‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 195 sur 322 · LIX. Pour LE mi* DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LIX. Pour LE mi* DIMANCHE DE CARÉME

Sauveur et mon Maistre ! Et sur l'asseurance qu'il nous donne ou que nous nous donnerions les uns aux autres que nous reconnoissons tres bien la ressemblance du Createur et que nous sommes ses enfans, quelles tendres caresses ne devrions-nous pas nous faire! Mais pour mieux dire, combien devrions-nous recevoir amoureusement le prochain, honnorant en luy cette divine ressemblance, renouant tousjours de nouveau ces doux liens de charité * qui nous tiennent liés, serrés et conjoints les uns aux autres. Marchons donques en Za voye de la dilection comme enfans tres chers de Dieu, ainsy que nous admoneste le saint Apostre en l'Epistre d'aujourd'huy. Mais marchez-y, dit-il en poursuivant, comme Jesus Christ y a marché, lequel a donné sa vie pour nous, et s'est offert pour nous à son Pere comme holocauste et hostie en odeur de suavité. De ces paroles nous tirons la connoissance du degré auquel doit parvenir nostre amour mutuel et à quelle perfection il doit monter, qui est de donner les uns pour les autres ame pour ame, vie pour vie, bref tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons hors le salut ; car Dieu veut que cela seul soit excepté. Nostre Seigneur a donné sa vie bour un chacun de 710145, il a donné son ame, il a donné son corps, en fin il n'a rien reservé ; partant il ne veut pas que nous reservions rien du tout *, hormis le salut eternel. Nostre divin Maistre nous a donné sa vie non seulement l'employant à guerir les malades, faire des miracles et nous enseigner ce que nous devions faire pour nous sauver ou pour luy estre aggreables ; mais il l'a donnée aussi en fabriquant sa croix tout le temps d'icelle, souffrant mille et mille persecutions de ceux mesmes auxquels il faisoit tant de bien et pour lesquels il livroit sa vie. Il faut que nous en fassions de mesme, dit le saint Apostre, c'est à dire que nous fabriquions nostre croix, que nous souffrions les uns des autres comme le Sauveur nous l'a enseigné, que nous donnions nostre vie pour ceux mesmes qui nous la voudroyent oster, comme il fit si amoureusement ; que nous l'employions pour le prochain non seulement és choses aggreables, mais és

* Coloss., ni, 14.

* I Joan., ii, 16.

* De Consid.,1.IV,

* I Cor., x1, 1.

* II Cor., xii, 14,15,

* Cf. tom. præced.

bons Edit., p. 378.

* Philip., n, 8.

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plus penibles et desaggreables, telles que de supporter amoureusement ces persecutions qui pourroyent en quelque facon attiedir nostre amour envers nos freres.

Il y en a plusieurs qui disent : J'ayme grandement mon prochain et voudrois bien luy rendre quelque service. Cela est bien bon, dit saint Bernard *, mais ce n'est pas assez, il faut passer plus outre. Oh! si je l'ayme! Je l'ayme tant que je voudrois de bon cœur employer tous mes biens pour luy. Cela est davantage et desja meilleur, mais encores n'est-ce pas assez. Je l'ayme tellement, je vous asseure, que j'employerois volontiers ma personne mesme pour luy et en tout ce qu'il desireroit de moy. Voicy certes un tres bon signe de vostre amour ; mais encores faut-il passer plus avant, car il y a un plus haut degré en cet amour, ainsy que nous l'apprend saint Paul lequel disoit *: Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jesus Christ. Et en l'une de ses Epistres*, (1) parlant à ses enfans tres chers, il escrit : Je suis prest à donner ma vie bour vous et à m'employer si absolument que je ne veux faire aucune reserve à fin de vous tesmoigner combien je vous ayme cherement et tendrement ; ouy mesme je suis prest à laisser faire par vous ou pour vous tout ce que l'on voudra de moy. En quoy il nous enseigne que de s'employer, voire jusqu'à donner sa vie pour le prochain, n'est pas tant que de se laisser employer au gré des autres, ou pour eux, ou par eux *.

C'est ce qu'il avoit appris de nostre doux Sauveur *, lequel s'estant employé soy mesme pour nostre salut et pour nostre redemption, se laissa par apres employer pour parfaire cette redemption et nous acquerir la vie eternelle, se laissant attacher à la croix par ceux-là mesmes pour lesquels il mouroit. Il s'estoit employé luy mesme toute sa vie, mais à sa mort il se laissa employer et faire tout ce qu'on voulut, non pas par ses amis, ains par ses ennemis qui luy donnoyent la mort avec une rage insupportablement meschante. Neanmoins il ne resista ni

(1) La fin de cet alinéa et les lignes 7-38 de la page suivante, ont été intercalées dans l'Entretien De Za Cordialité. (Voir le volume précédent, p. 13, note (1), et au tome VI, les pp. 64, 65 et la Table de correspondance.)

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