DE TOUTES CHOSES
Les petites affections du tien et du mien sont des restes du monde, où il n’y a rien de si pretieux que cela; car c'est la souveraine felicité du monde d'avoir beaucoup de choses propres et de quoy on puisse dire : cecy est mien (2), Or, ce qui nous rend affectionnés à ce qui est nostre, c'est la grande estime que nous faisons de nousmesmes ; car nous nous tenons pour si excellens que, dés qu'une chose nous appartient (^) nous l'en estimons davantage, et le peu d'estime que nous faisons des autres fait que nous avons à contre-cœur ce qui leur a servi; mais si nous estions bien humbles et despouillés de nousmesmes, que nous nous tinssions pour un neant devant Dieu, nous ne ferions aucun estat de ce qui nous seroit propre, et nous estimerions extremement honorés d'estre servis de ce qui auroit esté à l'usage d'autruy. Mais il faut bien en cecy, comme en toute autre chose, faire difference entre les inclinations et affections ; car quand ces choses ne sont que des inclinations et non pas des affections, il ne s'en faut point mettre en peine, parce qu'il ne depend pas de nous de n'avoir point de mauvaises inclinations, ouy bien des affections. Si donques il arrive qu'en changeant la robbe d'une Sceur pour
(a) dire : — mien.
(b) a touché