‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 177 sur 322 · LVII. Pour LE n° DIMANCHE DE CAREME · texte numérisé non relu

LVII. Pour LE n° DIMANCHE DE CAREME

Dieu et le mystere de la tres sainte Trinité, en laquelle vision et claire connoissance consiste nostre felicité essentielle. Là nous entendrons et participerons à ces tres adorables conversations et à ces divins colloques qui se font entre le Pere, le Fils et le Saint Esprit *. Nous entendrons, dis-je, comme le Fils entonnera melodieusement les louanges deués à son Pere celeste * et comme il luy representera, en faveur de tous les hommes, l’obeissance qu’il luy a rendue tout le temps de sa vie. Nous ouyrons aussi, en contreschange, le Pere eternel prononcer d'une voix esclattante et avec une harmonie incomparable ces divines paroles que les Apostres entendirent au jour de la Transfiguration : Celuy cy est mon Fils bien aymé auquel je me suis compleu, et le Pere et le Fils parlant ensemble du Saint Esprit : C'est icy nostre Esprit, procedant de l'un et de l'autre, dans lequel nous avons mis tout nostre amour.

Non seulement il y aura conversation et entretien entre les Personnes divines, ains encores entre Dieu et les hommes *. Et quel sera-t-il ce divin entretien ? Oh, quel il sera! Il sera tel qu'Z/ n'est pas loysible à l'homme de le rapporter *; ce sera un devis si secret que nul ne le pourra entendre que Dieu et celuy avec lequel il se fera. Dieu dira un mot si particulier à chacun des Bienheureux qu'il n'y en aura point de semblable. Mais quel sera ce mot ? Oh! ce sera un mot le plus amoureux qui se puisse jamais imaginer. Representez-vous tous ceux qui se peuvent prononcer pour attendrir un cœur et les noms les plus affectionnés qui se puissent ouÿr, et puis dites en fin que ce n'est rien au prix de celuy que Dieu donnera à un chacun là haut au Ciel. Il nous donnera un nom*,il nous dira un mot. Supposez qu'il vous dira: Tu es ma bien-aymée, tu es la bien-aymée de mon Bien-Aymé, c'est pourquoy tu seras cherement aymée de moy ; tu es la bien choisie de mon bien choisi qui est mon Fils. Cela n'est rien, mes cheres ames, en comparaison de la suavité qu'apportera quant et soy ce mot ou ce nom saint et sacré que le Seigneur fera entendre à l'ame bienheureuse.

* Cf. Tr. del'Am.de Dieu, 1. III, cc. xi-

* Cf. ibid.,1. V, c. xt,

* Cf. tom. præced.

hujus Edit.,pp.117-

* Cf. supra, p. 333.

* Apoc., 11, 17.

* Cast., 1, 1-5.

* Cf. Serm. xxn ia Cant, $ 6.

* Marc., xn, 25.

245 SERXOXS RECUEILLIS

Ce sera a!hors que Dieu donnera à la divine amante ce bayser qu'elle a si ardemment demandé et souhaitté, ainsy que nous disions tantost. Oh: qu'elle chantera amoureusement son cantique d'amour : Qu'il me bayse, le Bien-Ay mé de mon ame, d'un bayser de sa bouche. Et poursuivant elle adjoustera : Meilleur est sans nulle comparaison le lait qui coule de ses cheres mammelles que non pas tous les vins les plus delicieux, et le reste *. Quelles divines extases, quels embrassemens amoureux entre la souveraine Majesté et cette chere amante quand Dieu luy donnera ce bayser de paix ! Cela sera pourtant ainsy, et non pas avec une amante seule, ains avec un chacun des citoyens celestes, entre lesquels se fera un entretien admirablement aggreable des souffrances, des peines et des tourmens que Nostre Seigneur a endurés pour un chacun de nous durant le cours de sa vie mortelle, entretien qui leur causera une consolation telle que les Anges, au dire de saint Bernard *, n'en sont pas capables ; car si bien Nostre Seigneur est leur Sauveur et qu'ils ayent esté sauvés par sa mort, il n'est pourtant pas leur Redempteur, d'autant qu'il ne les a pas rachetés, ains seulement les hommes. C'est pourquoy ceux cy recevront une felicité et un contentement singulier à parler de cette glorieuse Redemption, par le moyen de laquelle ils auront esté faits semblables aux Anges, ainsy que nostre divin Maistre l'a dit *.

En la Hierusalem celeste nous jouirons donques d'une conversation tres aggreable avec les Esprits bienheureux, les Anges, les Cherubins et Seraphins, les Saints et les Saintes, avec Nostre Dame et glorieuse Maistresse, avec Nostre Seigneur et en fin avec la tres sainte et tres adorable Trinité, conversation qui durera eternellement et qui sera perpetuellement gaye et joyeuse. Or, si nous avons en cette vie tant de suavité à ouyr parler de ce que nous aymons que nous ne pouvons nous en taire, quelle joye, quelle jubilation recevrons-nous d'entendre eternellement chanter les louanges de la divine Majesté que nous devons aymer et que nous aymerons plus qu'il ne se peut comprendre en cette vie! Si nous prenons

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