VII. De TROIS Loix SPIRITUBLLES
font le mesme grommellement pour preuve de leur contentement, qu’elles font pour manifester leur douleur. C'est cette tres-sainte egalité d'esprit, mes cheres ames, que je vous souhaitte : je ne dis pas l'egalité d'humeur ni d'inclination, je dis l'egalité d'esprit; car je ne fais, ni desire U') que vous fassiez nul estat des tracasseries que fait la partie inferieure de nostre ame, qui est celle qui cause les inquietudes et bijarreries, quand la partie superieure ne fait pas son devoir en se rendant maistresse, et ne fait pas bon guet pour découvrir ses ennemis, ainsi que le Combat spirituel dit* qu'il faut faire, à fin qu'elle soit promptement advertie des remuemens et assauts que luy fait la partie inferieure, qui naissent (m) de nos sens et de nos inclinations et passions, pour luy faire la guerre et l'assujettir à ses loix. Mais je dis qu'il se faut tenir tousjours fermes et resolus en la superieure partie de nostre esprit, pour suivre la vertu de laquelle nous faisons profession, et se tenir en une continuelle egalité, és choses adverses comme és prosperes, en la desolation comme en la consolation, et en fin parmi les secheresses comme emmi les tendretés.
Job, duquel nous avons desja parlé en la seconde loy, nous fournit encor d'un exemple en ce sujet, car il ne chanta tous-jours que sur un mesme air tous les cantiques qu'il a composés, qui ne sont autres que l'histoire de sa vie. Qu'est-ce qu'il disoit lors que Dieu faisoit multiplier ses biens, luy donnoit des enfans, et en fin luy envoyoit à souhait selon qu'il l'eust peu desirer en ceste vie? que disoit-il, sinon : Le nom de Dieu soi? beni? C'estoit son cantique d'amour qu'il chantoit en toute occasion; car voyez-le reduit à l'extremité de l’affliction : qu'est-ce qu'il fait? il chante son cantique
(1') veux (m') qui — se sert
(1) Voir notre Préface de l'Infroduction a la Vie devote, p. xxxvn, note (2). Cf. l'opuscule du Saint, Avis sur Za Tristesse.
* Cap. xvi secund edit.italicæ 1589(1 c. xxv ed. hodier:
Cap. 11, IO.