INEDIT
Non in commessationibus, etc.
Non point dans les desbauches, etc.
Rom., xim, 13, 14.
Ce sont les paroles desquelles la divine Providence s'est servie pour convertir tout à fait le glorieux saint Augustin *. Ce pauvre jeune homme sentoit en son cœur de rudes combats, d'autant qu'il abusoit miserablement de tous les dons de nature et de grace que le Seigneur luy avoit liberalement departis; car estant entre autres choses doué d'un grand esprit, d'un bon jugement accompagné d'une heureuse memoire, il s'en servoit pour se bander contre Dieu, comme il raconte luy mesme, disant * : Je me servois de mon esprit humain pour resister au divin. Et encores qu'il eust un bon naturel, il estoit neanmoins tout corrompu par les mauvaises habitudes, il vivoit en toutes sortes de libertés, se vautrant és impudiques playsirs, estant attaché à ses vicieuses coustumes en telle sorte qu'il compare les liens de son iniquité à une chaisne de fer *, laquelle il luy sembloit ne pouvoir aucunement rompre et qu'il luy estoit impossible de s'en jamais affranchir.
Or, se sentant quasi comme accablé sous le faix de
(1) D'aprés la rédaction, ce sermon appartient à l'une des deux derhiéres années de la vie de saint François de Sales. Or, à la fin du mois d'août 1643 le Saint étant malade, il doit donc temonter à l'année précédente,
* Confess., 1. VIII, c. xit.
* Cf. ibid., 1. III,
c. vi, sub finem.
*Ibid.,1. VIII,cc.v, x1.Cf. tom. praeced.
hujus Edit., p. 325.
* Rom., vus, 24.
* [bid., f. 33.
* Lib. VIII, c. xn.
100 SERMONS RBCUEILLIS
ses pechés, et d'autre part une forte inspiration divine le poursuivant de pres, il se retira tout alarmé sous un figuier. Là, pressé de cette violente conteste qui se passoit entre son homme interieur et l'exterieur, il commença, comme un autre saint Paul, d'exprimer sa douleur par les paroles du mesme Apostre* : Qui me delivrera de ce corps de mort, et qui m'affranchira de cette incomparable convulsion que je ressens és deux parties de mon ame? Oh! qui me delivrera de cette chair si contraire à l'esprit *? Hé, Seigneur, disoit-il (car ce sont ses propres mots, comme il raconte luy mesme au livre de ses Confessions*), jusques à quand, jusques à quand serez-vous courroucé contre moy ? jusques à quand vous souviendrez-vous de mes pechés? O cieux, jusques à quand serez-vous irrités contre moy? jusques à quand y aura-t-il un si grand divorce entre vous et moy, et quand vous reconcilierez-vous avec mon ame? Au plus fort de ses plaintes, il entendit chanter ces paroles derriere la muraille où il estoit : « Prens et lis, prens et lis; » puis, prestant l’oreille pour mieux escouter, il ouyt encores : « Prens et lis. » Et pensant en soy mesme si ce ne seroit point une compagnie de filles qui repetoit cette chanson, il taschoit de se resouvenir s'il n'en couroit point pour lors auxquelles on trouvast ces paroles: « Prens et lis. » Car, comme vous sçavez, et si vous ne le scavez pas vous l'apprendrez, en toutes les villes il court tousjours quelques chansons parmi le vulgaire et menu peuple, qui certes devroyent plustost estre mesprisées qu'escoutées. C'est cela que saint Augustin croyoit entendre.
Or, oyant cette frequente repetition, il prit le livre des Epistres de saint Paul qui estoit aupres de luy, et l'ouvrant, sans aucune pensée ni souci de ce qu'il faisoit, il leut ces paroles que j'ay prises pour mon theme : Non in commessattonibus, et ce qui suit. O mes enfans, dit le grand Apostre escrivant aux Romains, levez-vous, quittez vos desbauches, vos jeux et festins, l'ivrognerie et la gourmandise, sortez de vos couches sensuelles et voluptueuses, devestez-vous de vos vestemens et de vos habitudes, et vous revestez des vestemens et habitudes