‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 106 sur 322 · XLIX. POUR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

XLIX. POUR LA FÊTE DE SAINT AUGUSTIN

petite ni en le flattant, mais grande et digne de la genereuse humilité du cœur d’Augustin. Il le traitte comme un maistre et pedagogue traitteroit son disciple et escolier ; il ne le mouche point avec un mouchoir de lin, mais avec un d'estoupe, et bien rudement. Que fait alors nostre glorieux Saint? Il recoit la reprehension avec une admirable sousmission. Et que dit-il à saint Hierosme *? Je scay bien, luy escrit-il, que le prestre est moindre que l'Evesque, et que moy qui suis Evesque je suis plus que toy qui n'es que simple prestre ; cependant cela regarde seulement la dignité que nous tenons en l'Eglise de Dieu, car pour le reste je scay, o Hierosme, que tu m'es superieur. Mais remarquez cette humilité : Et partant, adjouste-t-il, je me sousmets et reçois de bon cœur la censure et correction que tu me fais, confessant que tu as juste rayson de me la faire.

Considerez, mes cheres Sceurs, la candeur, simplicité et humilité des paroles de ce glorieux Pere. O Dieu, en ce temps cy nous ne voulons point de correction ; c'est beaucoup quand nous la souffrons de nos Superieurs, mais des esgaux on ne le peut supporter, le cceur s'enfle et bondit, car celuy cy m'estant esgal n'a nulle authorité de me reprendre. Pour les inferieurs, o certes, il n'en faut pas parler : si cela m'estoit dit par un de mes Superieurs je le souffrirois encores, mais par un tel je ne l'endureray pas, je ne luy donneray point cette authorité sur moy. Neanmoins c'est là oü gist un des principaux points de l'humilité et de la perfection de la vie chrestienne *. Nous voulons bien avouer : Je suis cecy et cela, mais de souffrir qu'on nous le die, cela ne se peut. On le souffriroit peut estre encores de quelqu'un qui nous seroit superieur, mais des autres, o non certes!

Job, assis sur son fumier, tout couvert de playes, ressembloit plustost à un monstre qu'à un homme ; il estoit là comme un chien ou un cheval mort et puant ; il prenoit quelques Zes£s et se racloit le pus qui estoit sur ses playes, n'ayant personne qui luy voulust faire cet office de charité, car il estoit abandonné de tous. Sa femme mesme ne luy vouloit pas rendre ce service, car

* Epist.Lxxxnt, $ 33.

* C£. supra, p.30.

* Job, n, 7-9.

elle se mocquoit de luy et le haissoit *; ses amis en faisoyent de mesme. Certes, nous serions bien heureux nous autres si nous empoignions le test de la correction pour nettoyer les ordures de nos consciences ; mais vous estes bien plus heureuses, mes cheres Sceurs, d’habiter en une mayson où l’on fait la correction avec tant d'exactitude que par le moyen d’icelle on vous corrige des moindres petites imperfections. O Dieu, quel bonheur sera le vostre si vous la recevez en esprit de sousmission comme le glorieux saint Augustin.

En troisiesme lieu, ce Saint monstra son humilité en la confession de ses fautes. Il fut certes du tout admirable en cecy, comme on le voit par la sincerité et naifveté avec laquelle il a escrit le livre de ses Confessions, qu'il fit à la fleur de son aage, et où il raconte non en gros, ains par le menu, toutes ses fautes, ses humeurs, ses habitudes et inclinations vicieuses. Pourquoy cette confession? pour la dire peut estre à l'oreille d'un confesseur? O non, car il l'avoit fait avant d'escrire son livre. Seroit ce point pour la monstrer à ceux de son temps qui, layant conneu, excuseroyent facilement sa jeunesse, ayant esgard à la beauté de son esprit et aux advantages qu'il avoit receus de la nature? Non certes. Seroit ce point pour la faire voir au peuple de sa contrée ou de son diocese lequel, pour l'estime qu'il avoit de sa sainteté, tiendroit pour rien ces actions de son jeune aage, au prix des vertus qui reluisoyent en luy de ce temps-là ? Ou bien peut estre fit-il cette confession pour estre loué des justes qui scauroyent asseurement contrepointer la conduite qu'il avoit tenue despuis sa conversion avec celle de sa jeunesse ? O non, ses Confessions ne s'addressent point à telles sortes de gens. Mais à qui donques? A tous les hommes en general : jeunes et vieux, doctes et ignorans ; à ceux qui admireront son humilité et s'en edifieront, et à ceux qui se mocqueront de luy et qui s'en scandalizeront; aux hommes et aux femmes; en somme il veut que la miserable vie qu'il a menée en sa jeunesse soit declarée et manifestée à toute creature. O Dieu, que la sainteté de nostre temps est esloignée de celle-là, car elle

Page 1