‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 160 sur 322 · LV. Pour LE 19° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LV. Pour LE 19° DIMANCHE DE CARÉME

qui les obtiennent par leurs poursuites ou les embrassent par leur choix, car ils cherchent la tentation ; c'est pourquoy ils periront en icelle, s'ils ne se convertissent et n'usent par apres avec humilité de ce qu'ils ont embrassé avec et par l'esprit de vanité. Or, je ne parle pas de ceux qui sont eslevés non pas par leur election mais par leur sousmission à l'obeissance qu'ils doivent à Dieu et à leurs Superieurs ; car ceux-là n'ont rien à craindre, non plus que Joseph en la maison de Putiphar, parce que si bien ils sont au lieu de la tentation ils n'y periront point *. Où que nous soyons, pourveu que nous y soyons conduits par le Saint Esprit, comme Nostre Seigneur au desert, nous n'aurons rien à redouter.

Les avares spirituels sont ceux qui ne sont jamais rassasiés d'embrasser et rechercher beaucoup d'exercices de pieté pour parvenir tant plus tost à la perfection, disent ils *; comme si la perfection consistoit en la multitude des choses que nous faisons, et non pas en la perfection avec laquelle nous les faisons. Je l'ay desja dit fort souvent *, mais il faut encores le redire : Dieu n'a pas mis la perfection en la multiplicité des actes que nous ferons pour luy plaire, ains seulement en la methode que nous tiendrons en iceux, qui n'est autre que de faire le peu que nous ferons selon nostre vocation, en l'amour, par l'amour et pour l'amour. Certes, l'on pourroit bien addresser à ces avares spirituels ce reproche que le Prophete fait aux avares temporels * : Que veux-tu, pauvre homme? Tu veux maintenant avoir ce chasteau parce, dis-tu, qu'il regarde le tien; apres celuy là il s'en trouvera un autre qui l'avoisinera, et parce qu'il te sera commode, tu le voudras aussi avoir, et ainsy des autres. Quoy ! veux-tu donques tout seul te rendre maistre de la terre? Ne veux-tu pas que personne y ayt du bien que toy ?

Considerez, je vous prie, ces avares spirituels : ils ne se contentent jamais des exercices qui leur sont presentés. S'ils pensent aux Chartreux : O Dieu, disent-ils, c'est bien une sainte vie, mais ils ne preschent point ; il faut donc aller prescher. La vie des Peres Jesuites est pleine

* Cf. supra, p. 197.

*Cf. Les Entretiens,

tom. V I hujus Edit.,

P .204, 205, ettom.

* Cf. Les Entretiens, PP- 235, 429.

* Is., v, 8.

* Cf. Les Entretiens, tom.VI hujus Edit., pp. 225, 226.

* Serm.vi in Ps. xc, $ ult.; serm. xxxin in Cant., $ 15.

* Malach., ult., 2.

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de perfection, mais ils n'ont pas le bien de la solitude auquel on recoit tant de consolation. Les Capucins et de mesme tous les Ordres religieux sont bien bons, mais ils n'ont pas tout ce que telles gens cherchent *, à scavoir les exercices d'un chacun meslés et assemblés en un. Ils ne cessent d'estre tousjours en action pour inventer de nouveaux moyens à fin de ramasser toute la sainteté des Saints en une sainteté qu'ils voudroyent avoir; par consequent ils ne sont jamais contens, d'autant qu'ils n'ont pas la force de retenir tout ce qu'ils pretendent embrasser, car qui trop embrasse mal estreint. Ils voudroyent tousjours porter la haire sur le dos, faire la discipline à tout propos, prier continuellement les genoux nuds, vivre en solitude, et que scay-je moy, et encores cela ne les satisferoit point. Hé, pauvres gens, qui ne voulez pas qu'il y ayt aucun plus saint que vous, que ne vous contentez-vous de vostre sainteté telle que vous la pouvez avoir, non pas faisant un si grand amas d'exercices, mais en prattiquant bien, et le plus parfaittement possible, ceux auxquels vostre condition et vocation vous oblige. L'on ne peut assez dire combien cette avarice spirituelle apporte de retardement à nostre perfection, d'autant qu'elle oste la douce et tranquille attention que nous devons avoir de bien faire ce que nous faisons pour Dieu, ainsy que j'ay desja dit.

Le sixiesme document est tiré du mesme Psalme, oü le Prophete asseure que ceux qui se seront armés comme nous l'avons veu, ne craindront point /'esprit du midy, c'est à dire cet esprit qui nous vient tenter en plein jour. Je scay bien comment saint Bernard explique ce passage *, mais je ne veux pas en parler, ains seulement de ce qui fait plus à mon propos. Cet esprit qui marche en plein jour est celuy qui nous attaque au beau midy des consolations interieures, lors que le divin Soleil de justice * darde si amoureusement ses rayons sur nous et nous remplit d'une chaleur et d'une lumiere tant aggreable, chaleur qui nous embrase d'un amour si delectable et si tendre que nous mourons presque à toutes autres choses pour mieux jouir de nostre Bien-Aymé.

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