XLIX. PouR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN
tout ce que j'avois, jay mesme vendu les ornemens de l'eglise pour ce sujet. Maintenant donques je vous prie de les ayder de vos moyens, les leur communiquant liberalement de vos propres mains, ou bien me donnez les aumosnes que vous leur voulez bailler et je les leur distribueray *. Ce que ce bon peuple faisoit, car il luy sembloit que ses charités n'estoyent point bonnes si elles ne passoyent par les mains de ce saint et digne Prelat. Remarquez, je vous prie, la candeur et simplicité de ses paroles, la grande confiance et liberté avec laquelle il parloit à son troupeau et l'estime que celuy cy en avoit. O certes, il failloit bien, pour traitter en cette sorte, que ce fust entre un cœur de pere et des cœurs de fils : un cceur de pere en saint Augustin, et de fils en ses sujets. Voyla donques comme il garda la sobrieté.
Je ne parle pas de la frugalité de sa table ni de sa pauvreté en ses vestemens, qui estoyent tousjours de vile estoffe ; car bien qu'il s'habillast honnestement selon que requeroit sa charge episcopale, si est-ce que le reste de ses habits estoit tres pauvre. Tant en son manger qu'en son vestir il se contentoit de ce qui estoit necessaire pour l'entretien dela vie humaine; aussi, à l'imitation du grand Apostre*, il ne demandoit que du pain et de l'eau pour son entretenement et une robe pour couvrir sa nudité, disant avec le mesme saint Paul*, que tout le reste c'estoyent des superfluités. Il mourut en ce denuement, car il ne fit point de testament, n'ayant chose aucune sinon son esprit pour envoyer au ciel et son corps pour laisser en terre*. Voyla comme il se revestit de la pauvreté en gardant la sobrieté et austerité. C'est ce que vous mediterez, car je ne fais que passer sur ces considerations.
La seconde chose que dit saint Paul, est celle cy : Revestez-vous de la chasteté et priez. Quant à ce point, nostre glorieux Saint a éxcellé. Il a gardé avec tant de soin sa chdsteté, il l'a tant estimée et louée qu'il en a composé des livres dignes de l'admiration de tous ceux qui les lisent, lesquels ils: rendent amateurs de cette belle vertu. N'ayant pas sa virginité, il estoit d'autant plus
* Ribaden., Vita S.
Aug. circa finem.
* I Tim., ult., 8.
* Ibid., ÿÿ. 6, 7.
* Cf. tom. præced hujus Edit., p. 338
it.
jaloux de conserver sa chasteté, en sorte qu’il surpasse plusieurs vierges; tout ainsy que sainte Magdeleine, laquelle, toute impure qu'elle avoit esté auparavant, surpassa neanmoins en chasteté plusieurs vierges en leur virginité, et n’y en a pas une qui ayt tant esté honnorée en sa virginité comme sainte Magdeleine l’a esté en sa chasteté, hormis la sacrée Vierge qui est hors de toute comparaison*. Donques nostre glorieux Pere parut plus beau en cette vertu que s'il ne l'eust point flestrie; aussi la garda-t-il avec un soin et une diligence nompareille, s'esloignant fort soigneusement de tout ce qui luy estoit contraire.
Mais la chasteté est un don de Dieu qui ne s'acquiert pas à force de bras et qui ne peut estre conservé par artifice et industrie ; car les dons de Dieu ne s'arrachent pas de ses mains par force ni par contrainte, ils se donnent gratuitement* et selon la disposition du cceur. Que faut-il donques faire pour acquerir et attirer ce don des mains de Dieu, puisque nul ne peut estre chaste si le Seigneur ne luy en fait la grace*? Priez, dit l'Apostre**; c'est à dire, demandez-la en esprit de profonde humilité, car c'est par la priere que vous l'obtiendrez, et que, l'ayant receué, vous la conserverez. Je scay bien que le jeusne, la haire, la discipline et la sobrieté (qui ne consiste pas seulement à retrancher la gourmandise, mais encores à se priver des viandes exquises et par trop nourrissantes, à se contenter de ce qui est necessaire et à user d'alimens simples et grossiers), je scay bien, dis-je, que tout cela est bon pour conserver la chasteté infuse dans une ame ; mais certes, ce seroit peu s'il n'estoit accompagné de l'humble priere, parce que c'est à l'humilité que sont attachés tous les dons (1e Dieu. Aussi saint Augustin s'en servoit-il pour conserver cette chasteté par laquelle il surpassoit la virginité des vierges ; et, poussé de l'Esprit divin, de l'amour et connoissance qu'il avoit de la beauté et grandeur d'icelle, il en composa des livres, comme nous avons dit, addressés aux vierges et aux vefves, lesquels ravissent en admiration et portent à l'amour de cette vertu tous ceux qui les lisent.