‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 215 sur 322 · LXII. POUR LE JEUDI APRES LE 1V° DIMANCHE DE CARÉME · texte numérisé non relu

LXII. POUR LE JEUDI APRES LE 1V° DIMANCHE DE CARÉME

car de soy mesme elle est communicative *, et pour cet *S.Dionys., de DI effect elle se sert de la misericorde et de la justice : de Mia ita la premiere pour faire du bien, et de la seconde pour punir et arracher ce qui nous empesche de ressentir les effects de cette bonté de nostre Dieu dont la misericorde est sa justice, et la justice sa misericorde. La misericorde nous fait embrasser le bien, la justice nous fait fuir le mal, et la bonté de Nostre Seigneur se communique par ces deux attributs, d'autant qu'il demeure esgalement bon en se servant de l'un comme de l'autre. Ce fut donc poussé de cette seule bonté par laquelle il fait toutes choses qu'il ressuscita ce jeune adolescent, sans y estre meu ni excité d'aucun autre motif, comme nous l'avons dit, car personne ne le pria de ce faire.

Secondement, 7] toucha la biere pour ordonner qu'on arrestast le corps, parce qu'il vouloit ressusciter ce jeune homme. L'attouchement du Sauveur n'estoit pas necessaire pour ce miracle, non plus que pour aucun autre; il pouvoit bien, sans toucher la biere, faire arrester ceux qui la portoyent et ressusciter cet adolescent sans aucune ceremonie, par sa toute puissance et vertu divine ; mais il ne le voulut pas, ains se servit de l'imposition de ses mains pour monstrer qu'aux jours de sa chair *, à *Heb., v, 7. scavoir quand 77 conversoit en sa chair parmi les hommes *, il exercoit sa vertu et puissance divine par l'entre- * Baruch, mm, ult. mise de son humanité. C'est ce que veut dire saint Jean en son chapitre premier* : Le Verbe s'est fait chair et * Vers. 14. il a habité avec nous. Les anciens disoyent que Dieu habitoit avec eux,qu'il enseignoit et instruisoit son peuple à faire ce qui estoit de ses divines volontés ; neanmoins, comme le disent nos saints Peres, il n'y habitoit pas visiblement ains invisiblement. Mais despuis que Ze Verbe s’est incarné, il a conversé avec nous visiblement, il a habité parmi nous en sa chaïr*; et pour nous monstrer " Matt., 1, 23. cela, il s'est voulu servir d'icelle, c'est à sçavoir de son humanité, comme d'un outil ou instrument pour accomplir les ceuvres qui appartenoyent à sa divinité. En troisiesme lieu, quant à ce qui est dit qu'il trouva ce mort à la porte de la ville, c'est qu'on le portoit

hors d'icelle, car en cette ancienne Synagogue l'on enterroit les morts hors des villes à cause de l'infection des corps et par crainte du mauvais air. Aussi, comme saint

* Ep. cix, ad Ripa- Hierosme l’escrit en ses epistres *, la coustume de sepul-

rium, B 19. turer les Chrestiens dans les eglises n'est venue qu'apres l'Incarnation du Fils de Dieu et ne s'est prattiquée que despuis la mort de Nostre Seigneur, d'autant que par cette mort nous a esté ouverte la porte du Ciel. Il semble en effect qu'il n'estoit pas raysonnable d'enterrer dans les temples ceux dont les ames n'alloyent point en Paradis, ains descendoyent dans les enfers ou dans les Limbes. Mais despuis que la porte du Ciel a esté ouverte aux hommes on a trouvé le moyen d'enterrer les Chrestiens dans les eglises ou dans des cimetieres faits à l'entour d'icelles pour ce sujet.

En quatriesme lieu, Nostre Seigneur dit : Adolescent, leve-toy. Cecy est un peu difficile à entendre, car qui appelle-t-il adolescent ? Le defunct ne l'estoit pas ni quant au corps ni quant à l'ame, d'autant que l'ame n'est ni vielle ni jeune, elle ne croist ni ne descroist, elle n'est susceptible d'aucun temps ; le corps n'estoit non plus adolescent, puisqu'estant mort ce n'estoit qu'une charogne. Or, si l'ame de cet homme trespassé n'est sujette à aucune vicissitude, et si le corps estant separé de son ame n'est plus qu'un cadavre, à qui donc nostre Sauveur parle-t-il en cette sorte : Adolescent, je te dis, leve-toy ? Voicy l'esclaircissement de cette difficulté. Il est vray que ce jeune homme mort n'estoit pas adolescent, ni quant au corps ni quant à l'ame; aussi Nostre Seigneur ne l'appelle-t-il pas comme s'il l'estoit, mais comme une chose à qui il veut donner l'estre, monstrant en cela sa parole

* Psalmi xxxi, 9, toute puissante et efficace qui fait ce qu'elle dit *; car

CALVI 3 celuy qui n’estoit pas adolescent le fut aussi tost que le Sauveur eut prononcé ces mots : Adolescent, je te dis, leve-toy.

C'est avec une parole toute puissante que Dieu a creé le ciel et la terre, qu'il a tiré l'estre du non estre, d'autant

‘Rom.iw,17;ICer. que cette parole est operative, elle opere ce qu'elle dit,

1, 38. Cf. tom. V hujus Edit., p. do. et de ce qui n'est pas, elle fait ce qui est *. Mais à qui

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