VII. De TROIS LoIx SPIRITUELLES
d’aujourd’huy *, lequel fait mention du Baptesme de Nostre Seigneur et de la glorieuse apparition du Saint Esprit en forme de colombe, sur laquelle apparition je me suis arresté. Et considerant que le Saint Esprit est l'amour du Pere et du Fils, j'ay pensé que je vous devois donner des loix toutes d'amour, lesquelles j'ay prises des colombes, en consideration de ce que le Saint Esprit avoit bien voulu prendre la forme de colombe, et d'autant plus aussi que toutes les ames qui sont dediées au service de la divine Majesté sont obligées d'estre comme des chastes et amoureuses colombes. Ainsic! void-on que l'Espouse, au Cantique des Cantiques*, est souventesfois nommée de ce nom, et à bon droit certes, car il y a une grande correspondance entre les qualités de la colombe et celles de l'amoureuse colombelle de Nostre Seigneur.
Les loix des colombes (4) sont toutes infiniment agreables, et c'est une meditation tres-suave que de les considerer. Quelle plus belle loy, je vous prie, que celle de l'honnesteté ! car il n'y a rien de plus honneste que les colombes, elles sont propres à merveille ; bien qu'il n'y ait rien de plus sale que les colombiers et les lieux oü elles font leurs nids, neantmoins on ne vid jamais une colombe salie : elles ont tousjours leur pennage lis et qu'il fait grandement bon voir au soleil (e). Considerez, je vous prie, combien la loy de leur simplicité est agreable, car Nostre Seigneur mesme la loüe, disant à ses Apostres : Soyez simples comme colombes, et prudens comme le serpent *. Mais en troisiesme lieu, mon Dieu, que la loy de la douceur est agreable ! (f) car elles sont sans fiel et sans amertume. Et cent autres loix qu'elles ont, qui sont infiniment aymables et utiles à observer par les ames qui sont dediées en la Religion au service plus special de la divine Bonté.
(c) Aussi
(d) Les colombes ont des loix sans nombre, comme aussi tout le reste des animaux. Les loix d'icelles
(e) Jeur pennage — si net, et uni, et lis, qu'il le fait grandement beau voir.
(f) est agreable ! — c'est la reyne des loix des colombes,
* Matt., m, 15-17.
*Cap. n, 10, 14, 2; VI, .
* Matt., x, 16.
* Cant., 1, 16, vi, 2.
* [bid., vu, 10.
Mais j'ay consideré que si je vous donnois quelques loix que vous eussiez desja, vous n'en feriez pas grande estime (8) : j'en ay donc choisi trois tant seulement, qui sont d'une utilité nompareille estant bien observées, et qui apportent une tres-grande suavité à l’ame qui les considere, parce qu'elles sont toutes d'amour et extremement delicates pour la perfection de la vie spirituelle; ce sont trois secrets qui sont d'autant plus excellens pour acquerir la perfection qu'ils sont moins cognus de ceux qui font profession de l'acquerir, au moins de la plus grande partie.
Mais quelles sont-elles donc ces loix? La premiere que j'ay fait dessein de vous donner est celle des colombes qui font tout pour leur colombeau et rien pour elles ; il semble qu'elles ne dient autre chose sinon : Mon cher colombeau esf tout pour moy, et je suis toute à /uy*; il est tousjours tourné de mon costé ** pour penser en moy, et moy je m'y attends et m'y asseure : qu'il aille donc chercher, ce bien-aymé colombeau, oü il luy plaira, si n'entreray-je point en défiance de son amour, ains je me confieray pleinement en son soin. Vous aurez peut-estre veu, mais non pas remarqué, que les colombes tandis qu'elles couvent leurs ceufs, elles ne bougent de dessus jusques à ce que leurs petits colombeaux soyent esclos, et quand ils le sont, elles continuent de les couver et fomenter tandis qu'ils en ont besoin. Et pendant tout ce temps-là la colombe ne va nullement à la cueillette pour se nourrir, ains elle en laisse tout le soin à son cher paron, lequel luy est si fidelle que non seulement il va à la queste des grains pour la nourrir, mais aussi il luy apporte de l'eau dans son bec pour l'abreuver; il a un soin nompareil que rien ne manque de ce qui luy est necessaire, et si grand (5) que jamais il ne s'est veu colombe morte faute
(g) vous — ne feriez pas grande estime de ma royauté (h) necessaire ; — tandis qu'elle luy laisse le soin d'elle-mesme, la fidelité du colombeau est si grande,