‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 142 sur 322 · LIII. POUR LA FÊTE DE LA PURIFICATION · texte numérisé non relu

LIII. POUR LA FÊTE DE LA PURIFICATION

spirituels aussi bien que le corps. Mais que cette ame est heureuse quand elle ne chemine plus sur ses affections, ains sur celles de son Dieu! Et quelles sont les affections de Dieu sinon ses commandemens, d'autant que c'est en iceux qu'elles sont encloses ? et tous sont compris en ce premier : Tu aymeras ton Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toy mesme *. De *Deut.,vi,3; Matt. celuy cy viennent tous les autres: Tu ne tueras point, °°" n tu ne desroberas point *, en somme tu ne feras à ton "Exod., xx, 13,15 prochain que ce que tu voudrois estre fait à toy mesme. Nous n'avons donques pas besoin de nous mettre en peine pour scavoir quelles sont les affections de Dieu, parce qu'elles nous sont toutes marquées dans ses commandemens et dans les conseils que Nostre Seigneur nous a luy mesme donnés sur la montagne quand il a dit : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, bienheureux les debonnaires, et les autres beatitudes *. Ce sont * Matt, v, 3-10. icy toutes les affections de Dieu, sur lesquelles nous devons marcher, suivant non seulement ses preceptes, mais encores ses intentions au plus pres que nous pourrons*.C'est ce que l'on fait quand on obeit aux inspirations *Cf. 7r.de l'Am.c generales qui sont marquées dans les Regles et Constitu- Diets beetle tions, et aux particulieres et secrettes qui se font au cœur. A hujus Edit Mais pour cheminer asseurement en celles-cy selon les affections divines, il faut estre simple et veritable à les descouvrir, et suivre la direction que l'on nous donne là dessus; par ce moyen nous serons portés par Nostre Seigneur, et ne marcherons plus sur nos propres affections ains sur celles de Dieu.

Le glorieux saint Simeon fut aussi bien heureux de porter le Sauveur entre ses bras. Je trouve deux façons par lesquelles on le porte, et j'auray bien tost fait. La premiere c'est de le porter sur ses espaules comme saint Christophe ; la seconde c'est de le porter entre ses bras comme saint Simeon et Nostre Dame. Certes, quoy que saint Christophe ne portast Nostre Seigneur que sur ses espaules, il ne laissa pas d'estre bien heureux et merita d'estre appellé le porte-Christ. Or, le porter en cette facon n'est autre chose que de vouloir endurer et souffrir de

bor cœur tout ce qu'il luy plaist que nous souffrions, pour dure et pesante que soit la charge et le fardeau que Dieu nous met sur les espaules. Combien que son joug soit doux *, si ne faut-il pas pourtant que nous croyions devoir estre exempts de souffrir: o non, mais il faut, comme saint Christophe, porter Nostre Seigneur sur nos espaules, endurant tout ce qu'il luy plaist, comme il luy plaist et autant de temps qu'il luy plaist, nous abandonnant totalement à sa Providence eternelle, pour nous laisser conduire et gouverner selon sa tres sainte volonté. La seconde maniere, c'est de le porter comme saint Simeon et Nostre Dame le porterent. Nous faisons cela quand nous endurons les travaux et les peines avec amour, c'est à dire, que l'amour que nous avons à la loy de Dieu nous rend son joug suave et plaisant, nous faisant aymer ces peines et travaux, et cueillir la douceur parmi les amertumes : cela n'est autre que porter Nostre Seigneur entre nos bras. Or, si nous le portons de cette sorte, il nous portera sans doute luy mesme.

O que nous serons heureux si nous nous laissons bien porter par ce cher Seigneur, et si nous le portons sur nos espaules comme saint Christophe, et entre nos bras comme saint Simeon, nous abandonnant tout à luy pour nous laisser conduire comme il luy plaira! Remettez-vous donc entierement entre les bras de sa divine Providence, sousmettez-vous à ce qui est de sa loy et vous disposez à endurer toutes les peines qui vous pourront arriver en cette vie; ce faisant, les choses les plus dures et penibles vous seront rendues douces et suaves, et vous participerez au bonheur de saint Simeon et de saint Ignace. Mais pour vous dire lequel est le plus heureux je ne le scaurois, vous y penserez à part vous ; ce pendant taschez de les imiter en cette vie, et vous benirez le Sauveur et en serez benites en l'autre avec ces glorieux Saints. Au nom du Pere, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

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