XLIX. PouR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN
donques en partie l’ancienne vie de saint Augustin qui certes estoit deplorable et digne de compassion ; c'est pitié de lire ce qu'il en raconte en ses Confessions.
Mais le Saint Esprit luy inspire sa purgation pour faire une entiere conversion, et apres l'avoir sollicité de se retirer de son peché il linvite non seulement à se despouiller de ses vestemens, mais encores à se revestir des habits et habitudes de Jesus Christ. Qu'est-ce se devestir de ses habits pour se revestir de Jesus Christ? Despouillez-vous, dit l'Apostre *, de vos habitudes, qui sont vos vestemens; car les vestemens environnent de toutes parts celuy qui en est couvert, et les habitudes en font de mesme au cœur que les vestemens au corps. Devestez-vous de la gourmandise, et vous revestez de la sobrieté en vous rendant austeres ; devestez-vous de la sensualité, quittez vos couches pretieuses, et vous revestez de la chasteté, et priez sans cesse*; devestez-vous des contentions, envies et courroux, et vous reveslez de la douceur et debonnaireté *. Par les vertus opposées à nos vices nous connoistrons les habitudes de l’homme et celles de Nostre Seigneur, celles desquelles il nous faut despouiller d'avec celles que nous devons revestir et dont il faut nous couvrir. Nous dirons un mot sur chacune, bien que courtement et briefvement, car je ne feray que les toucher, vous les laissant ruminer et digerer à part vous, chacune à vostre loysir.
Soyez sobres, dit l'Apostre*, vous rendant austeres. Il met l’austerité comme gardienne de la sobrieté, car il est bien difficile d’estre sobre parmi les bombances et affluences. La sobrieté, en elle mesme, est à proprement parler le retranchement de la superfluité au boire et au manger; mais, parlant spirituellement, sobrieté veut dire pauvreté, et c'est ce langage qu'il faut employer en ce lieu. C'est en quoy saint Augustin l'a tout particulierement prattiquée, il l'a aussi fort recommandée à ses enfans, taschant de la leur inculquer si avant dans l'esprit que c'est chose admirable de voir comme il en parle dans sa Regle* en termes tres expres, par lesquels il defend que nul ne « puisse avoir, sous quel pretexte
* Rom., xri, 12, e ubisupra, p. 94.
* Bphes., ult., 18; I Thess., ult., 17.
* Coloss., rit, 12.
* Cf. I Tim., m, 2, pets Tit n8; Petri, v, 8.
* Aliter Ep.ccx1,85.
*"Ep.qua supra, $13.
106 Senzons RECLEILLS
« que ce sott. » aucune « chose en proprieté *. » De sorte que pour estre vray enfant de saint Augustin il faut avoir un grand amour à [a pauvreté.
Vous scavez toutes comme il l'a cherie, car il ne voulut aucune richesse : et quoy qu'il exerçast une noble profession. qu'il fust d'une honneste mayson, et qu'avec la grandeur de son esprit et sa singuliere eloquence il peust acquerir beaucoup d'honneurs et de biens, parce que l'eloquence estoit grandement recherchée et estimée en ce temps Là, il renonça et quitta neanmoins tout cela, se retirant en un logis champestre où il vivoit en une extreme pauvreté. Là il commença ses deux Ordres de Religieux : il envoya les uns au desert pour y prattiquer plus facilement cette pauvreté : ensuite il fonda en l'eglise episcopale qui luy estoit escheüe une assemblée de prestres ou chanoines reguliers auxquels il donna sa Regie. C'est sous cette Regle que plusieurs Ordres se sont mis du despuis, car elle est si douce et suave qu'elle peut servir à toutes sortes de personnes. Aussi est-ce pour cela que ce Saint l'avoit dressée. Mais tant aux uns qu'aux autres de ses enfans spirituels. il preschoit grandement la pauvreté, ne voulant pas mesme que les livres auxquels ils estudioyent fussent en particulier, ains ordonna* qu'on les demandast à l'obeissance et qu'on les rendist à celuy qui en avoit le soin.
Pour son particulier, il ayma tant cette vertu qu'apres sa conversion il refusa de se marier avec une fille tres riche, laquelle on luy avoit destinée. Despuis qu'il fut prestre et Evesque, il prattiqua la pauvreté en telle sorte qu'il ne se laissa rien, donnant tout son vin et son blé aux pauvres, jusques là qu'il vendit les tapisseries et ornemens de l'eglise pour subvenir à leurs necessités ; ce qu'il faisoit par une inspiration particuliere de Dieu, d'autant qu'il n'est pas lovsible de devestir l'autel pour nourrir les indigens, sinon en cas de besoin. Quand il n'avoit plus rien pour leur donner il s'addressoit à son peuple et luy disoit avec une simplicité, candeur et liberté du tout admirable : Mon tres cher Peuple, je n'ay plus rien pour pourvoir aux miseres des pauvres, jay donné
Pam.