‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 38 sur 267 · I. OBLIGATION DES CONST ONS · texte numérisé non relu

I. OBLIGATION DES CONST ONS

Que les Sceurs fassent profession particuliere de nourrir leurs cœurs en une devotion intime, forte et genereuse.

Je dis intime, en sorte qu’elles ayent la volonté conforme aux bonnes actions exterieures qu’elles feront, soit petites ou grandes ; que rien ne se fasse par coustume, mais par election et application de volonté; et si quelquefois l’action exterieure previent l'affection interieure, à cause de l’accoustumance, qu’au moins l'affection la suive de pres. Si avant que m'incliner corporellement à (t) mon Superieur je n'ay pas fait l'inclination interieure, par une humble election de luy estre soubmis, qu'au moins cette election accompagne ou suive de pres l'inclination exterieure. Les Filles de la Congregation (9) ont fort peu de regles pour l’exterieur, peu d'austerités, peu de ceremonies, peu d'Offices : que donques elles y accommodent volontiers et amoureusement leurs coeurs, faisant naistre l'exterieur de l'interieur, et nourrissant l'interieur par l'exterieur ; car ainsi le feu produit la cendre, et la cendre nourrit le feu.

Il faut encor que cette devotion soit forte : 1. à supporter les tentations, qui ne manquent jamais à ceux qui veulent tout de bon servir Dieu.

2. Forte à supporter la varieté des esprits qui se trouveront en la Congregation, qui est un essay aussi grand pour les esprits foibles qu'on en puisse rencontrer.

3. Forte à supporter une chacune ses imperfections, pour ne se point inquieter de s'y voir sujette.

4. Forte à combattre ses imperfections. (Y) Car, comme il faut avoir une humilité forte, pour ne point perdre courage ains relever nostre confiance en Dieu parmi nos imbecillités, aussi fautil avoir le courage puissant pour entreprendre la correction et amendement parfait.

(t) devant

(u) Visitation

(v) [Dans l'édition de 1629, la seconde phrase du paragraphe 4 faisait partie du paragraphe précédent ; la transposition a été faite d’après les Mss.]

* Epist. can, ad

* Cant,:,3

14 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

5. Forte à mespriser les paroles et jugemens du monde, qui ne manque jamais de contreroller les instituts pieux, sur tout au commencement.

6. Forte à se tenir independante des affections, amitiés ou inclinations particulieres, à fin de ne point vivre selon icelles, mais selon la lumiere de la vraye pieté.

7. Forte à se tenir independante des tendretés, douceurs et consolations qui nous proviennent tant de Dieu que des creatures, pour ne point nous laisser engager par icelles.

8. Forte pour entreprendre une guerre continuelle contre nos mauvaises inclinations, humeurs, habitudes et propensions.

Il faut en fin qu'elle soit genereuse, pour ne point s'estonner des difficultés, ains au contraire aggrandir son courage par icelles; car, comme dit saint Bernard *, celuy là n'est pas bien vaillant, auquel le coeur ne croist pas entre les peines et contradictions. Genereuse pour pretendre au plus haut point de la perfection chrestienne, nonobstant toutes imperfections et foiblesses presentes, en s'appuyant, par une parfaite confiance, sur la misericorde divine, à l'exemple de celle qui disoit à son Bien Aimé* ; Tirez moy, nous courrons apres cous en l'odeur de vos onguents, comme si elle eust voulu dire : De moy mesme je suis immobile, mais

quand vous me tirerez je courrav. Le divin Amant (vl de nos ames nous laisse souvent comme englués dans nos miseres, à fin que nous scachions que nostre delivrance vient de luy, et que, quand nous l'aurons, nous la tenions chere -*), comme un don precieux de sa bonté. C'est pourquov, comme la devotion genereuse ne cesse jamais de crier à Dieu : Tire; mov. aussi ne cesse elle jamais d'aspirer, d'esperer et de se promettre courageusement de courir, et de dire: Nous courrons apres cous. Et ne faut jamais se fascher si d'abord on

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