‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 99 sur 267 · IX. De La MODESTIE · texte numérisé non relu

IX. De La MODESTIE

son dessein. Les Peres, qui avoyent ouy le renom de la vertu de ce grand Saint, furent bien aises et bien consolés de l'avoir en leur compagnie. Il s'accosta particulierement de deux Religieux, dont l'un avoit nom Pastor, et fit grande amitié avec eux. Or, un jour que tous les Peres estoyent assemblés pour faire une conference spirituelle (car c’a esté de tout temps qu'il s'en est fait entre les personnes pieuses), il y eut quelqu'un des Peres qui advertit le Superieur qu’Arsenius commettoit ordinairement une immodestie, en ce qu'il croisoit une jambe dessus l'autre. Il est vray, dit le Pere, je l'ay bien remarqué ; mais c'est un bon homme qui a vescu long temps au monde, il a apporté ceste contenance de la cour : que feroit-on là ? Il l'excusoit, car il luy faschoit de le fascher en le reprenant d'une chose si legere, où il n'y avoit point de peché ; mais d'ailleurs, il avoit envie 6) de l'en faire corriger, car il n'avoit que cela oü l'on peust trouver à redire. Le Religieux Pastor dit lors : O mon Pere, ne vous mettez point en peine, il n'y aura pas grande façon à le luy dire, il en sera bien aise ; et pour cela, demain, s'il vous plaist, à l'heure de l'assemblée je me mettray de la mesme facon que luy, et vous m'en ferez la correction devant tous, et ainsi il entendra qu'il ne le faut pas faire. Le Pere donc faisant la correction à Pastor, le bon Arsenius se jetta en terre aux pieds du Pere, demandant humblement pardon, disant que si bien on (X) ne l'avoit pas remarqué, qu'il avoit neantmoins

qu'il executa sur le champ. Or les anciens Peres, qui avoyent ouy dire merveilles de la vertu de ce grand Arsenius, furent bien aises et consolés (Ms. et Coll.) [Reprendre au texte, lig. 5.]

(j) qui a vescu — fort honnorablement au monde; il a apporté ceste contenance de la cour. Et avoit à contre-cœur de le contrister en le reprenant de chose si legere, où il n'y avoit point de peché ; mais d'ailleurs, il avoit desir ( Coll.)

(k) à Ze luy dire, — car c'est un bon homme qui en sera fort aise; mais neantmoins, s'il vous plaist, demain je me mettray en la mesme posture que luy à l'heure de l'assemblée, et vous m'en ferez la correction devant tous, et par ainsi il entendra qu'il ne le faut pas faire; ce qui fut fait. Et le Pere faisant la correction à Pastor, le bon Arsenius se prosternant demanda humblement pardon, disant que si bien le Pere (Ms. et Coll.)

136 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

tousjours fait ceste faute là, que c’estoit sa contenance ordinaire de la cour, qu’il en demandoit penitence. Il ne luy en fut point donné, mais jamais depuis on ne le vid en ceste posture.

En ceste histoire je trouve plusieurs choses bien dignes de consideration. Premierement, la prudence du Superieur à craindre de fascher le bon Arsenius par une correction de si peu d’importance, cherchant neantmoins le moyen de l'en faire corriger, où il monstre bien qu'ils estoyent tous tres-exacts à la moindre chose qui regarde la modestie. De plus, je remarque la bonté d'Arsenius à se rendre coulpable et sa fidelité à s'en corriger, bien que ce fust une chose si legere qu'elle n’estoit pas mesme une immodestie estant en la cour, quoy qu'elle le fust estant parmi ces Peres. Je regarde aussi que nous ne nous devons point estonner si nous avons encor quelque vieille habitude du monde, puisqu'Ársenius avoit celle-là apres avoir demeuré long temps au desert en la compagnie de ces Peres. L'on ne peut pas estre si tost défait de toutes ses imperfections; il ne faut jamais s'estonner d'en voir beaucoup en soy, pourveu que l'on ayt la volonté de les combattre. En apres, remarquez que ce n'est pas un mauvais jugement de penser que le Superieur fait la correction à un autre de quelque faute que vous faites comme luy, à fin que sans vous reprendre, vous-mesme vous en amendiez ; mais il faut s'humilier profondement, voyant qu'il vous recognoist foible, et scait bien que vous ressentiriez la correction s'il la vous faisoit. Il faut aussi aymer cherement ceste abjection, et s’humilier comme fit Arsenius, confessant que l’on est coulpable de la mesme faute, pourveu que l'on s'humilie tousjours en esprit de douceur et tranquillité.

Je voy bien que vous desirez que je parle encor des autres vertus de modestie. Je vous dis donc que la seconde, qui est l'interieure, fait les mesmes effets en l'ame que celle que nous avons dit fait au corps. Celle-cy compose les mouvemens, les gestes et contenances du corps, evitant les deux extremités, qui sont ces deux

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