‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 191 sur 322 · LIX. Pour LE 111° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LIX. Pour LE 111° DIMANCHE DE CARÉME

cy, avoit-il dit auparavant *, mais pour tous ceux qui croiront en moy par leur parolle. Qui eust osé, dis-je derechef, faire une telle comparaison, et demander que nous fussions unis comme le Pere, le Fils et le Saint Esprit le sont par ensemble ?

Cette comparaison semble estre du tout estrange, car l’union des trois divines Personnes est incomprehensible, et nul, quel qu'il soit, ne scauroit s’imaginer cette simple union et cette unité si indiciblement simple. Aussi, nous ne devons pas entendre de pouvoir parvenir à l’esgalité de cette union, car il ne se peut, comme le remarquent les anciens Peres *; il nous faut contenter d'en approcher au plus pres qu'il nous sera possible,selon la capacité que nous avons. Nostre Seigneur ne nous appelle pas à l'esgalité, ains seulement à la qualité de cette union, c'est à scavoir, que nous nous devons aymer et estre unis par ensemble le plus purement et le plus parfaitement qu'il se peut.

Jay pris d'autant plus de playsir à traitter de ce sujet aujourd'huy, que j'ay trouvé que saint Paul nous recommande cet amour du prochain avec des termes admirables dans l'Epistre que nous avons leué à la sainte Messe, en laquelle il dit escrivant aux Ephesiens * : Bien aymés, marches en la voye de la dilection des uns envers les autres comme enfans tres chers de Dieu ; marchez en icelle comme Jesus Christ y a marché, lequel a donné sa propre vie pour nous, s'offrant à Dieu son Pere en holocauste et en hostie d'odeur et de suavité. Oh que ces paroles sont aymables et dignes d'estre considerées ! Ce sont paroles toutes dorées, par lesquelles ce grand Saint nous fait entendre: quelle doit estre nostre concorde et nostre dilection les uns envers les autres. Concorde et dilection est une mesme chose ;. car le mot de concorde signifie union des cœurs, et dilection, election des affections, union des affections *. Il semble qu'il vouloit nous declarer ce que le. Sauveur entendoit quand il prioit son Pere celeste que nous fussions tous Q7, c'est à dire unis, comme luy et son Pere estoyent un. Nostre Seigneur avoit esté un peu court en nous enseignant par paroles comme quoy il desiroit que nous prattiquassions

* Vers. 20.

* Vide S. Thom., Opuse. de Divin.

oribus: cf. Cornelium, Comm., in locum Ephes.infra.

* Cap. v, 1,2.

* Cf. tom. præced.

bujus Edit., p. 193.

*Eph.,1,5; I Joan., I, I, 3.

* Joan., xm, 54, xv,

* Vide supra, p.366.

* Cf.Introd.a laVie dev., Partie III, c.

xxn,ettom.præced.

hujus Edit., p. 201.

* Cf. S. Chrysost., homilia Lxx1 (al.

Lxxu) in Matt.,$ 1.

* Matt., xxi, 39.

cette sainte et tres sacrée union ; c'est pourquoy son glorieux Apostre s'estend davantage à nous l'exprimer, nous exhortant à marcher en la voye de la dilection comme enfans tres chers de Dieu. Comme s'il disoit : De mesme que Dieu, nostre Pere tout bon, nous a aymés si cherement qu'il nous a tous adoptés pour ses enfans *, ainsy monstrez que vous estes vrayement ses enfans en vous aymant cherement les uns les autres en toute bonté de cœur.

Mais à fin que nous ne cheminions point d'un pas d'enfant en cette voye de la dilection que Dieu nostre Pere nous a tant recommandée, saint Paul adjouste : Marchez-y comme Nostre Seigneur y a marché, donnaní sa vie pour nous, et le reste qui s'ensuit. En quoy il nous monstre qu'il veut que nous marchions d'un pas de geant et non de petit enfant. Aymez-vous les uns les autres comme Jesus Christ nous a aymés *, non pour aucun merite qui fust en nous, ains seulement parce qu'il nous a creés à son image et semblance*. C'est cette image et semblance que nous devons honnorer et aymer en tous les hommes, et non pas autre chose qui soit en eux ; car rien n'est aymable en nous de ce qui est de nous, puisque non seulement cela n'embellit pas cette divine ressemblance, ains l'enlaidit, souille et barbouille, en sorte que nous ne sommes presque plus reconnoissables. Or, c'est ce qu'il ne faut nullement aymer dans le prochain, car Dieu ne le veut pas *.

Pourquoy donc Nostre Seigneur a-t-il voulu que nous nous aymassions tant les uns les autres, et pourquoy, demandent la pluspart des saints Peres *, a-t-il pris tant de soin de nous inculquer ce precepte comme estant semblable au commandement de l'amour de Dieu *? Cecy fait grandement estonner, que l'on dise que ces deux commandemens sont semblables, veu que l'un tend à aymer Dieu, et l'autre la creature : Dieu qui est infini, et la creature qui est finie ; Dieu qui est la bonté mesme et duquel tous biens nous arrivent, et l'homme qui est rempli de malice et duquel nous viennent tant de maux; car le commandement de l'amour du prochain contient

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