APRÈS LE TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME
3 mars 1622
En la premiere partie de l'Evangile *, sur laquelle je * Lucæ, rv, 38-44.
dois et me veux arrester, il est fait mention de la guerison de la belle mere de saint Pierre, operée par Nostre Seigneur en Capharnaùm. Voyci le contenu de l’histoire : nostre divin Maistre estant en cette ville où il publioit les effects et grandeurs de la providence de son Pere celeste, apres avoir fait plusieurs guerisons et delivré un demoniaque *, c’est à dire une personne tourmentée du diable, il entra en la mayson de Simon et d'André et guerit Ja belle mere de Pierre qui estoit travaillée des fievres. Or, cela arriva ainsy : le Sauveur estant entré en cette mayson avant le disner, saint Jean, saint Jacques et saint André, avec son frere saint Pierre, s’adviserent ou accorderent par ensemble, devant que se mettre à table, de luy demander la guerison de cette femme. Et luy ayant presenté leur requeste, Nostre Seigneur s’approcha du lit de la malade, ef se penchant sur elle il la regarda, et l'empoignant par la main*, commanda à la fievre de la quitter, ou, comme dit saint Luc, il tanga la fievre, et elle la quitta; lors cette bonne femme se voyant saine se leva et les servit à table. Je parleray d’abord de trois ou quatre points qui regardent la lettre, puis nous dirons le reste.
Premierement, l'Evangeliste escrit que Jesus entra en la mayson de Simon, qui estoit le grand Apostre saint Pierre, le premier des Apostres qui avoit suivi nostre cher
* Ibid., ÿÿ. 33-35.
* Marc., 1, 31.
* Matt., 1v, 18-20; Joan., 1, 41.
Vers. 14.
* Vers. 39.
* Matt., xix, 37.
* Advers. Helvid., $30; Advers.Jovin., 1. 1,$ 1:5.
* C£. I Cor., vit, 55,
Maistre avec son frere saint André *. Saint Matthieu le tesmoigne clairement en son chapitre huitiesme *, et saint Marc indirectement en son chapitre premier *, bien qu’en l'Evangile que nous lisons aujourd'huy, saint Luc ne le dise pas, ains seulement que Jesus entrant en la mayson de Simon il guerit sa belle mere qui estoit travaillée des fievres. Plusieurs esprits bigearres en ont tiré qu'il failloit donques qu'en ce temps là saint Pierre ne gardast pas le celibat, et les huguenots ont dit que puisqu'il avoit une belle mere il devoit quant et quant avoir une femme, et partant qu'il estoit pour lors marié ; ce qui n'est point, car il n'eust peu suivre Nostre Seigneur s'il eust esté chargé d'une femme.
Mais si l'on disoit que puisqu'il avoit une belle mere il devoit avoir eu une femme, et par consequent une famille, cecy seroit autre chose et l'on auroit rayson. Aussi verroit-on par là que, bien qu'il n'eust pas tousjours gardé le celibat, neanmoins il y estoit lors qu'il se mit à la suite du Sauveur, ce qu'il monstra par ces parolles qu'il luy addressa : Nous avons tout quitté pour vous suivre; quelle recompense nous donnereq-vous*? Nous avons tout quitté : il ne dit pas en partie, mais fout, sans reserve d'aucune chose; et puisque nous avons tout quitté, quelle sera la recompense que nous recevrons de vous ? Or, il n'eust peu parler de la sorte S'il eust eu une femme.
Nostre Seigneur ayant choisi saint Pierre pour chef des ecclesiastiques, il estoit convenable qu'il vescust en celibat, d'autant que, comme escrit saint Hierosme *, la vierge qui vient à se marier ne peut pas dire qu'elle soit toute à Dieu. Elle le reconnoist bien tousjours pour son Seigneur, il est vray ; neanmoins elle a un seigneur subalterne à qui elle appartient aussi et pour qui elle a de lamour, et partant son cœur n'est pas entierement à Jesus Christ, il est partagé, il est divisé *. Mais les ecclesiastiques qui se sont tout à fait dediés à Dieu ne doivent point avoir d'autre Seigneur que luy ; c'est pourquoy ils se separent de la creature quant à cette union qui se fait avec elle par le mariage, à fin de s'unir plus estroittement
LS