I. OBLIGATION DES CONSTITUTIONS
avancement, et notamment. estant invitées et appellées à le faire, nous le laissions volontairement sans offenser ; car tel delaissement ne procede (v) que de negligence, affection depravée ou manquement de ferveur, et s'il nous faut rendre compte des paroles qui sont vrayement oyseuses *, combien plus d'avoir rendu oyseuse et inutile la semonce que la Regle nous fait à son exercice !
Jay dit qu'il arrive rarement de n'offenser pas Dieu quand nous laissons volontairement de faire un bien propre à nostre avancement, parce qu'il se peut faire qu'on ne le laisse pas volontairement, ains par oubli, inadvertance, surreption ; et lors il n'y a aucun peché, petit ni grand, sinon que la chose que nous oublions (P) fust de si grande importance que nous fussions obligés de nous tenir attentifs pour ne point tomber en oubli, inadvertance et surreption (4). Comme, par exemple, si une fille rompt le silence parce qu'elle n'est pas attentive qu'elle soit en silence, et partant elle ne s'en ressouvenoit pas, d'autant qu'elle pensoit à d'autres choses, ou bien elle est surprise de quelque esmotion de parler, laquelle devant qu'elle ayt bien pensé de reprimer elle aura dit quelque chose, sans doute elle ne peche point : car l'observation (r) du silence n'est pas de si grande importance qu'on soit obligé d'avoir une telle attention qu'on ne puisse pas l'oublier; ains au contraire, estant chose tres-bonne pendant le silence de s'occuper en d'autres saintes et pieuses pensées, si estant attentive à icelles on s'oublie d'estre en silence, cet oubli provenant d'une si bonne cause ne peut estre mauvais, ni par consequent le manquement de silence qui provient d'iceluy.
Mais si elle oublioit de servir une malade, qui faute de service fust en danger, et qu'on luy eust enjoint ce
(0) ne — peut proceder
(p) que nous oublions — et en laquelle nous sommes surpris (q) fomber — dans l'oubliance et inadvertance.
(r) l'observance
* Matt., xu, 36.
.s ult., 6.
12 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
service, pour lequel on se reposeroit sur elle, l'excuse ne seroit pas bonne de dire : Je n'y ay pas pensé, je ne m'en suis pas ressouvenue. Non, car la chose estoit de si grande importance, qu'il falloit se tenir en attention pour ne point y manquer, et le manquement de cette attention ne peut estre excusable, eu esgard à la qualité de la chose, qui meritoit qu'on fust attentive.
(3) Il faut croire qu'à mesure que le divin amour fera progrés és ames des Filles de la Congregation, il les rendra tousjours plus exactes et soigneuses à l'observation de leurs Constitutions, quoy que d'elles mesmes elles n'obligent point sous peine de peché mortel ni veniel; car si elles obligeoient sous peine de la mort, combien estroittement les observeroit-on ? Or, l'amour est fort comme la mort*; donques les attraits de l'amour sont aussi puissans à faire executer une resolution comme les menaces de la mort. Le zele, dit le sacré Cantique *, est dur et ferme comme l'enfer ; les ames, donques, qui ont le zele, feront autant et plus en vertu d'iceluy, qu'elles ne feroient pour la crainte de l'enfer : si bien que les Filles de la Congregation, par la suave violence de l'amour, observeront autant exactement leurs Regles, Dieu aydant, que si elles y estoient obligées sous peine de damnation eternelle.
En somme, elles auront perpetuelle memoire de ce que dit Salomon aux Proverbes, XIX *: Qui garde le commandement garde son ame, et qui neglige sa voye il mourra : or vostre voye c’est la sorte de vie en laquelle Dieu vous a mises. Je ne dis rien icy de l'obligation que nous avons à l’observance des vœux ; car il est tout evident que qui transgresse absolument la Regle és voeux essentiels de pauvreté, chasteté et
obeissance, peche mortellement, et feroit-on le mesme, contrevenant à la closture.
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(s) [C'est à partir de cet alinéa que le Ms. de Bourges donne cet Entre-
tien, sous le titre suivant :] Vive T Jesus. Suite de la declaration de l'oblivati de la Regle et Constitutions. € obligation
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