‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 62 sur 267 · AINSI QUE LES CONSTITUTIONS L'ORDONNENT · texte numérisé non relu

AINSI QUE LES CONSTITUTIONS L'ORDONNENT

Pour mieux entendre cecy il faut scavoir que comme il y a (2) difference entre l'orgueil, la coustume de l'orgueil, et l'esprit de l'orgueil (car si vous faites un acte d'orgueil, voila l'orgueil; si vous en faites des actes à tout propos et à toute rencontre, c'est la coustume de l'orgueil ; si vous vous plaisez en ces actes et les recherchez, c'est l'esprit d'orgueil), de mesme, il y a difference entre l'humilité, l'habitude de l'humilité, et l’esprit d'humilité. L'humilité, c'est de faire quelque acte pour s'humilier ; l'habitude est d'en faire à toute rencontre et en toutes occasions qui s'en presentent ; mais l'esprit d'humilité est de se plaire en l'humiliation, de rechercher l'abjection et l'humilité parmi toutes choses : c'est à dire, qu'en tout ce que nous faisons, disons ou desirons, nostre but principal soit de nous humilier et avilir, et que nous nous plaisions à rencontrer nostre propre abjection en toutes occasions, en aymant cherement la pensée. Voila que c'est que faire toutes choses en esprit d'humilité, et c'est autant que qui diroit, rechercher l'humilité et l'abjection en toutes choses.

(b) C'est une bonne pratique d'humilité de ne regarder

(a) Ce que vous me demandez maintenant est une grande chose, ma chere fille, à sçavoir mon, que c'est faire toutes choses en esprit d'humilité, ainsy que nos saintes Constitutions nous ordonnent de faire. Mais avant que de dire cela, il faut que je dise quelque chose qui vous le fera mieux entendre. Il y a (Ms. et Coll.)

(b) Vous demandez si c'est un manquement d'humilité de rire des coulpes que les Sosurs disent ou des manquemens que la lectrice fait à table. Hé,

les actions d’autruy que pour en remarquer les vertus et non jamais les imperfections ; car tandis que nous n’en avons point de charge il ne faut point tourner nos yeux de ce costé là, ni moins nostre consideration. (©) Il faut tousjours interpreter en la meilleure part qu'il se peut ce que nous voyons faire à nostre prochain ; et és choses douteuses, il nous faut persuader que ce que nous avons apperceu n'est point mal, ains que c'est nostre imperfection qui nous cause telle pensée, à fin d'eviter les jugemens temeraires sur les actions d'autruy, qui est un mal tres- dangereux et lequel nous devons souverainement detester. Es choses evidemment mauvaises, il nous faut avoir compassion et nous humilier des defauts du prochain comme des nostres propres (4), et prier Dieu pour leur amendement, d'un mesme coeur que nous ferions pour le nostre si nous estions sujets aux mesmes defauts (*).

nullement, ma chere fille, car le rire est une passion qui s'esmeut sans nostre consentement, et n'est pas en nostre pouvoir de nous en empescher, d'autant que nous rions et sommes esmeus à rire pour des occasions impreveuës. C'est pourquoy Nostre Seigneur ne pouvoit rire, car rien ne luy estoit impreveu, sachant toutes choses avant qu'elles arrivent, mais ouy bien se sousrire, ce qu'il faisoit à dessein. Les fols rient à tous propos, parce que toutes choses les surprennent, ne les ayant nullement preveués; mais les sages ne sont pas si legers à rire, parce qu'ils se servent mieux de la consideration, qui fait que nous prevoyons les choses qui nous doivent arriver. Or cela estant ainsy, ce n'est point contre l'humilité de rire, pourveu neantmoins que l'on ne passe point plus avant, s'entretenant en son esprit ou bien avec quelqu'un du sujet qui nous a esmeus à rire; car de cela il ne le faut pas faire, sur tout quand il s'agit de l'imperfection du prochain. Cela seroit contraire à la demande que vous m'aves faite, à sçavoir, comme l'on doit faire pour conserver ou concevoir en nous une bonne estime du prochain, laquelle ne se peut ni concevoir ni conserver que par la fidelité à la remarque de ses vertus et à la fuite de ses imperfections. (Ms. et Coll.) [ Reprendre au texte, lig. a.]

(c) mostre consideration. — La charité, dit le saint Apostre, fuit le mal: (Ms. et Coll.)

(d) Zequel nous devons — soigneusement eviter et detester. L'exemple de saint Joseph est grandement aymable en ce sujet : il voyoit Nostre Dame grosse, et ne sçavoit comme quoy ; neantmoins il ne la voulut jamais juger, ains en laissa le jugement à Dieu. Es choses palpablement mauvaises, il nous en faut avoir compassion et nous humilier des defauts de nos Sœurs comme des nostres mesmes (Ms. et Coll.)

(e) si mous estions — cheus en mesme defaut. (Coll.)

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