‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 154 sur 322 · LV. Pour LE 19° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LV. Pour LE 19° DIMANCHE DE CARÉME

Passons outre, et considerons un peu de quelles armes se servit Nostre Seigneur pour rembarrer le diable qui le vint tenter au desert. Non autres, mes cheres ames, sinon celles dont parle le Psalmiste dans le Psalme que nous recitons tous les jours à Complies: Qui habitat in adjutorio Altissimi *, dans lequel nous apprendrons * Ps. xc. une doctrine admirable. Il dit donques ainsy, comme s'il se fust addressé aux Chrestiens ou à quelqu'un en particulier : O que vous estes heureux, vous qui estes armés de la verité de Dieu, car elle vous servira comme d'un bouclier contre les traits de vos ennemis, et fera que vous demeurerez victorieux. Ne craignez donques point, o ames benites, qui estes armées de cette armeure de verité. Non, ni Jes craintes nocturnes, car vous n'y tresbucherez point ; ni Jes sagettes qui volent en l'air en plein jour, car elles ne vous scauroyent offencer ; ni les negociations qui se font en la nuit, ni moins l'esprit qui marche et se monstre en plein midy. O que Nostre Seigneur et Maistre estoit divinement bien armé de verité, puisqu'il estoit Ja verité mesme*. * Joan., xiv, 6. Cette verité dont parle le Psalmiste n'est autre que la foy *. Quiconque est armé de la foy ne doit rien craindre, * Cf. I Thess., v, 8. et c'est l'unique arme necessaire pour rembarrer et confondre nostre ennemy ; car qu'est-ce, je vous prie, qui pourra nuire à celuy qui dira : Credo, « Je crois en Dieu » qui est nostre Pere, et nostre « Pere tout puissant ? » En disant ces paroles nous monstrons que nous ne nous confions point en nos forces, et que ce n'est qu'en la vertu de Dieu, « Pere tout puissant, » que nous entreprenons le combat et que nous esperons la victoire*. Non, *Pss.xvn, 30, xum, n'allons point de nous mesmes au devant de la tentation rji an 383524i par aucune presomption d'esprit, ains seulement repoussons-la quand Dieu permet qu'elle nous attaque et qu'elle nous vienne chercher où nous sommes, comme elle fit Nostre Seigneur au desert. Or, nostre cher Maistre surmonta son ennemy en se servant des parolles de la Sainte Escriture pour toutes les tentations qu'il luy presenta. Mais je desire que nous sçachions que le Sauveur n'estoit pas tenté comme nous autres et que la tentation

*Cf.tom.VIII hujus Edit., p. 247.

*Colligi videtur ex luribus sermonius in Ps. xc et ex

serm.xxxininCant.

Cf. tom. VIII hujus

Edit., p. 250.

*Cf. Les Entretiens, tom. VI hujus Edit., p.82, et tom. IX,

ne pouvoit pas estre en luy comme en nous, car il estoit un fort inexpugnable où elle n’avoit aucun acces. Tout de mesme qu’un homme qui seroit vestu du haut en bas de fin acier ne pourroit en façon quelconque estre offencé par les coups de pique, d'autant qu'elle glisseroit de part et d’autre sans seulement esgratigner les armes *; ainsy la tentation pouvoit bien environner Nostre Seigneur, mais non jamais entrer en luy ni faire aucune lesion à son integrité et à sa parfaite pureté. Nous autres, au contraire, si bien par la grace de Dieu nous ne consentons pas aux tentations et evitons la coulpe et le peché en icelles, nous demeurons neanmoins pour l'ordinaire un peu blessés de quelque importunité, trouble ou esmotion qu'elles produisent en nostre cœur. Nostre divin Maistre ne pouvoit avoir la foy, d'autant qu'il possedoit en la partie superieure de son ame, dès l'instant qu'elle commença d’estre, une connoissance parfaite des choses que la foy nous enseigne ; cependant il voulut se servir de cette vertu pour rembarrer l’ennemy, non pour autre rayson, mes cheres ames, sinon pour nous enseigner tout ce que nous avions à faire. Ne recherchons donc point d’autres armes ni d’autres inventions pour refuser nostre consentement à la tentation, sinon de dire : « Je crois. » Et que croyez-vous? « En Dieu, » mon « Pere tout puissant. »

Saint Bernard, sur ces parolles du Psalme que nous avons allegué, dit * que Jes craintes nocturnes dont parle le Psalmiste sont de trois sortes ; d'où je tire le troisiesme document. La premiere est la crainte des coüards et paresseux, la seconde, celle des enfans, et la troisiesme, celle des delicats. La crainte est la premiere tentation que l'ennemy presente à ceux qui sont resolus de servir Dieu, car dés aussi tost qu'on leur enseigne ce que la perfection requiert de nous: Helas! pensent-ils, jamais je ne pourray faire cela. Il leur semble quasi qu'il y a de l'impossibilité de parvenir au faiste d'icelle, et diroyent volontiers : O Dieu, la perfection qu'il faut avoir ceans, ou en la sorte de vie et de vocation en laquelle je suis, est trop eminente pour moy, je n'y scaurois atteindre *.

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