DES CINQ DEGRÉS D'HUMILITÉ
(Mss. et Coll.)
Le premier degré de l'humilité c'est la cognoissance de soymesme, c'est à dire lors que par le tesmoignage de nostre propre conscience et par la lumiere que Dieu respand dans nostre esprit, nous cognoissons que nous ne sommes rien que pauvreté, que misere et abjection. Ceste humilité icy, si elle ne passe pas plus avant, elle n'est pas grande chose, et en effect elle est fort commune ; car il se trouve peu de personnes qui vivent avec tant d'aveuglement qu'ils ne cognoissent assez clairement leur vileté, pour peu de consideration qu'ils fassent ; mais neantmoins, si bien ils sont contrains de se voir pour ce qu'ils sont, ils seroyent extremement marris si quelqu'autre les tenoit pour tels. C'est pourquoy il ne faut pas s'arrester la, ains passer au second degré, qui est la
rien du tout. Il m'est advis que je me tiendrois bien bas et petit au prix des autres. Si nous avons bien cu le courage de quitter ce que nous avions au monde, il en faut bien plus avoir pour nous quitter nous-mesmes. C'est bien peu ce que nous laissons au monde, mais puisque c'est tout ce que nous pouvions avoir, c'est tout quitter. A ceste heure nous n'avons rien à faire que ce qui est escrit pour nous. Commengons tous les jours à mieux faire.
Je lirois bien souvent le chapitre De l’Humilité et De la Modestie : et vous, ne les lisez-vous pas bien souvent? Quelquefois ? Nous ferons prou, je le scay bien moy, et Dieu nous aydera. Faisons bien, nous avons bon courage. Dicu soit beni.
P. am
recognoissance ; car il y a difference entre cognoistre une chose et la recognoistre.
La recognoissance donques c'est de dire et publier quand il en est besoin, ce que nous cognoissons de nous ; mais cela s'entend de le dire avec un vray sentiment de nostre neant, car il s'en trouve une infinité qui ne font autre chose que s'humilier en paroles. Parlez à une femme la plus vaine du monde, à un courtisan de mesme humeur, dites-leur voir : Mon Dieu, que vous estes braves, que vous avez de merite! je ne vois rien qui approche de vostre perfection. O Jesus, vous respondront-ils, excusez-moy, je ne vaux rien et ne suis que la misere mesme et imperfection ; mais ce pendant ils sont extremement ayses de s'entendre loüer, et encor plus si vous le croyez comme vous le dites. Voila donc comme ces termes d'humilité ne sont que sur le bout des levres et ne partent nullement de l'intime du cœur; car si vous les preniez au mot sur leurs fausses humiliations ils s'en offenceroyent, et voudroyent que tout sur le champ on leur fist reparation d'honneur. Or, de tels humbles Dieu nous en defende.
Le troisiesme degré est d'avouer et confesser nostre vileté et abjection quand les autres la descouvrent : car souventesfois nous disons bien nous-mesmes, voire avec sentiment, que nous sommes pervers et miserables, mais nous ne voudrions pas qu'un autre nous devangast en ceste declaration ; et si l'on le fait, non seulement nous n'y prenons pas plaisir, mais de plus nous nous en piquons, qui est une vraye marque que nostre humilité n'est pas parfaite ni de la fine. Il faut donc avouer franchement et dire : Vous avez raison, vous me cognoissez extremement bien. Et ce degré icy est desja fort bon.
Le quatriesme c'est d'aymer le mespris et se resjouir quand on nous deprime et avilit; car, quelle apparence de tromper l'esprit d'autruy ? il n'est pas raisonnable. Puisque nous avouons que nous ne sommes rien, il faut estre bien ayses que l'on Ie croye, que l'on Ie die et que l'on nous traitte comme vils et miserables.
Le cinquiesme, qui est le dernier et le plus parfait de tous les degrés d'humilité, c'est non seulement d'aymer le mespris, mais de le desirer, de le rechercher et s'y complaire pour l'amour de Dieu : et ceux qui parviennent icy sont bien heureux, mais le nombre en est fort petit. Nostre Seigneur le veuille accroistre de vingt cinq ou trente filles qui luy soyent dediées en ceste petite Congregation. Ainsi soit-il.
