 68). Le titre a été suppléé d'après un ancien Ms. conservé au ir Monastère de la Visitation de Paris, qui contient le texte donné en seconde leçon.
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font ben.
Si l'on m'emplovoit a quelque chose oz quse l'on me donzast une charge, je l'avmerois bien et tascherois de faire tout a propos: si l'on ne m'employoit en rien et que l'on me larssast la. ie ne me meslerois de chose cuelconque que de bien faire l'obeissance et teen aymer Nostre Seigneur. O il me semble que je l'avmerois bien de tout mon cœur, ce bon Dieu, et qu'a cela j appliquerois tout mon esprit. et a bien observer les Regles et Constitutions. O ma chere fille Simplicienne, il le faut bien faire le mieux que nous pourrons :
mais il m'est adv:s qu'avec la grace de Dieu. je me rendrois si attentif a la pratique des vertus et menues observances qui sort introduites là dedans, que par ce moyen je tasche:ois de gaigner le cœur de Nostre Seigneur. Je fereis bien le silence, et parlerois aussi quelquefois aa silence, je veux dire tousjours quand la charité le requerroit. mais non pas autrement. Je parlerois bien doucement et bas tousjours; j y ferois attention particuliere parce que les Constitutions l'ordonnent. O de cela il m'est advis que je le ferois. Jouvrirois et fermerois les portes bien doucement parce que nostre Mere l'a ainsi ordonné ; car nous voulons bien faire tout ce que nous sçavons qu'elle veut que l'on fasse. Je porterois la veue si basse parmi la maison, et marcherois bien doucement. Ma chere fille, Dieu et ses Anges nous regardent tousjours, et ayment extremement ceux qui font bien.
Il m'est a.ivis que si je m'estois donné une bonne fois à Nostre Seigneur cn ceste sorte, comme on fait lors qu'on fait Profession, que je luy laisserois bien tout le soin de moyÿ-in-sme et de tout ce qui me regarde ; je le laisserois faire de moy tout ce que lon voudroit, au moins ce me semble. Si on m employoit à quelque chose, ou que l'on me donnast une charge, je l'aymerois bien et tascherois de bien faire tout ce à quoy je serois employé ; et si on ne m'en donnoit point, qu'on me laissast là, à ceste heure je ne jme] meslerois de rien que de bien faire l'obeissance et bien aymer Nostre Seigneur; il m'est advis que je l'aymerois bien de tout mon cœur. Par tout là où je me trouverois j'y appliquerois bien mon esprit le plus qu'il me seroit possible, [et] à bien observer les Regles ct Constitutions. O cela il nous le faut bien faire le
n'est-il pas vray que nous nous sommes faites Religieuses pour cela nous deux? Je suis certes bien aise qu’il y ayt une Sœur ceans qui veuille tenir ma place et estre Religieuse pour moy, mais j'ayme bien que ce soit ma Sœur Claude Simplicienne, car je l'ayme bien ma Sceur Claude Simplicienne.
Or sus, faisons donc le mieux que nous pourrons; rien ne nous doit empescher de bien faire tout ce qui est marqué dans nos Constitutions, car nous le pouvons avec la grace de Nostre Seigneur. Mais il ne nous faut pas estonner de nos fautes, car que pouvonsnous sans l'ayde de ce bon Dieu ? rien du tout. Voulez-vous que je vous die encore, ma tres-chere fille? Il m'est advis que je serois bien joyeux, et que je ne m'empresserois jamais ; cela, Dieu mercy, je le fais desja, car jamais je ne m'empresse, mais je le ferois encore mieux.
Je me tiendrois bien bas et petit, je m'humilierois et ferois les pratiques selon les rencontres ; et si je ne m'estois pas humilié, je m'humilierois au moins de ce que je ne me serois pas humilié. Je tascherois le mieux qu'il me seroit possible de me tenir en la presence de Dieu et de faire toutes mes actions pour son amour, car, ma chere fille, on nous apprend ceans à faire ainsi. Et qu'avons-nous
mieux que nous pourrons, car à ceste heure, nous deux nous nous faisons Religieux pour cela : n'est-il pas bien vray? Je suis bien aise qu'il y ayt une Sœur Claude Simplicienne, car je l'ayme de tout mon cœur ma Sœur Claude Simplicienne. Elle veut tenir ma place et tousjours mieux faire. Voulons- [nous] pas bien faire nous deux? Taschons de faire du mieux que nous pourrons.
Pour bien faire, entreprenons de bien mortifier nos humeurs et inclinations un peu bien à la bonne foy et tout de bon, car nous n'avons rien autre qui nous puisse empescher de bien faire que cela. Rien ne nous doit empescher de bien faire tout ce qui est marqué en nos Constitutions; avec la grace de Dieu, nous le pouvons et devons faire. Jamais nous ne nous devons estonner ni descourager pour estre sujettes à faire des fautes; nous en ferons tousjours, Dieu le permettant ainsi pour nous faire pratiquer l'humilité : de nousmesmes nous ne pouvons rien autre chose. Il m'est advis que si j'estois là dedans je serois bien joyeux; je serois si content d'avoir tous mes exercices marqués! Mais je ne m'empresserois jamais, ó non; cela je le ferois encore bien, ce me semble, car dés à ceste heure je ne m'empresse jamais, je fais desja cela.
Je m'humilierois en faisant les pratiques de vertu et d'humilité mesmes, selon les rencontres; et si je ne scavois pas m'humilier, je m'humilierois encore de ce que je ne scaurois pas m'humilier. Et tousjours je tascherois le mieux que je pourrois de faire toutes mes actions en la presence de Dieu, avec le plus d'humilité et d'amour qu'il me seroit possible, car on apprend ceans à faire ainsi, n'est-il pas vray? Et qu'avons-nous à faire nous autres que cela?
en ce monde autre chose a faire que cela ? Rien du tout, nous scavons tout ce qui est requis que nous scachions pour cela, et a ceste heure il nous faut quitter nous-mesmes. Commençons tout de bon, Dieu nous aydera : si nous avons le courage, nous ferons prou, Dicu aydant.
Mais sçavez-vous encore, ma chere fille Simplicienne ? j'espere que je laisserois bien faire de moy tout ce que l'on voudroit, et lirois souvent les chapitres De l'Humilite et De la Modestie, de nos Constitutions. O ma fille. il les faut bien lire souvent et les bien pratiquer. Dieu nous en face la grace et soit beni.