APRÉS LE QUATRIÉME DIMANCHE DE CARÉME
10 mars 1622
I] y avoit en Galilée plusieurs belles montagnes sur lesquelles Nostre Seigneur faisoit beaucoup de merveilles ; entre icelles il y en avoit une appellée Thabor, et une autre nommée Hermon, au pied de laquelle estoit la petite ville de Naim. Cette cy se trouvoit à une petite lieue du Thabor, et là aupres, c'est à dire deux lieues plus loin, estoit la ville de Capharnaüm oü le Sauveur faisoit sa principale residence * et auquel lieu il operoit de tres grans miracles. De là vient le reproche que luy en firent les Nazareens, se plaignant de ce qu'il n'en faisoit pas autant en Nazareth comme en Capharnaüm *. Or Nostre Seigneur ayant honnoré cette ville en ce qu'il l'avoit choisie pour sa principale demeure, voulut aussi honnorer de sa presence celle de Naim, laquelle quoy que petite, estoit neanmoins grandement belle ; c'est pour cela qu'on la nommoit Naim qui veut dire belle *.
Nostre divin Maistre entrant au faubourg de cette ville, ainsy que nous le lisons en l'Evangile d'aujourd'huy *, trouva que l'on portoit en terre un jeune homme mort, et sa mere avec une grande multitude de gens le suivoyent. Ce jeune homme estoit fils unique de cette bonne vefve ; non seulement son unique parce qu'elle n'avoit que luy, mais aussi parce qu'elle n'avoit point eu d'autres enfans : c'est pourquoy elle estoit grandement affligée de sa perte et pleuroit fort amerement. Nostre cher Sauveur rencontrant ces funerailles à la porte de
*Cf.tom. VIII huju Edit., pp. 239, 339
* Luca, 1v, 23.
* Vide ad calcem Bibl., et cf. Ruth I, 20.
* Luca, VII, 11-16.
* Joan., xi, 31-33.
* Matt., 1x, 18, 19, 33-15.
*Cf.tom. VIIIhujus Edit., p. 204.
Naim, voulut faire un tres grand miracle : 77 s'approcha donques de ceux qui portoyent le corps ef toucha la biere, leur commandant d'arrester là et de ne pas passer plus outre, ce qu'ils firent soudain; et tout le peuple estant en attention pour voir ce qui adviendroit, Jesus prononca cette parole toute puissante : Adolescent, je te dis, leve-toy. A l'instant i/ s'assit sur sa biere et parla, et Nostre Seigneur le print ef le rendit à sa mere. Tous ceux qui virent ce prodige furent pleins d'estonnement et commencerent à louer et à glorifier Dieu, disant qu'il avoit visité son peuple et que ce Prophete estoit la redemption d'Israél. Voyla le sommaire de l'Evangile de ce jour, sur lequel je n'ay pas beaucoup à m'arrester pour l'esclaircissement du texte ; je diray donques seulement trois ou quatre paroles d'instruction.
Premierement, le miracle de la resurrection de ce jeune homme a esté l'un des plus grans que Notre Seigneur ayt operé en Galilée, car il le fit de son propre mouvement, sans y estre incité que par sa seule bonté et misericorde. La resurrection du Lazare fut encores un plus grand miracle, il est vray, et s'accomplit avec plus de ceremonies ; mais le Sauveur le ressuscita à la requisition de ses sœurs*. La fille du prince de la Synagogue fut rendue à la vie par les prieres de son pere lequel supplia Nostre Seigneur d'aller à cet effect en sa mayson *; en somme, toutes les resurrections rapportées en l'Evangile furent demandées par quelques uns. Celle cy seule fut operée par le propre mouvement de nostre cher Maistre, et par icelle il nous monstre comme toutes ses œuvres se font par sa seule bonté.
Cette bonté infinie de nostre Dieu a deux mains par lesquelles il fait toutes choses : l'une est sa misericorde, l'autre sa justice *. Tout ce que font sa misericorde et sa justice procede de sa bonté, car il est souverainement bon quand il use de sa justice comme quand il fait misericorde, il ne peut y avoir de justice ni de misericorde oü il n'y a point de bonté : or, comme Dieu est tousjours en soy la bonté mesme, aussi est-il tousjours juste et misericordieux. C'est le propre de la bonté de se communiquer