‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 99 sur 322 · XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE · texte numérisé non relu

XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE

si vous l'avez pris, dites-moy ou vous l'avez mis et je l’emporteray. Voyez-vous l'humilité de cette Sainte? Elle dit: Domine, Monsieur. O qu'en ce temps icy l'on se garderoit bien d’appeller Monsieur un jardinier! Vous rencontrerez parmi le monde des femmes qui sont si coquettes qu’elles font mille difficultés de nommer Monsieur et Madame celuy cy et celle là *; il faut tant d’examens, tant de niaiseries pour s'asseurer si celuy cy est monsieur ou non! Or vous, mes cheres Filles, quand vous serez humbles comme Magdeleine vous appellerez tous Monsieur, c'est à dire vous obeirez à tous sans exception de personne, donnant à un chacun fe pouvoir de vous commander.

Je l’emporteray, dit-elle. Vous l'emporterez? Mais il est parmi les Juifs et soldats; vous n’estes qu’une femme, comment ferez-vous ? O Dieu, respond-elle, ne craignez point cela, car je l’iray prendre au milieu des Juifs ef je l'emporteray ; je me sens assez de force pour le faire. Mais Celuy que vous cherchez est mort; comme pourrezvous porter un corps mort qui est tres pesant? Oh! eust-elle dit, l'amour me donne assez de force pour l'aller prendre et pour m'en charger. Ce que voyant ce jardinier, qui estoit Celuy-là mesme qu'elle cherchoit, ne pouvant davantage laisser navrer de son amour le cœur de cette amante, l'appella : Marte. Et elle, tout illuminée, s'escria : Rabboni, Maistre, demeurant toute accoisée et resjouie.

Allez à la bonne heure, mes cheres Filles, chercher le Sauveur crucifié avec Magdeleine. Ne craignez point de l'emporter et de vous en saisir par tout oü vous le trouverez. Ne vous estonnez point de sa pesanteur; et si bien il vous semble que vous estes trop foibles pour vous charger d'un mort crucifié, aggrandissez vostre courage et ne laissez de prester vos espaules, car la glorieuse Magdeleine vous viendra au secours, et joignant ses espaules avec les vostres, son amour avec le vostre, vous triompherez de toutes les difficultés et demeurerez victorieuses. Vous serez par apres bien heureuses si le Sauveur, tesmoin de vos labeurs et travaux pris pour son amour, vous appelle en fin par vos noms : Marie! ame

Seau. IV 9

* Cf. Les Entretiens, tom. VI,hujus Edit., P- 423.

* Constit. XLIV.

* Rom., vi, 6-8, vii, 29, 30.

forte, vaillante, courageuse et perseverante. Et, comme Magdeleine, vous respondrez : Rabboni, mon Maistre! Maistre que nous avons suivi, Maistre auquel nous avons obei, Maistre auquel nous nous sommes conformées, et pour et avec lequel nous nous sommes « crucifiées, pour « apres cette vie estre glorifiées avec luy * » en l'eternité de la vie bienheureuse *, et là chanter avec nostre reyne sainte Magdeleine les cantiques eternels par tous les siecles des siecles. Amen.

SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN 28 août 1621 (1)

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