DUDIT ORDRE DOIVENT AVOIR
Ces Constitutions n’obligent aucunement d’elles mesmes à aucun peché, ni mortel ni veniel, ains seulement sont données pour la direction et conduite des personnes de la Congregation. Mais pourtant, si quelqu’une les violoit volontairement, à dessein, avec mespris, ou bien avec scandale tant des Sceurs que des estrangers, elle commettroit sans doute une grande offense ; car on ne scauroit exempter de coulpe celle qui avilit et deshonore les choses de Dieu, desment sa profession, renverse la Congregation, et dissipe les fruits de bon exemple et de bonne odeur qu'elle doit produire envers le prochain : si bien qu'un tel mespris volontaire seroit en fin suivi de quelque grand chastiment du Ciel, et specialement de la privation des graces et dons du Saint Esprit, qui sont ordinairement ostés à ceux qui abandonnent leurs bons desseins et quittent le chemin auquel Dieu les a mis. Or le mespris des Constitutions, comme aussi de toutes bonnes ceuvres, se cognoist par les considerations suivantes.
6 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
Celuy là y tombe qui par mespris viole ou laisse à faire quelque ordonnance, non seulement volontairement, mais de propos deliberé ; car s’il la viole par inadvertance, oubli, ou surprise de quelque passion, c’est autre chose : car le mespris enclost en soy une volonté deliberée, et qui se determine destinément à faire ce qu'elle fait. De là il s'ensuit que celuy qui viole l’ordonnance ou desobeit par mespris, non seulement il desobeit, mais il veut desobeir ; non seulement il fait la desobeissance, mais il la fait avec intention de desobeir. Il est defendu de manger hors du repas : une fille mange des prunes, des abricots, ou autres fruits ; elle viole la Regle et fait une desobeissance. Or, si elle mange attirée de la delectation qu’elle en pense recevoir, alors elle desobeit non pas par desobeissance, mais par friandise : ou bien elle mange parce qu’elle n’estime point la Regle et n’en veut tenir compte (2) ni se sousmettre à icelle, et alors elle desobeit par mespris et (b) desobeissance.
Il s'ensuit encor, que celuy qui desobeit par quelque allechement ou surprise de passion voudroit bien pouvoir contenter sa passion sans desobeir, et à mesme temps qu'il prend plaisir, par exemple, à manger, il est marri que ce soit avec desobeissance ; [mais celuy qui desobeit par desobeissance et mespris n'est pas marri de desobeir, ains au contraire il prend son plaisir à desobeir : de maniere qu'en l'un] la desobeissance suit ou accompaigne l’œuvre, mais en l'autre, la desobeissance precede l'ceuvre et luy sert de cause et de motif, quoy que par friandise. Car qui mange contre le commandement, consequemment ou ensemblement, il commet desobeissance, quoy que s'il la pouvoit eviter en mangeant il ne la voudroit pas commettre ; comme celuy qui
(a) [L'Autographe contenant la fin de cet alinéa et les deux suivants est conservé à Besançon, chez Mme Doroz, née d'Arcine. C'est d'après cette pièce qu'ont été ajoutées entre [ ] les lignes qui manquaient à l'ancien texte.]
(b) ef — pure