‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 115 sur 322 · L. PouR LA FBTB DE SAINT Luc · texte numérisé non relu

L. PouR LA FBTB DE SAINT Luc

Vous estes donques fixées par vos trois voeux comme avec trois clous *, pour ne jamais varier ni chanceler en l'election que vous avez faite de cette vocation. O Dieu, quel bonheur et quelle grace d'avoir necessité d'estre attachés et cloués comme des tableaux d'attente, pour jouir et posseder en cette vie le bien qui nous est offert et donné, et duquel nous jouirons en l'eternité ! Helas! combien y a-t-il d'ames qui, s'il n'estoit point requis de se lier aux vocations esquelles elles ont esté appellées, vacilleroyent et les quitteroyent à la moindre difficulté, fantasie et bigearrerie dont leurs esprits se trouveroyent assaillis et preoccupés. Combien de mariages verrions nous se dissoudre s'ils n'estoyent affermis par le Sacrement qui empesche de varier en cette sorte de viel Combien d'ecclesiastiques verrions nous quitter le sacerdoce et s'oublier de la promesse qu'ils ont faite à Dieu en recevant l'ordre de prestrise ! O Dieu, quel bonheur d'avoir eu necessité d'estre attachés par ces voeux pour vous garder fidelité ! car sans cette necessité nous n'eussions jamais esté disposés à recevoir les traits de la peinture spirituelle, d'autant que nous eussions tousjours esté mobiles et sans aucune fermeté en nos resolutions.

La quatriesme chose requise pour bien peindre c'est d'estre en un lieu obscur et oü il n'y ayt pas trop de clarté; que s'il y en a trop, le sage peintre ferme le vanteau de la fenestre et ne laisse ouvert qu'un petit guichet, d'autant qu'une trop grande lumiere l'empesche de bien asseoir son pinceau et de bien remarquer le visage qu'il veut tirer. O que bienheureux sont ceux qui n'apportent pas en Religion de beaux et grans entendemens ! Ceux cy sont les meilleurs, parce que n'ayans pas tant de lumiere naturelle ils sont plus propres pour recevoir celle du Saint Esprit qui leur est communiquée par autruy. Mais ceux qui viennent avec tant d'entendement et de clarté, qui scavent si bien comme il se faut conduire et auxquels il semble n'avoir plus besoin de la direction

d'autruy, ne seront jamais bons peintres ; car cette trop.

grande lumiere les empeschera de remarquer les traits de la face de Nostre Dame. Il faut donques qu'ils ferment

* Cf. Introd.a la Vi devote, tom.III huj.

Edit., p. 94°.

le vanteau en quittant cette lumiere naturelle ou imaginaire, à fin de recevoir la surnaturelle que Dieu communique en l'obscurité de l'humilité interieure.

La cinquiesme chose necessaire pour bien tirer un portrait c'est que le peintre regarde plus d'une fois celuy qu'il veut tirer à fin de bien imprimer en son imagination toute la forme et les traits de sa face, et que celuy qu'on tire arreste sa veué sur quelque objet. C'est pourquoy les peintres veulent qu'on les regarde et qu'on arreste l'ceil sur eux. Or, saint Luc observa tout cecy en peignant Nostre Dame, car il la regarda et fut regardé d'elle, et pour cela il failloit bien que la Sainte Vierge s'apperceust quand il la tira. Je sçay bien que l'on peut peindre la face d'une personne à son insu, mais cela appartient à de grans esprits et personnes fort experimentées en leur art.

Quelques uns ont pensé"que c'est en cette facon que le glorieux saint Luc prit la face de la Vierge, car, dit-on, elle estoit si humble que l'on n'eust jamais osé la prier de se laisser tirer; cela fait. ce semble, un peu tort à son bumilite, si que le bienheureux Disciple deut prendre son portrait comme en cachette. Ce Saint avoit à la verité un grand esprit, et je ne doute point qu'il n'eust peu la peindre en cette facon : neanmoins nous n'en scavons rien d'asseure. et certes, c'est une chose bien rare de voir un peintre tirer au vif la face d'une personne ne l'ayant veué qu'une fois en passant. Il y en a un seul, que je sache. qui lave fait : c'est Apelles, si cherement avmé d Alexandre le Grand, qui peignit sur le champ un homme

Plin. Hist zat, qui luv avoit despleu en quelque chose *. Mais il est plus oot probable que saint Luc se servit pour faire le portrait de

la Sainte Vierge de la facon ordinaire des peintres, et quil la pria. ou quelque autre pour luv. de se laisser trer. Elle. qui estoit une mere toute douce et benigne, condescendit facilement à ce que ses entans luy demandovent, d'autant qu'elle sçavoit fort bien que cecv ne faisoit aucune breche à son humilité. De plus. avant une simplicitè de colombe. sans aucune finesse. elle ne fit pas tant de discours, ains se cortentant de voir en cette

MN

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