‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 248 sur 267 · EXTRAITS DE L'HISTOIRE DE LA GALERIE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE L'HISTOIRE DE LA GALERIE

Quand Nostre Seigneur me fit l'incomparable grace d'entrer dans nostre Institut, il n'y avoit encore que six Religieuses, qui vivoyent comme des Anges en pureté et en amour, et qui estoyent gratifiées de plusieurs graces extraordinaires en l'oraison, en sorte que l'on auroit oublié de prendre les necessités du corps, si nostre saint Fondateur ne nous eust fait comprendre qu'il desiroit que nous fussions aussi promptes à obeir au premier coup de cloche pour aller au refectoire, aux recreations et au coucher, comme au resveil ct à l'Office, nous disant : « Mes cheres filles, le mesme Dieu qui vous appelle à l'Office et à l'oraison, vous appelle à la refection et au repos; et comme je desire que vous soyez des filles mortifiées à toutes propres volontés, je souhaitte qu'à tout moment du jour et de ha nuit vous viviez en esprit de sacrifice interieur, ce qui vous tiendra place de disciplines, jeusnes, cilices, etc. Et je vous asseure, mes [filles] tres-aymées de nostre commun Maistre, que vous ravirez son cœur estant fidelles à toutes les pratiques de vos Regles, car elles ne sont point ouvrage d'homme mais du Saint Esprit. Je vous asseure que je n'y ay rien escrit que par son inspiration. La premiere qu'il m'a donnée a esté de bastir une sainte retraitte pour des filles infirmes de corps et saines d'esprit; c'est pourquoy je ne veux pas qu'on introduise d'autres austerités que celles qui sont marquées. »

ll arriva un fort petit dissentiment entre nos Sceurs Favre et de Chastel, pour une pratique de vertu. Nostre saint Fondateur, à qui l'on ne cachoit rien, en fut adverti. Il vint faire un Entretien à la Communauté, et entr'autres choses il parla de l'union qui devoit

(1) La suite (voir p. 183) ne se trouve pas dans le Ms.

(2) On donne ce nom au récit que fit la Mére Marie-Adrienne Fichet des commencements de la Visitation, alors que la petite Communauté habitait au faubourg d'Annecy, une humble demeure désignée sous le nom de Maison de la Galerie.

452 Les vrays ENTRETIEXS SPIRITUELS

estre parmi nous; puis s'adressant a nostre digne Mere, il dit: « Mes cheres filles sont-elles bien unies et en amitié les unes parmi les autres ? il pourroit bien arriver quelquesfois qu'elles pourrovent avoir prononce quelques paroles moins douces et moins respectueuses. Si ce mal arrivoit, dequoy il ne se faudroit point estonner, voicy le remede. La Sœur grondeuse se mettra a genoux et dira à celle qu'elle aura faschée : Ma Sceur, je vous demande pardon, je supplie Vostre Charité de prier pour ma conversion. » Il adjousta : « Commençons icy ceste pratique ; ma Sœur Peronne Marie et ma Sœur Marie Jacqueline, approchez-vous, mettez-vous à genoux, et que ma Sceur Peronne Marie demande le pardon. » Ce qu'elle fit sans peine ; elles s'embrasserent tres-cordialement, et nostre saint Fondateur dit : « Voila qui va bien, je suis bien content. Or sus, mes cheres filles, dans nos difficultés, allons trouver nostre Mere, sans nous amuser a nous vouloir resoudre nous-mesmes, qui ne sommes pas bons juges dans nos propres causes; et nous pratiquerons les deux cheres vertus de nostre divin Maistre, qui nous benira eternellement. »

Une fois nous vismes nostre Sceur de Chastel qui mangeoit une pomme pourrie au refectoire; nous luy en fismes la guerre à la recreation. Nostre saint Fondateur le sceut ; il nous dit dans un Entretien de tenir les yeux baissés au refectoire, pour ne pas gehenner celles qui voudroyent faire de semblables mortifications. « ll faut, mes cheres filles, » nous dit-il, « s'edifier des vertus de nos Sceurs, sans en rire ni leur en parler, crainte que la vanité leur en fasse perdre le merite. Je desire fort qu'on ne parle point de la mangeaille parmi nous; mangeons à la bonne foy ce qui nous sera presenté, qu'il soit à nostre goust ou non; pourveu que nostre sac à vers se soustienne, c'est assez. »

« Mes cheres filles, il se faut porter un grand respect les unes aux autres. Je scay que les Peres Jesuites, s'ils se rencontrent cent fois le jour, ils tirent tousjours le bonnet ; et pour vous, vous vous ferez l'enclin de la teste seulement lors que vous vous rencontrerez ; et pour observer plus d'esloignement des manieres du monde, aux seculieres vous ferez des enclins. Cela sera-t'il bien, mes filles? » Toutes respondirent : Ouy, Monseigneur.

