‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 61 sur 267 · IV. De LA CORDIALITÀ · texte numérisé non relu

IV. De LA CORDIALITÀ

tesmoignages de nostre amitié esgaux, si nous voulons estre vrayes servantes de Dieu (v').

(v) Nous ne scaurions bonnement cognoistre nos paroles oyseuses ; il s'en dit peu en ces maisons de Religieuses observantes. Voulez-vous sçavoir ce qui seroit oyseux ? Si lors que l'on doit parler de choses serieuses et saintes, une Sceur venoit à raconter un songe ou quelque conte fait à plaisir; alors son discours n'auroit point de fin, et par consequent seroit inutile. Comme aussi, pour dire une chose qui se peut dire en douze paroles, j'en dis vingt de gayeté de cœur et sans nul besoin ; cela est inutile, sinon, toutesfois, que cette multiplication se fist par l'ignorance de celle qui parle, qui ne se scait pas autrement expliquer, alors il n'y a pas peché.

Mais quant à la recreation, il ne faut point croire que ce soient paroles inutiles que les petites choses indifferentes

(v') de Ja sympathie. — Le grand saint Bernard, sur les paroles du Psalme Ecce quam bonum : O qu'il est bon, dit-il, de voir Jes freres demeurer par ensemble, car leur union ressemble 'onguent precicux que l'on respandoit sur le chef du grand Prestre Aaron, lequel estoit composé de toutes les huyles odoriferantes que l'on pouvoit rencontrer. Il veut dire ainsy : L'amour cordial que les Religieux ont par ensemble, ceste union qu'ils ont entre eux, fait un onguent precieux qui est composé des vertus d'un chacun en particulier, car il n'y a celuy, tant chetif qu'il soit, qui n'aye quelques vertus lesquelles sont comme des huyles odoriferantes ; et ces vertus sont unies par l'amour cordial et font un ongwent si precieux, qu'il est propre, pour sa bonne odeur, pour estre respandu sur Ze chef du grand Prestre, qui est Nostre Seigneur, et rend devant sa divine Majesté une suavité nompareille, et fait que les Sœurs qui demeurent en ceste sainte et tres desirable union luy sont infiniment agreables et dignes de leur vocation. (Ms. et Coll.)

(w') Il se dit peu de paroles oyseuses en ces maisons de religieuse observance, car si bien tout ce qui se dit n'est pas necessaire, c'est pour l'ordinaire ou une simple communication de pensées qui se fait pour entretenir la societé, ou paroles qui se disent pour la recreation et entretien commun, où il est bon que chacune contribue; et ce qui en autre sorte seroit oyseux, estant dit à la recreation ne l'est point, parce qu'il a une fin pour laquelle il est utile. Mais si hors de la recreation, au temps qu'il faut parler de choses de devotion quelqu'une racontoit un songe, cela vrayement seroit oyseux. Ce sont encores paroles oyseuses quand pour dire une chose, l'on multiplie beaucoup de mots qui ne sont nullement necessaires pour la faire entendre : si cela neantmoins arrive par l'ignorance de celuy qui parle et qui ne se sçache pas autrement expliquer, il n'y a point de peché. (Ms.)

que l’on y dit, d’autant que c’est à une fin tres-sainte et tres-utile ; les Sœurs ont besoin de se recreer, et sur tout il faut bien faire faire la recreation aux Novices. Il ne faut pas tenir tousjours l’esprit bandé, il seroit dangereux de devenir melancolique. Je ne voudrois pas que l’on fist scrupule quand on auroit passé toute une recreation à parler de choses indifferentes; une autre fois l’on parlera de choses bonnes.

Les propos saintement joyeux sont ceux où il n’y a point de mal, qui ne taxent point le prochain d’imperfections, car c'est un defaut qu'il ne faut jamais faire, ni parler de choses messeantes et inconvenantes (1), comme aussi s'affectionner à parler long temps du monde et des choses vaines. Deux ou trois paroles en passant, puis l’on se radresse, cela ne merite pas seulement que l’on y prenne garde. De rire un peu de quelque parole qu’aura dit une Sœur, il n’y a point de mal. De dire une parole de joyeuseté qui la mortifie un peu, pourveu que cela ne l’attriste, si je l'avois fait sans intention, mais par simple recreation, je ne m’en confesserois pas. Quand nous tendons à la perfection, il faut tendre au blanc, et ne se pas mettre en peine quand nous ne rencontrons pas tousjours. Il faut aller simplement, à la franche marguerite, bien faire la recreation pour Dieu, pour le mieux loüer et servir; si l'on n'a l'intention actuelle, la generale suffit.

(1) Le texte primitif porte sndifferentes. Cette méprise, qui mettrait l'Auteur en contradiction avec lui-méme, a semblé devoir étre rectifiée.

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