‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 217 sur 322 · LXII. Pour LE JEUDI APRÈS LE 1V° DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

LXII. Pour LE JEUDI APRÈS LE 1V° DIMANCHE DE CARÊME

d’entendement et de courage. Et comme le disoyent-ils, puisque les plus courageux et sçavans philosophes d’entre eux, estans sur un basteau, sont demeurés tout pasles et transis voyant les flots et tourmentes de la mer qui les menacoyent d'une mort prochaine ? C'est ce que raconte saint Augustin *, adjoustant les paroles que respondit l'un d'eux en cette occurrence : Vous autres estes des canailles et gens qui n'avez point de cœur et point d'ame à perdre, car vous les avez ja perdus ; mais moy, dit-il, je redoute la mort parce que j'ay une ame et que je crains de la perdre *. Et pour conclusion, nos anciens Peres disent qu'il faut craindre la mort sans toutefois la craindre. Pour vous faire entendre cecy, je passe à mon second point.

Ceux qui veulent traverser des ruisseaux ou des rivieres sur quelque planche sont en grand peril de se perdre s'ils portent des bericles ; car il y a deux sortes de bericles : les unes font les caracteres plus grans qu'ils ne sont, les autres les font plus petits, et ceux qui ont la veué courte en usent. Or, si ces gens voulant passer sur cette planche employent des bericles qui aggrandissent les objets, elles la luy representeront beaucoup plus large qu'elle n'est ; si que s'asseurant là dessus ils se mettront en danger de poser les pieds hors d'icelle et par consequent de se perdre, car rencontrant le vuide ils tomberont dans le precipice. Que s'ils se servent des bericles qui rapetissent les choses, elles leur feront paroistre cette planche si petite qu'ils n'oseront jamais entreprendre de passer sur icelle, ou s'ils y passent ils seront saisis d'une si grande frayeur qu'elle sera suffisante pour les perdre. Les extremités sont tousjours tres dangereuses et perilleuses. Or, pour eviter les inconveniens qui se trouvent en la consideration de la mort, il faut, disent nos anciens Peres, la craindre sans la craindre.

Il la faut craindre, car qui n'en auroit peur, puisque tous les Saints l'ont redoutée, et mesme le Saint des Saints, nostre Sauveur *? car la mort n'est pas naturelle à l'homme, ains il a esté condamné à icelle à cause de son peché *. Or, despuis la faute d'Adam tous les hommes sont sujets au peché, et chacun sera jugé en l'estat dans

* De Civit. Dei, 1. IX, c. 1v.

* Aulus Gell,, Noctes Atticae, 1. XIX, c. 1. CE. Tr. del Am.

de Dieu, 1. I, c. m.

* Marc., xiv, 33.

* Gen., m, 19; Sap.

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