‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 176 sur 322 · LVII. Pour LE n° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LVII. Pour LE n° DIMANCHE DE CARÉME

merveilleusement pour mieux et plus parfaittement louer et glorifier Dieu, qui luy a fait tant de graces et à nous aussi, nous donnant celle de converser familierement avec elle.

Mais, me pourriez-vous demander, s’il est ainsy que vous dites que nous nous entretiendrons avec tous ceux qui sont en la Hierusalem celeste, qu'est-ce que nous dirons? De quoy parlerons-nous ? Quel sera le sujet de nostre entretien ? O Dieu, mes cheres Sœurs, quel sujet! Celuy des misericordes que le Seigneur nous a faites icy bas, par lesquelles il nous a rendus capables d'entrer en la jouissance d'un bonheur tel que seul il nous suffit. Je dis seul, parce qu'en ce mot de felicité sont compris toutes sortes de biens, lesquels ne sont pourtant qu'un unique bien, qui est celuy de la jouissance de Dieu en la felicité eternelle. C'est cet unique bien que la divine amante du Cantique des Cantiques demandoit à son Bien- Aymé, observant en cela, comme estant tres prudente, le dire du Sage *, qu'il faut penser à la fin premier qu'à l'œuvre. Donnez-moy, s'escrie-t-elle *, o mon cher Bien- Aymé, un bayser de vostre bouche. Ce bayser, ainsy que je declareray tantost, n'est autre chose que la felicité des Bienheureux. Mais de quoy traitterons-nous encores en nostre conversation ? De la Mort et Passion de Nostre Seigneur et Maistre. Hé, ne l'apprenons-nous pas en la Transfiguration, où il ne se parle de rien tant que de l'exces qu'il devoit souffrir en Hierusalem ? exces qui n'estoit autre, comme nous l'avons ja veu *, que sa douloureuse mort. O si nous pouvions comprendre quelque chose de la consolation que les Bienheureux ont en parlant de cette amoureuse mort, combien nos ames se delecteroyent d'y penser |

Passons plus outre, je vous prie, et disons un peu quelques mots de l'honneur et de la grace que nous aurons de converser mesme avec Nostre Seigneur humanisé. C'est icy sans doute que nostre felicité prendra un accroissement indicible et inenarrable. Que ferons-nous, cheres ames, que deviendrons-nous, je vous prie, quand à travers la playe sacrée de son costé nous appercevrons ce

* Eccli., vir, ult. Cf.

tom. praeced. hujus Rdit., p. 188.

* Cap. 1, 1.

* Vide p. 240.

* [s., xix, 15, 16.

* Jerem., xxix, 11.

* Cf.Infrod.a la Vie de». ,PartieV,c.xmn; Trastté de l'Am. de Dien, L XII, c. ZI.

* [ Cor., xm, ts.

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cœur tres adorable et tres aymable de nostre Maistre, tout ardent de l'amour qu'il nous porte, cœur auquel nous verrons tous nos noms escrits en lettres d'amour? Est-il possible, dirons-nous, o mon cher Sauveur, que vous m'ayez tant ay mé que d'avoir gravé mon nom en vostre cœur : Cela est pourtant veritable. Le Prophete *, parlant en la personne de Nostre Seigneur, nous dit : Quand il arriveroit que la mere oublieroit l'enfant qu'elle porte en ses entrailles, si ne l'oublieray-je point, car jay gravé ton nom en mes mains. Mais Jesus Christ luy mesme encherissant sur ces paroles dira : S'il se pouvoit faire que la femme oubliast son enfant, si ne t'oublieray-je pas, d'autant que je porte ton nom gravé en mon cœur.

Certes, ce sera un sujet de tres grande consolation que celuy cy, que nous soyons si cherement aymés de Nostre Seigneur qu'il nous porte tousjours en son cceur. Quelle delectation admirable pour un chacun des Bienheureux quand ils verront dans ce cœur tres sacré et tres adorable Jes pensées de paix * qu'il faisoit pour eux et pour nous à l'heure mesme de sa Passion ! pensées qui nous preparoyent non seulement les moyens principaux de nostre salut, mais aussi tous les divins attraits, inspirations et bons mouvemens desquels ce tres doux Sauveur se vouloit servir pour nous attirer à la suite de son tres pur amour *. Ces veués, ces regards, ces considerations particulieres que nous irons faisant sur cet amour sacré, duquel nous aurons esté si cherement et si ardemment aymés par nostre souverain Maistre, enflammeront nos cceurs d'une dilection et d'une ardeur nompareilles. Que ne devrions-nous donques pas faire ou souffrir pour jouir de ces suavités indiciblement aggreables ! Cette verité nous est monstrée en l'Evangile d'aujourd'huy ; car ne voyez-vous pas que Nostre Seigneur estant transfiguré, Moyse et Elie luy parlent et s'entretiennent tout familierement avec luy ?

Nostre felicité ne s'arrestera pas là, mes cheres ames, mais elle passera plus avant, car nous verrons face à face * et tres clairement la divine Majesté, l'essence de

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