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ENTRETIEN DE NOSTRE BIEN-HE-REUX PERE PLEIN DE TRES-BELLES PT AOMIRABLES SENTENCES
L'exacte obeissance és choses dures, la profonde humilité és mespris et une invincible patience es douleurs: ce sont les trois vertus et pierres de touche ou l'on essaye la charité.
Je mediteray comme la colombe et mes veux seront fatigués en confemplant le ciel, parce que la colombe mangeant les grains qu'elle amasse, elle esleve souvent ses yeux au ciel : c'est pourquoy Les yeux de l'Espouse sont comparés aux yeux de la colombe, pour signifier que les espouses de Jesus Christ, meditant, mangeant et travaillant, doivent souvent eslever les yeux au Ciel ou est leur Bien-Aymé.
Le plus ordinaire sejour de l'ame devote doit estre au pied de la Croix de Nostre Seigneur, car l'on obtient davantage de Dieu par le chemin de l'humilité et reverence ; et il ne se faut pas trop avancer par la voye de la confiance, de peur qu'il ne nous arrive comme à l'Espouse, qui pria son Amy de luy monstrer le lieu où il reposoit sur le midy. Il luy fut respondu qu'elle recognust ce qu'elle estoit. parce que si elle ne se recognoissoit, il ne demeureroit pas avec elle.
La rose represente l'amour et charite ; elle a ses feuilles incarnates, toutes faites en façon de cœurs : telles doivent estre toutes les actions des espouses de Jesus Christ, ayant autant de cœurs que de feuilles et autant de feuilles que de cœurs ; c'est à dire des cœurs pleins d'amour; et de feuilles, pour le peu d'estime qu'elles doivent avoir de tout ce qu'elles font. La rosea encor une autre proprieté, c'est qu'elle tue tous les limagons qui viennent à l'entour de son rosier, par sa suave odeur : ainsy lame devote, qui doit estre une rose devant Dieu, doit chasser et tuer tous les limagons qui viennent à l'entour de son cœur, c'est à dire le rafroidissement et tiedeur qui l'empeschent de courir en la voye de Dieu. La rose croist entre les espines : de mesme, les meilleures et plus solides vertus croissent
et se maintiennent parmi les plus dures contradictions. A mesure que l'on s'abaisse par humilité, à mesure l'on croist en vertu, et non plus. Tout bomme, dit David, qui pense estre quelque chose, est menteur, car en verité il n'est rien. Celuy qui assemble et fait amas de vertus sans humilité, est semblable à celuy qui porte en ses mains de la poussiere au vent.
Bien-heureuse sera l'ame qui pourra dire en verité à l'heure de la mort, à limitation de Nostre Seigneur : Tout est consomme, j'ay fait tout ce que j'ay peu pour m'avancer au service de Dieu.
ll faut garder nos cœurs purs et nets comme un temple sacré auquel Dieu fait sa residence, et avoir tous les jours et à toutes heures la serpe à la main pour couper et retrancher les inutilités qui naissent à l'entour de nos cœurs, qui sont comme la terre qui a tousjours besoin d'estre sarclée et emondée ; et faut estre resolu de plustost mourir mille fois que d'offenser Dieu à son escient. ll ne faut pas desirer d'estre delivré de ses imperfections, sinon parce qu'elles desplaisent à Dieu; car il est bon, pour nous tenir en humilité et resignation, que sa volonté soit faite ou nous les ostant ou nous les laissant, pourveu qu'il soit glorifié en icelles.
Il ne se faut pas humilier pour estre exalté, mais il se faut humilier parce que Dieu s'est humilié. L'on n'est en Religion que pour conserver en nous l'image et semblance de Dieu sans intermission, et le moyen de le faire, c'est d'estre continuellement en sa presence et former toutes nos actions au modele des siennes. Les ames bienheureuses qui sont au Ciel ne se resjouissent rien tant que de parler de la Mort et Passion de Nostre Seigneur, par laquelle elles ont acquis la gloire qu'elles possedent. Dieu ne differe jamais sa misericorde lors que la confiance et diligence y operent ; et il faut, pour obeir parfaitement, avoir mortifié son propre jugement.
