‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 66 sur 267 · V. DE LA GENEROSITÉ · texte numérisé non relu

V. DE LA GENEROSITÉ

miracle (h) que de manquer de luy donner le pouvoir d'accomplir son entreprise, parce que ce n'est point sur la confiance qu'elle a en ses propres forces qu'elle l'entreprend, ains elle est fondée sur l'estime qu'elle fait des dons que Dieu luy a faits. Et ainsi elle fait ce discours en elle-mesme : si Dieu m'appelle à un estat de perfection si haute qu'il n'y en ayt (i) point en ceste vie de plus relevée, qu'est-ce qui me pourra empescher d'y parvenir, puisque je suis tres-asseurée que Celuy qui a commencé l’œuvre de ma perfection la parfera*? Mais prenez garde que tout cecy se fait sans aucune presomption, d'autant que ceste confiance n'empesche pas que nous ne nous tenions tousjours sur nos gardes, de crainte de faillir ; ains elle nous rend plus attentifs sur nous-mesmes, plus vigilans et soigneux de faire ce qui nous peut servir pour l'avancement de nostre perfection.

L'humilité ne gist pas seulement à nous défier de nous-mesmes, ains aussi à nous confier en Dieu ; et la défiance de nous-mesmes et de nos propres forces produit la confiance en Dieu, et de ceste confiance naist la generosité d'esprit de laquelle nous parlons. La tres sainte Vierge Nostre Dame nous fournit à ce sujet un exemple (i) tres-remarquable lors qu'elle prononga ces mots : Voicy la servante du Seigneur, me soit fait selon ta parole*; car en ce qu'elle dit qu'elle est servante du Seigneur, elle fait un acte d’humilité le plus grand qui se peut faire, d'autant qu'elle oppose aux loüanges que l'Ange luy donne, qu'elle sera Mere de Dieu, que l'enfant qui sortira de ses entrailles (k) sera appellé le Fils du Tres-Haut*, dignité la plus grande que l'on eust peu jamais imaginer, elle oppose, dis-je, à toutes les (!) loüanges et grandeurs sa bassesse

(h) se met — en la pratique en simplicité de cœur, Dieu en fera plustost un (Ms. et Coll.)

(i) en — a (Ms. et Coll.)

(J) nous — a monstré un exemple de cecy (Ms. et Coll.)

(k) qui — naistra d'elle (Coll.)

(1) ces (Ms. et Coll.)

* Philip., 1, 6.

* Luce, 1, 38.

* Ibid., y. 32.

et son indignité, disant qu'elle est servante du Seigneur. Mais prenez garde que dés qu'elle a rendu le devoir à l'humilité, tout incontinent elle fait une pratique de generosité tres excellente, disant : Me soit fait selon ta parole. Il est vray, vouloit-elle dire, que je ne suis en aucune facon capable de ceste grace, eu esgard à ce que je suis de moy-mesme; ains entant que ce qui est de bon en moy est de Dieu et que ce que vous me dites est sa tres-sainte volonté, je croy qu'il se peut et qu'il se fera; et partant, sans aucun doute, elle dit : Me soit fait ainsi que vous dites.

Pareillement, à faute de ceste generosité, il se fait fort peu d'actes de vraye contrition ; d'autant qu'apres nous estre humiliés et confondus devant la divine Majesté en consideration de nos grandes infidelités, nous ne venons pas à faire cest acte de confiance, nous relevant le courage par une asseurance que nous devons avoir que la divine Bonté nous donnera sa grace, pour desormais luy estre fidelles et correspondre plus parfaitement à son amour. Apres cest acte de confiance se devroit immediatement faire (") celuy de generosité, disant : Puisque je suis tres asseuré que la grace de Dieu ne me manquera point, je veux encore croire qu'il ne permettra pas (2) que je manque à correspondre à sa grace. Mais vous me direz (0) : Si je manque à la grace, elle me manquera aussi. Il est vray. Si donc il est ainsi, qui m'asseurera que je ne manqueray point à la grace desormais, puisque je luy ay manqué tant de fois par le passé? Je responds que la generosité fait que l'ame dit hardiment et sans rien craindre : Non, je ne seray plus infidelle à Dieu ; et parce qu'elle sent en son cœur ceste resolution de ne l'estre jamais, (P) elle entreprend sans rien craindre tout ce qu'elle scait la pouvoir rendre

(tn) de confiance — doit immediatement suivre (Coll.)

(n) plus (Coll.]'

(0) à sa grace. — Car l'on peut faire ceste replique : (Ms. et Coll.)

(p) infidelle à Dieu, — parce qu'elle ne sent en son cœur nulle volonté de l'estre; et partant (Ms. et Coll.)

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