‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 102 sur 322 · XLIX. POUR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

XLIX. POUR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN

ceux qui defendoyent la verité, d'autant qu'il avoit plus d'esgard aux erreurs de sa secte qu'au sens de l’Escriture Sainte laquelle a un langage plus simple que celuy des Manicheens *. Il contestoit encores avec ceux esquels il conversoit, parce que, comme il estoit doué d’un grand et bel esprit, il ne vouloit ceder à personne, ains pretendoit tousjours avoir le dessus. Or, quoy que son esprit fust non seulement beau ains encores bon et accompagné d'un excellent naturel, si est-ce qu'il avoit enté sur iceluy une tres mauvaise plante, à scavoir la vanité et appetit de sa propre gloire, qui le rendoit hautain, querelleur, envieux, contentieux et tellement amateur de son excellence qu'il surpassoit en cecy les Philippe et les Alexandre desquels les humanistes parlent tant, nous les representant esgaux en la vaine gloire. Aussi estoyent-ils fiers, bien qu'avec cette difference, qu'Alexandre ne vouloit point recevoir de louanges que pour des choses de grande valeur en elles mesmes, tandis que pour les menues actions qu'il faisoit ou pour les qualités qui estoyent en luy il n'en pretendoit point; au contraire, Philippe ne tiroit sa gloire que des actions basses et petites, comme à bien scavoir jouer du luth et telles autres bagatelles *.

Saint Augustin avoit voirement un courage genereux comme un autre Alexandre, qui cherchoit de la gloire aux actions hautes et relevées, mais encores en prenoit il aux petites, comme Philippe; et passant plus outre, il en tiroit aussi des choses qui de say estoyent mauvaises, voire du mensonge mesme, ainsy qu'il le raconte au livre de ses Confessions *. Il dit en effect qu'il se glorifioit parmi ses compagnons et jeunes libertins en des ceuvres tres mauvaises, vilaines et insolentes, et qu'il rougissoit de n'avoir commis les mesmes impertinences et meschancetés dont les autres se vantoyent, ayant honte de ne se trouver aussi vicieux. Il disoit avoir fait des insignes meschancetés desquelles il n'estoit point coulpable, à fin de s'en glorifier et estre estimé par ces desbauchés un homme courageux, vaillant et genereux.

Remarquez un peu que c'est des miseres de l'esprit

* Confess., 1. III, c. v.

* Plutarchus, Vita Alex. Mag., circa initium.

* Lib. II, c. m.

* Cf. Entretien IV,

tom. VI hujus Edit ,

PO, Lom,

“Ibid, L I,c. xx

* Vide ibid, LX, € XXI.

104 SERXONS RECUEILLIES

humain, en quelle extremité va la desbordée jeunesse et de quoy se prisent les troupes des escoliers qui vivent sans crainte et sans retenue. On le voit lors qu'en hiver ces jeunes fols s'assemblent et vont par les rues faisant milles bouffonneries et tintamarres ; celuy là est tenu parmi eux pour Ie plus bravequi fait davantage le fol et le fantasque * : c'est en de telles actions qu'ils mettent leur gloire. Saint Augustin en faisoit de mesme * : mais il en tiroit aussi de ses larcins. Il escrit * qu'estant encor petit il se vantoit et glorifioit de ce qu'il desroboit les fruits des jardins de ses voysins, s'en estimant d'autant plus que le larcin, quoy que leger, estoit subtil et secret ; car en le racontant il faisoit voir les ruses et inventions de son esprit.

Quant à ce qui est d'estre ivrogne et gourmand, je n'ay pas remarqué qu'on l'en accuse, du moins n'en ay-je pas bonne memoire *. Cependant les paroles de saint Paul qu'il trouva à l'ouverture de son livre, et qui luy estoyent envoyées par le Saint Esprit, nous font conjecturer qu'il estoit encores entaché de ce vice. Desportez-vous, dit le grand Apostre, de vos ivrogneries et gourmandises. Il y a aussi deux autres raysons qui nous pourroyent faire supposer qu'il en estoit atteint et qu'il s'en glorifioit. La premiere est la participation qu'il avoit avec sa mere sainte Monique, laquelle avoit cette tare, et se fust bien souvent enivrée si une bonne femme, qui estoit sa gouvernante en sa jeunesse, ne l'eust fait changer. Or, il est bien croyable que son fils participoit à cette inclination et affection de sa mere; tout ainsy que nous autres ne participons que trop à cette nature qui nous est si voysine. Combien y en a-t-il qui font gloire de ce vice ! Mais la seconde rayson et la plus probable est celle cy, qu'Augustin estant sujet au peché de la chair, aussi l'estoit-il à celuy de l'ivrognerie et gourmandise : car ces deux pechés ne vont jamais guere l'un sans l'autre, et qui s'adonne à l'un, difficilement se peut-il empescher de tremper dans l'autre. C'est pourquoy nous lisons en la Sainte Escriture que tous ceux qui ont esté chastiés pour le premier ont esté aussi taxés du second. Voyla

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