La fin pour laquelle nous faisons l'oraison ne doit estre que pour nous unir à Dieu. ll y a trois conditions requises pour la bien faire : la premiere c'est l'intention, la seconde, l'attention et la troisiesme, la reverence. Et pour la bien faire, il faut, outre cela, avoir encor trois autres conditions, à sçavoir : estre pauvre par humilité, riche en esperance, et estre enté sur l'arbre de la Croix avec Nostre Seigneur; et en somme, il faut tousjours demander à Dieu en l'oraison qu'il « accroisse en nous la foy, l'esperance et la charité. » ll ne faut jamais estimer de soy selon le jugement des hommes.
Les pensées oyseuses entretenues volontairement sont pernicieuses.
Quand nous faisons des fautes il ne s'en faut point descourager, car cela ne provient que de l'amour propre; au contraire, nos imperfections nous doivent servir d'eschelle pour monter au Ciel. Il
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faut dire comme David. lequel quand ses ennemss lv ane gaigne une ville : Or sus. disoît-il. re leur en veux gaiener =
La femme vertueuse est d'autant plus excellente dass sa vet. que sn sexe semble estre fresle et fragile.
Cuand nous avons ouy la parole de Dieu. il nous faut premi» garde de n'estre pas comme le panier qu on tire de l'eau.
Il se faut resoudre de se voir miserable toute sa vie et de combi: tre toutes ses imperfections sans en excepter pas une. ni cr sell moment, et se resoudre encor de commencer tous les jours de sa ve sans en laisser pas un seul. C'est une des plus grandes graces zx nous puissions recevoir de Nostre Seigneur que la cognoissance de ce que nous sommes, par quelque vove que ce soit.
la meilleure preparation que nous pouvons faire pour twea celebrer les festes, c'est de bien faire ce que nous faisons.
Celuy qui s'est voüé au service de Dieu doit faire beaucoup d'estime de sa vocation; et qu'il se prepare pour combattre et endurer tous les rencontres et toutes les difficultés qui se presenteront en son chemin.
Ce n'est pas humilité de se recognoistre miserable. c'est seulement n'estre pas beste ; mais c'est humilité de vouloir et desirer que l'on nous tienne et que l'on nous traitte pour tels.
Il ne faut pas desirer d'arriver a la perfection tout a coup; il faut aller le chemin commun et ordinaire, qui est le plus seur.
Il est meilleur pour nous d'estre sur le mont de Calvaire avec Nostre Seigneur crucifié, que sur celuy de Thabor ou il fut transfiguré. Quand nous avons ouy la voix du Pere qui dit : Cesfuy-cy est mon Fils bien-ayme, escoutez-le, il faut mettre en pratique ce qu'il nous a dit. Apres que Nostre Seigneur se fut transfiguré, les disciples ne virent plus que luy : en tout ce que nous faisons nous ne devons rien voir que Nostre Seigneur.
Quand nous sommes en la presence de Dieu nous devons avoir deux attentions : l'une à luy, et l'autre à ce que nous faisons.
Il faut tascher de faire de bons et fervens actes, car un de ceux-là vaut mieux que dix des autres. Il ne faut pas pourtant vouloir aller par une autre voye que celle qu'il plaist à Dieu nous conduire, soit à pied, soit en barque ; mais il faut avoir ceste resolution de se monstrer fidelle aux occasions, car nous sommes des geans à pecher et des nains à bien faire. David reconneut son peché par celuy que luy proposa le Prophete Nathan sous le nom d'autruy. Saint Bernard disoit : Tant plus je m'examine diligemment, plus je trouve de defauts en ma conscience. Aussi saint Paul disoit : Encor que ma conscience ne me remorde de rien, si ne suis-je pas pourtant juste ; et
Job disoit : Si je suis simple et juste, mon ame ne le peut sçavoir. ll ne faut jamais penser qu'on aye bien fait une action, encor que nous l'ayons faite avec toute la perfection qu'il nous a esté possible, parce que nous ne scavons pas ce qu'elle est devant Dieu ; la propre volonté ne vaut rien devant luy. Il n'y a rien, dit saint Bernard, qui ayt tant d'efficace pour meriter, retenir et conserver la grace de Dieu que d'estre trouvé devant luy en tout temps humble et craintif. Sur qui regarderay-je, dit Dieu, sinon sur celuy qui est bumble et craintif?
Les mortifications qui ne sont point apprestees à la sauce de nostre propre volonté sont les meilleures et plus excellentes, et aussi celles que l'on rencontre par les rues sans y penser et que l'on ne cherche pas, et celles qui nous sont journalieres quoy que petites.
