‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 190 sur 322 · SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE CARÉME

27 février 1622

Omne regnum in seipsum. divisum desolabitur.

Tout royaume divisé en soy mesme sera desolé.

Luca, xi, 17.

Tout royaume qui sera divisé et qui ne sera pas uni en soy mesme sera desolé, dit Nostre Seigneur en l'Evangile d'aujourd'huy *, où par contre, tous royaumes qui seront bien unis en eux mesmes par la concorde, ne laissant point entrer de divisions, seront indubitablement remplis de consolations ; car les propositions estans contraires, les consequences le doivent estre de mesme. Ces paroles sont des plus remarquables, des plus considerables et qui portent plus de poids que nostre divin Maistre ayt dites ; c'est pourquoy les anciens Peres * se sont beaucoup arrestés à en tirer des interpretations. Ils

disent * qu'il y a trois sortes d'unions dont le Sauveur ]

entendoit parler et desquelles la division doit en fin estre suivie de desolation. La premiere est la concorde que doivent avoir les sujets avec leur roy, demeurans sousmis et obeissans à ses lois. La seconde est l'union qu'il nous faut avoir en nous mesme, au royaume que nous avons en nostre interieur, dont la rayson doit estre la reyne, à laquelle toutes les facultés de nostre esprit, tous nos sens et nostre corps mesme doivent demeurer absolument assujettis ; car sans cette obeissance et sousmission nous ne pouvons nous empescher de la desolation et du trouble,

* Lucæ, x1, 14-28.

* Cf. S. Hieron., in locum,et vide Maldonat., Comm. in

* Joan., xv, ts. Cf.

Supra, p. 235, et tom. vit huj ? Edit., Serm. XLVIII, et tom. VIII, Serm.

* I Ep., tv, 20, 21.

* Gen., 1, 26, 27.

* Cf.Tr.de Am. de Dies, 1. X, c. x, et tom. præced. hujus Edit., pp. 190, 200, et supra, p. 65.

* Joan., XVII, II, 13, 41, 22.

non plus que le royaume où les sujets ne sont pas obeissans aux lois du roy.

Mais d'autant qu'il faudroit trop de temps pour parler de toutes ces unions, je m'arresteray seulement à la troisiesme, qui est celle que nous devons avoir les uns avec les autres. Cette union et concorde nous a esté preschée, recommandée et enseignée tant d'exemple que de parolle, par Nostre Seigneur, mais avec une exageration nompareille et avec des termes admirables ; de sorte qu'il semble qu'il se soit oublié de nous recommander l'amour que nous luy devons porter, et à son Pere celeste, pour mieux nous inculquer l'amour et l'union qu'il vouloit que nous eussions les uns avec les autres ; il a mesme appellé le commandement de l'amour du prochain son commandement *, comme estant le sien le plus cheri. Il estoit venu en ce monde pour nous enseigner en Maistre tout divin, et cependant il n'inculque rien tant ni avec des paroles si pregnantes que l'observance de ce commandement de l'amour du prochain. Et cela non sans grand sujet, puisque le bien-aymé du Bien-Aymé, le grand Apostre saint Jean, asseure * que quiconque dit qu'il ayme Dieu et n'ayme pas le prochain est menteur ; au contraire, celuy qui dit qu'il ayme le prochain et n'ayme pas Dieu contrevient à la verité, car cela ne se peut. Aymer Dieu sans aymer le prochain, qui est creé à son image et semblance *, c'est une chose impossible *.

Mais quelle doit estre cette union et concorde que nous devons avoir par ensemble ? Oh, quelle elle doit estre! Telle que si Nostre Seigneur luy mesme ne l'eust expliquée, nul n'eust eu la hardiesse de le faire en mesmes termes qu'il l'a fait. Mon Pere, dit-il en la derniere cene, lors qu'il eut rendu ce tesmoignage incomparable de son amour pour les hommes en instituant le tres saint Sacrement de l’Eucharistie, mon tres cher Pere, je te supplie que tous ceux que tu m'as commis soyent un, comme loy et moy, Pere, sommes un *. Et pour monstrer qu'il ne parloit pas seulement pour les Apostres ains pour tous nous autres : Je ne le prie pas seulement pour .ceux

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