‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 216 sur 322 · LXII. POUR LE JEUDI APRES LE IV* DIMANCHE DE CARÈME · texte numérisé non relu

LXII. POUR LE JEUDI APRES LE IV* DIMANCHE DE CARÈME

parle-t-il maintenant? A un mort. Les morts n’entendent pas : qui donques luy respondra ? Il parle aux morts tout ainsy que s'ils estoyent vivans, pour monstrer que la voix de Dieu n’est point seulement ouÿe de ceux qui ont des oreilles, mais encores par ce qui n'est pas; qu'il a puissance sur les choses creées et sur les increées, de sorte que s'il addressoit sa voix aux choses increées elles luy respondroyent, tant sa parole est efficace.

Le Sauveur voulut aussi parler à ce mort comme s'il eust esté en vie, nous faisant encores entendre par là la facon avec laquelle nous ressusciterons. Au jour du jugement, ou un peu devant iceluy, l'Archange viendra“, qui par le commandement de Dieu dira : « Levez-vous, morts, venez au jugement *. » Et à cette voix tous les morts ressuscileront* pour estre jugés. Mais à qui parle cet Archange? Aux morts qui sont dans les tombeaux, à des charognes puantes, car nos corps ne sont que pourriture quand ils sont separés de l'ame. Et pourquoy l'Archange addresse-t-il ses paroles à ces cadavres tout reduits en cendre et poussiere ? Ne sçait-il pas que les morts n'entendent rien? et s'il le scait, pourquoy donc leur commandet-il ainsy : « Levez-vous, morts ? » Comme se leveront-ils, puisqu'ils n'ont point de vie? Neanmoins c'est bien à ces carcasses mortes que l'Archange parle, et cette parole estant proferée par le commandement de Dieu, est tellement puissante et efficace qu'elle donne la vie à ceux qui ne l'ont pas; en disant elle opere ce qu'elle dit, et de ce qui n'est bas elle en fait ce qui est, si que ces morts qui estoyent reduits en cendre se leveront en corps et en ame, vrayement vivans, c'est à scavoir ressuscités, tout ainsy que Nostre Seigneur ressuscita de soy mesme et par sa propre vertu au troisiesme jour.

Mais comment se fait cecy ? Par la vertu de la parole de Dieu. Alors nous verrons cet admirable miracle de la transsubstantiation qui s'opere tous les jours au Sacrement de l'Eucharistie * ; car en cette resurrection generale se fera la transsubstantiation des cendres qui estoyent dans les tombeaux ou ailleurs, en vrays corps vivans, lesquels en un instant" se trouveront au lieu destiné

* [ Thess., iv, 15.

* Reg. Monach. ea Scriptis S. Hieron collecta, c. xxi. Cf.

tom. modo citat., P. 254, et tom. VII "ma 475, 476.

Cor., xv, 52.

* I Cor.,ubisupra.

316 SERMONS RECUBILLIS

pour le dernier jugement. Donques, si la parole non de plusieurs Anges, ains d’un seul Archange, proferée par le commandement de Dieu est si operatrice qu’elle donne l'estre à ce qui n'est point, pourquoy ne croirons-nous pas à toutes les paroles de Dieu ? Pourquoy aurons-nous de la difficulté à croire que par icelles, qu'elles soyent dites par luy mesme ou par ceux à qui il en a donné la charge et le pouvoir, il ne puisse faire ce qui est de ce qui n'est bas, encores que nous ne le comprenions point? Et quelle difficulté y a-t-il en cet article de la resurrection des morts, puisqu'elle se fait par la toute puissance de Dieu ?

Il n'y a donques nulle difficulté à concevoir comment ce garcon qui estoit dans cette biere n'estoit pas adolescent, mais qu'il le fut lors que nostre divin Maistre luy fit ce commandement : Adolescent, je te dis, leve-toy, et ressuscita tel que Nostre Seigneur l'avoit nommé. C'est ce qu'il estoit en quelque facon necessaire de declarer pour l'esclaircissement du texte de nostre Evangile, sur lequel je fais deux remarques. Je ne vous dis pas quelles elles sont, car vous pensez bien qu'elles traittent de la mort.

La premiere est à sçavoir mon, s'il faut craindre la mort ou non. Il y a quelques philosophes anciens qui ont voulu soustenir qu'il ne la failloit point craindre, et que ceux qui la redoutoyent c'estoit faute d'entendement ou de courage. À quoy nos saints Peres ont respondu que cela ne peut estre ; car bien que les Chrestiens ne doivent point craindre la mort pource qu'ils doivent tousjours estre prests à bien mourir, neanmoins ils ne scauroyent pour cela estre exempts de cette crainte; car qui est-ce qui scait s'il est en estat pour bien faire ce passage, puisque pour bien mourir il faut estre bon ? Et qui est asseuré d'estre bon, c'est à dire d'avoir la charité necessaire pour estre trouvé tel à l'heure de son trespas ? Personne ne le peut scavoir s'il n'en a receu une revelation particuliere ; et encores ceux là qui en ont eu n'ont pas esté exempts de craindre la mort.

Les Stoiciens disoyent qu'il ne failloit pas l'apprehender, et que la redouter c'estoit une marque de defaut

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