Il est meilleur et plus seur d'establir le royaume des vertus en guerre qu'en paix, bien qu'il ne faille desirer ni la paix ni la guerre; mais si cela estoit remis à nostre choix, il faudroit choisir la guerre, parce qu'il y auroit plus de tesmoignage de nostre fidelité.
Il faut ouyr la parole de Dieu avec intention, attention et obeissance. La parole de Dieu est une charge; les predicateurs en sont chargés avant que de l'avoir annoncée, et les auditeurs en demeurent chargés apres qu'ils l'ont ouye.
Il faut jetter nos vestemens, c'est à dire nos habitudes, sous les pieds de Nostre Seigneur, à fin de dire : Vive le Roy !
Nostre Seigneur est si amoureux de l'humilité qu'il met au hazard que nous perdions toutes les autres vertus pour conserver celle-cy.
Le sommaire de toutes vertus c'est d'estre fondé en une profonde crainte de Dieu, laquelle au seul nom du peché nous fasse trembler. Celuy qui se verra facile à commettre quelque peché, pour petit qu'il soit, qu'il se tienne pour miserable et aveugle, encor qu'il eust toutes les apparences de sainteté qu'il y a au monde.
Il y a des heretiques en la charité comme il y en a en la foy : ce sont ceux qui veulent bien observer quelqu'un des commandemens, mais non pas tous. Ni les uns ni les autres heretiques ne seront point sauvés.
Il faut tousjours que les Filles de la Visitation se tiennent pour novices, recevant avec humilité d'un chacun les advis qui font arriver le plus tost à la perfection. Nous sommes obligés d'une obligation particuliere de nous perfectionner et nous donner à Dieu sans reserve quelconque, et quand on se sent pauvre et desnué de vertus il faut avoir de plus grandes pretentions de bien faire. Nos resolutions ne sont que des avortons, si nous ne venons aux effects. Il faut avoir continuellement et en tout temps douleur de nos pechés, parce qu'ils ont offencé Dieu qui est eternellement bon.
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Ceiuv qui pre sans attention. son oraison est infrurtueuse. L fazt aller a l'Office divin avec un cœur angeligue et divin. pes nous faisons sa ras ce que les Anges font au Ciel. Il faut avoir une grarde attent:on pour bien faire toutes 205 prieres et oraisons. non point superticizllement et par maniere d'acquit.
La vrave simplicité consiste a tenir sa memoire, son entendement et sa volonté vuides de toute chose. fors que de Dieu.
Il faut pour acjuerir les vertus vrayes et solides. ne regarder gue Nostre Seigneur en tout ce que nous faisons.
Il n'y a rien que Dieu avt tant a contre-cœur que la negligence. c'est pourquoy il dit qu'il vomira les fzedes. Ceux-la sont tiedes qui vont lentement au service de Dieu et comme par coustume, disant : Allons tousjours ; pourveu que nous arrivions une fois a la perfection, ce sera assez. Ou il faut travailler fervemment. ou il faut quitter tout. car en la maison du juste il n y a nen de paresseux.
CE QUE NOSTRE SAINT FONDATEUR NOUS DIT DANS SON DERNIER VOYAGE A PARIS, EN PRESENCE D'UN DE MESSIEURS SES FRERES
ET D'UNE AUTRE PERSONNE DE SES AMIS, NOUS DISANT ADIEU. (Ms.)
Ce fut a nostre parloir de la maison du Petit-Bourbon. Voicy ses propres termes, recueillis par nostre Sœur Anne-Marie Bollain :
Les Filles de la Visitation doivent estre fort fermes en la foy, humbles dans la conversation, honnestes de paroles, justes és jugemens sur les deportemens du prochain, equitables es actions,
misericordieuses és œuvres, reglées és mœurs, patientes et courageuses és tribulations, maladies et infirmités, souples a tous les desseins et volontés de Dieu en toutes choses, douces et condescendantes au prochain, zelées pour la gloire de Dieu, ne cherchant qu'à luy plaire, unies inseparablement à son amour par une fidelité inviolable à ne s'attacher qu'à luy seul, à se tenir en sa presence, à le preferer à tout par un amour de surestime : c'est là l'esprit de vostre Congregation, mes cheres filles, et l'heritage que je vous laisse en vous disant le dernier adieu, avec ce souhait que vous soyez à jamais unies.