‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 196 sur 322 · LIX. Pour LE 11° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LIX. Pour LE 11° DIMANCHE DE CARÉME

s'excusa de se laisser conduire et tourner à toute main, ainsy que la cruauté suggeroit à ces malheureux *; car il *Is., 1, 5. regardoit en cela la volonté de son Pere celeste, qui estoit qu'il mourust pour les hommes, volonté à laquelle il se sousmettoit avec un amour incomparablement grand et digne d'estre plustost adoré qu'imaginé ou compris. C'est à ce souverain degré de perfection que les Religieux et Religieuses, et nous autres qui sommes consacrés au service de Dieu, c'est à ce degré de l'amour du prochain, dis-je, que nous sommes appellés et auquel nous devons pretendre de toutes nos forces. Il faut non seulement nous employer pour son bien et sa consolation, ains nous laisser employer pour luy par la tres sainte obeissance tout ainsy que l'on voudra, sans que jamais nous resistions. Quand nous nous employons nous mesmes, ce que nous faisons par le choix de nostre volonté ou par nostre election apporte tousjours beaucoup de satisfaction à nostre amour propre ; mais à nous laisser employer és choses que l'on veut et que nous ne voulons pas, c'est à dire que nous ne choisissons pas, c'est là oü gist le souverain degré de l'abnegation que nostre Seigneur et Maistre nous a enseigné en mourant. Nous voudrions prescher, et l'on nous envoye servir les malades ; nous voudrions prier pour le prochain, et l'on nous envoye servir le prochain. Mieux vaut tousjours sans comparaison ce que l'on nous fait faire (j'entens ce qui n'est point contraire à Dieu et qui ne l'offense point), que ce que nous faisons ou choisissons de nous mesmes. A ymez-vous donques les uns les autres, dit saint Paul, comme Nostre Seigneur nous a aymés. Il s'est offert en holocauste : ce fut lors qu'estant sur la croix il respandit jusqu'à la derniere goutte de son sang sur la terre, comme pour faire un ciment sacré * duquel il devoit et * Coloss, 1, 20. vouloit cimenter, unir, joindre et attacher l'une à l'autre toutes les pierres de son Eglise, qui sont les fidelles, à fin qu'ils fussent tellement unis, que jamais il ne se trouvast aucune division entre eux, tant il craignoit que cette division ne leur causast la desolation eternelle *. * Cf. supra, p. 265. O combien ce motif est pregnant pour nous inciter à

* Ps. 1xxn, 1.

* Vide supra, p.266.

* I Cor., x, 17.

°Cf.Les Entretiens, tom.VIhujusEdit.,

l'amour de cecommandement et à son exacte observance: nous avons esté esgalement arrousés de ce sang pretieux, comme d'un ciment sacré, pour serrer et unir nos cœurs les uns aux autres ! O que la bonté de nostre Dieu est grande* !

Nostre Seigneur a encores esté offert ou s'est offert pour nous à. Dieu son Pere comme hostie en odeur de suavité. Quelle divine odeur ne respandit-il pas devant la divine Majesté lors qu'il institua le tres saint Sacrement de l’autel, auquel il nous tesmoigna si admirablement la grandeur de son amour! Ce fut un parfum incomparable que cet acte de perfection incomprehensible par lequel il se donna à nous qui estions ses ennemis et qui luy causions la mort, et ce fut alors qu'il nous octroya le moyen de parvenir où il nous desiroit, à scavoir d'estre faits 4n avec luy, comme luy et son Pere ne sont qu'un *, c'est à dire une mesme chose. Il l'avoit demandé à son Pere celeste, ou il le vouloit demander, et par mesme voye et en mesme temps il trouva comment cela se pourroit faire. O Bonté incomparable, que vous estes digne d'estre aymée et adorée !

Jusqu'où s'est abaissée la grandeur de Dieu pour un chacun de nous et jusqu’où nous veut-il eslever ? Nous unir si parfaittement à soy qu'il nous rende une mesme chose avec luy ! C'est ce que Nostre Seigneur a voulu, pour nous enseigner que comme nous avons tous esté aymés d'un mesme amour par lequel il nous embrasse tous en ce tres saint Sacrement, aussi veut-il que nous nous aymions de ce mesme amour qui tend à l'union, mais à une union des plus grandes et plus parfaites qu'il se peut dire. Nous sommes /ous nourris d'un mesme pain *, qui est ce pain celeste de la divine Eucharistie, la manducation duquel s'appellant Communion, nous represente, comme nous avons dit, la commune union que nous devons avoir ensemble *, union sans laquelle nous ne meriterons pas de porter le nom d’enfans de Dieu, puisque nous ne luy sommes pas obeissans.

Les enfans qui ont un bon pere le doivent imiter et suivre ses commandemens en toutes choses. Or, nous

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