‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 211 sur 322 · LXI. Pour LE 1v* DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LXI. Pour LE 1v* DIMANCHE DE CARÉME

tant de gens? Helas! disent ces pauvres ames attendries sur elles mesmes, mon affliction est telle que deux cens escus de consolations ne me suffiroyent pas. Nous avons bien de bons livres spirituels, nous avons des predications, nous avons du temps pour vaquer à l'oraison, voire mesme il me vient bien de bonnes affections ; mais qu'est-ce que cela ? Ce n'est rien. Chose estrange que de l'esprit humain : cela n'est rien! Et que voudriezvous donques de plus? que Dieu vous envoyast un Ange pour vous consoler? O il ne le fera pas; vous n'avez pas encores jeusné trois jours et trois nuits pour le suivre sur la montagne de la perfection, pour à laquelle parvenir il faut que vous vous oubliiez vous mesme, laissant à Dieu le soin de vous consoler ainsy que bon luy semblera, ne vous mettant en peine ni en soucy d'autre chose que d'aller apres luy en escoutant sa parole comme ce bon peuple.

Nostre Seigneur tenta saint Philippe pour le faire humilier, ce qu'il eut bien occasion de faire apres avoir donné une response si pleine de prudence humaine. Grand cas, que Dieu ayme tant l'humilité qu'il nous tente quelquefois non pour nous faire faire le mal, ains pour nous apprendre par nostre propre experience quels nous sommes, permettant que nous disions ou fassions quelque grande folie ou aucune chose qui nous donne matiere de nous abaisser. Or, ces plaintes et ces tendretés que nous avons sur nous mesme, ces doleances, ces difficultés à la poursuite du bien commencé, qu'est-ce autre chose qu'un sujet vrayement digne de nous humilier et reconnoistre pour foibles et encores enfans en ce qui est de la vertu et de la perfection ? Oh ! il ne faut pas tant se regarder soy mesme, ains il faut penser en Dieu et le laisser penser en nous.

Nous devons bien nous tenir en humilité à cause de nos imperfections, mais il faut que cette humilité soit le fondement d'une grande generosité, car l'une sans l'autre degenere en imperfection. L'humilité sans generosité n'est qu'une tromperie et lascheté de cœur qui nous fait

penser que nous ne sommes bons à rien et que l'on ne

Ssau. IV ac

* Cf. Entretien V.

* Vide Barradam, comm.in Concord., tom. II, 1. X, c. 1.

* Cap. vir, 6, 7, 20.

doit jamais penser à nous employer à quelque grand chose ; au contraire, la generosité sans humilité n'es que presomption. Nous pouvons bien dire : Il est vra; que je n'ay nulle vertu, ni moins les conditions propre pour estre employé à telle ou telle charge; mais apre: il nous faut tellement mettre nostre confiance en Diei que nous devons croire que quand il sera necessaire qu nous les ayons et qu'il se voudra servir de nous, il n manquera pas de nous les donner, pourveu que nou: nous laissions nous mesme pour nous occuper fidellemen: à louer et procurer que nostre prochain loue sa divine Majesté, et que sa gloire soit augmentée le plus que nou: pourrons *.

Nostre Seigneur, nonobstant que saint Philippe et saint André affirmassent que ce n'estoit rien des cine pains et des deux poissons pour cette multitude, ne laissa pas de dire qu'on les luy apportast, et commanda à ses Apostres de faire asseoir le peuple. Ce qu'ils firent tous fort simplement, en quoy certes ils furent admirables, car ils se mirent à la table sans qu'ils vissent rien dessus et sans apparence qu'on leur peust rien donner. Lors Jesus prit les pains, les benit, les rompit et ordonna aux Apostres d'en faire la distribution, laquelle estant achevée il y en eut de reste, tous en ayant eu à suffisance pour se rassasier selon leur necessité.

Cette question a esté esmeué entre plusieurs, à scavoir mon, si tous mangerent des cinq pains ou si Nostre Seigneur, par sa toute puissance, en fit des nouveaux lesquels on distribua au peuple *. Mais l'Evangeliste saint Marc, en l'histoire qu'il rapporte d'un autre miracle presque tout semblable à celuy cy, miracle qui n'est pas neanmoins le mesme, d'autant qu'il y avoit sept pains, ainsy qu'il le tesmoigne *, et saint Jean escrit qu'il n'y en avoit que cînq en celuy de ce jour, saint Marc donc dit expressement que tous mangerent des sept pains et des deux poissons. Sur quoy il faut adjouster ce mot en passant.

A la resurrection, comme se pourra-t-il faire qu'un chacun ressuscite en son mesme corps, puisque les uns

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