« ll a passé icy un Pere Feuillant, » reprit le Saint, « qui m'a dit qu'il y avoit des Religieuses en Italie tellement attachées à leurs chapelets, images et estuis ou choses semblables, qu'il s'en est trouvé qui auroyent mieux aymé sortir de leur couvent que de les quitter. C'est pourquoy j'ay pensé qu'il faudroit changer toutes ces

choses entre vous, à fin de ne s'attacher qu'à Dieu ; et pour cela il faut choisir le dernier jour de l'an, quand on tire Ies Saints. Les Peres Jesuites les tirent tous les moys, mais nous, nous nous contenterons que ce soit tous les ans. » Comme faut-il faire ? dit nostre Mere de Brechard. « Vous prendrez tous vos chapelets, » dit-il, « vos croix et ce qu'il faut changer, vous en ferez des petits monceaux, vous mettrez le [nom du] Saint dessus, puis vous tirerez au sort. Mais voicy le meilleur, mes cheres filles : j'ay grande aversion a ces façons de faire de quelques Religions, où l’on appelle madame l'Ancienne, madame l'Esleüe, madame cecy, madame cela. C'est pourquoy, à fin qu'il n'y ayt point de ces preeminences parmi nous qui sommes petites, on tirera les rangs, mettant dans les billets des Saints, 1 à l'un, à l'autre 2, ainsi de suite, selon le nombre que vous serez. Chacune tirera au sort, et gardera pour l'année suivante le rang qui luy escherra ; ainsi faisant, nous vivrons parfaitement despouillées. » Ayant dit cela, il nous donna sa benediction et se retira.

Le jour de saint Laurent, de l'année 1612, nostre bien-heureux Pere fit un Entretien à la Communauté. Nostre venerable Fondatrice luy demanda : Monseigneur, qu'est-ce qu'affabilité et sobrieté ?

« L'affabilité, » dit-il, « mes cheres filles, se pratique, comme dit saint Paul, se rendant tout à fous pour les gaigner tous, S'accommodant à la façon et humeur des autres, compatissant aux affligés; car il ne seroit pas à propos d'aller rire pres d'une personne affligée, ni de mesme, paroistre triste devant une autre qui seroit dans la joye.

« La sobrieté est de manger selon sa necessité, rien de plus, chacune selon sa portée ; les melancoliques pour l'ordinaire mangent plus que les autres. Voila, par exemple, deux personnes : l'une est fort alterée et boira deux verres de vin ; l'autre qui l'est moins, si elle en boit autant elle manque à la sobrieté et temperance. Il en est de mesme du manger. »

EXTRAIT DE L'HISTOIRE INÉDITE DE LA FONDATION DU 1% MONASTÈRE DE PARIS (Septembre 1619)

Pourquoy pensez-vous, mes filles, que Dieu vous a mises au monde, et sur tout appellées à la sainte Religion, sinon a fin que

454 Les vravs ExTRETIEENS SRITES

vous y soyez des hosties d'holocaustes a sa divine Majeste et Ys victimes qui se consomment chaque jour en son sart amor? Ce qui vous oblige a destruire en vous tout ce qui s'oppose a la perfection et a l'union avec Dieu, autant que vous pourrez. sur tout l'amour propre, la propre volonté, la recherche de Thoenex. la satisfaction des sens. Il faut donc vivre en mourant et mozrir er vivant, et sur tout vous ne devez user de tout ce qui est en vous à autre fin qu'au service et a la gioire de Celuy qui vous a particcberement choisies pour luy estre entierement dediées et consacrées. Pour vous faire operer tout cecy, sa misericorde vous donne son Saint Esprit qui habite en vous estant en sa grace, a fin que vous soyez aydées par sa lumiere et son amour a fin d'operer le tout a sa gloire.

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