‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 92 sur 267 · VII. DE LA DESAPPROPRIATION · texte numérisé non relu

VII. DE LA DESAPPROPRIATION

luy en donner une autre moindre, la partie inferieure s'esmeuve un petit, cela n'est pas peché, pourveu qu'avec la raison elle l’accepte de bon cœur pour l'amour de Dieu; et ainsi de tous les autres sentimens qui nous arrivent. V) Or ces mouvemens arrivent parce que l'on n'a pas mis toutes ses volontés en commun, qui est pourtant une chose qui se doit faire entrant en Religion ; car chaque Sceur devroit laisser sa volonté propre hors la porte pour n'avoir que celle de Dieu.

Bien-heureux celuy qui n'auroit autre volonté que celle de la Communauté, et qui en prendroit chaque jour dans la bourse commune pour ce qui luy feroit besoin. C'est ainsi que se doit entendre ceste parole sacrée de Nostre Seigneur* : N'ayez point souci du lendemain. Elle ne regarde pas tant ce qui est du vivre ou du vestir comme des exercices spirituels; car qui vous viendroit demander : Que voulez-vous faire demain ? vous respondriez : Je ne scay ; aujourd'huy je feray une telle chose qui m'est commandée, demain je ne scay pas ce que je feray parce que je ne scay pas ce que l'on me commandera. Qui feroit ainsi, il n'auroit jamais de chagrin ni d'inquietude ; car là où est l'indifference vraye, il n'y peut avoir du desplaisir ni de la tristesse. (4)

Si quelqu'une vouloit avoir du mien et du tien, il le luy faudroit aller donner hors de la maison, car dedans

(c) qui nous arrivent. — Car si l'on me vient rapporter que quelqu'un a mesdit de moy, ou que l'on me fasse quelque autre contradiction, incontinent + la colere s'esmeut et je n'ay pas une veine qui ne se torde, parce que le sang bouillonne; mais si au travers de tout cela je me retourne à Dieu et fais un acte de charité pour celuy qui m'a offensé, il n'y a point de peché. Je dis, encor qu'il s'esleve mille sortes de pensées contre ceste personne là et que la chose durast tout un jour, voire plusieurs; pourveu que de temps en temps je les desavoue, il n'y a point du tout de mal, car il n'est pas en mon pouvoir d'accoiser mon sentiment. Mais si ceste Sœur suivoit le sentiment qu'elle a eu de ce changement de robbe ou de cotte, sans doute cela seroit fort mal, et feroit une grande infidelité envers Dieu et sa propre perfection.

(d) avoir — de desplaisir ni de tristesse. Mais c'est une vertu qui ne se peut pas acquerir en cinq ans, il en faut bien dix; c'est pourquoy il ne se faut pas estonner si nos Sœurs ne l'ont pas encor, puisqu'elles ont toutes une bonne volonté de l'acquerir.

* Matt., vi, 34.

122 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

il ne s'en parle point. Or, il ne faut pas seulement vouloir en general la desappropriation, mais en particulier ; car il n'y a rien de si aisé que de dire de gros en gros: Il faut renoncer à nous-mesmes et quitter nostre propre volonté ; mais quand il faut venir à la pratique, c'est là oü gist la difficulté. C'est pourquoy il faut faire des considerations et sur sa condition et sur toutes les choses qui en dependent en detail; puis en particulier, renoncer tantost à une de nos volontés propres, tantost à une autre, jusques à tant que nous en soyons entierement despouillés(e). Et ce vray despouillement se fait par trois degrés : le premier est l'affection du despouillement, qui s'engendre en nous par la consideration de la beauté de ce despouillement ; le second degré est la resolution qui suit l'affection, car nous nous resolvons aisément à un bien que nous affectionnons ; le troisiesme est la prati que, qui est le plus difficile.

Les biens desquels il se faut despouiller sont de trois sortes : les biens exterieurs, les biens du corps, les biens de l'ame (f). Les biens exterieurs sont toutes les choses que nous avons laissées hors de la Religion : les maisons, les possessions, les parens, amis et choses semblables. Pour en faire le despouillement, il les faut renoncer entre les mains de Nostre Seigneur, et puis (8) demander les affections qu'il veut que nous ayons pour eux ; car il ne faut pas demeurer sans affections, ni les avoir esgales et indifferentes, il faut aymer chacun en son degré; (h) la charité donne le rang aux affections.

(e) il ne faut pas — faire seulement en general la desappropriation, mais en particulier ; car il n'y a rien si aisé que de dire : Il faut aller à la Visitation. L'on dit de gros en gros : Il faut renoncer à vous-mesme et quitter la propre volonté. Oh nous ferons bien tout celal Mais quand ce vient à la pratique et par le menu, c'est la difficulté. C'est pourquoy il faut faire consideration sur sa condition et toutes les choses qui en dependent. [Voir à l'Appendice II.]

(f) du cœur.

(g) #7 — faut renoncer tout cela entre les mains de Nostre Seigneur, et puis, les ayant ainsi renoncés, il faut retourner à Nostre Seigneur luy

(h) #7 faut — plus aymer les peres, les enfans, et ainsi chacun en son degré, car

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