‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 228 sur 322 · LXIII. Pour Le DIMANCHE DE LA Passion · texte numérisé non relu

LXIII. Pour Le DIMANCHE DE LA Passion

que je suis un buveur de vin*, que je defends de payer le tribut à Cesar *, que je n'observe pas le sabbat ** ; vous me mettez ainsy à sus plusieurs calomnies et impostures, mais respondez-moy, qui est celuy d'entre vous autres qui me reprendra de peché ? Pourquoy donques ne me croyez-vous pas ? Il faut sans doute que le mal soit tout en vous, car il n'y en peut avoir en moy.

Nostre divin Maistre parloit tres justement, car il est impossible de joindre deux choses tant esloignées,scavoir, Dieu et le peché. Dés que l'on dit Dieu, ce mot exclut tellement le peché que jamais plus on ne doit estre en doute qu'il s'y puisse trouver. Donques, entant que Nostre Seigneur est Dieu il estoit impossible qu'il peust pecher, et entant qu'il est homme cela ne se pouvoit non plus, parce que son ame humaine fut glorieuse en sa partie superieure dés l'instant de sa conception au ventre sacré de Nostre Dame. Par consequent il jouissoit en cette partie supreme de la claire veuë de la divine Majesté, veué qui fera nostre beatitude eternelle, et de laquelle resulte necessairement une impossibilité de pecher, car il est impossible de voir Dieu sans l'aymer souverainement : aussi l'amour souverain ne peut souffrir le peché, lequel deshonnore la divine Bonté et luy est infiniment desaggreable.

Cela estant donques ainsy, Nostre Seigneur disoit tres justement aux Juifs : Qui d'entre vous me peut accuser de peché ? et sur ce il entroit en un grand estonnement de quoy ils ne croyoyent pas à ses paroles et ne suivoyent pas sa doctrine, veu que sa vie estoit irreprochable. Apres il adjouste : Sf je vous presche la verité, pourquoy ne l'embrassez-vous fas? Comme s'il eust dit : Puisque je suis sans peché vous devez croire que je vous enseigne la verité et que je ne me puis tromper. O combien cela est-il asseuré que nostre divin Maistre ne pouvoit se tromper, car il est luy mesme la ver'ité* à laquelle tous ceux qui ne croiront point periront indubitablement *. Tout le bien de l’homme consiste non seulement à recevoir cette verité de la parole de Dieu, mais à demeurer en icelle, comme au contraire tout le

* Matt., x1, 19.

* Luce, xxi, 2.

**Joan.,v,16,18,1x,

* Ibid., xiv, 6; ] Joan., v, 6.

* Marc., ult., 16.

* Joan., vm, 30-32.

* [bid., 1, 14.

* Cap., 1, 1, 3.

* Cf. tom. przced.

hujus Edit.,pp.316-

mal des Anges et des hommes provient dequoy ils sont descheus de la verité au lieu d'y demeurer *.

Cecy est le second point de nostre discours. Si nous voulons que la parole annoncée soit receué il faut qu'elle soit une verité. Mais qu'est-ce que cette verité ? Non autre, mes cheres ames, sinon la foy. Quand il est escrit* que Nostre Seigneur estoit plein de grace et de verite, cela se doit entendre qu'il estoit plein de foy et de charité; non pas qu'il eust la foy pour luy mesme, car il n'en avoit pas besoin, ayant la claire vision des choses que cette foy nous apprend, mais il estoit plein de foy pour la distribuer à ses enfans qui sont les Chrestiens. L'Espouse, au Cantique des Cantiques *, declare, ainsy que je disois l'autre jour, que son Bien-Aymé, qui est nostre cher Maistre, a deux mammelles remplies de parfums tres pretieux qui respandent des odeurs tres souefves. On a tiré diverses interpretations de ces paroles, mais disons ainsy : ces divines mammelles du Sauveur sont pleines de grace et de verité, c'est à dire de charité et de foy.

Certes, il n'avoit pas besoin de ce lait tres delicieux pour soy mesme, non plus que les femmes du lait qu'elles ont dans leur poitrine, lequel ne leur est donné de Dieu et de la nature que pour la nourriture de leurs enfans. Ainsy la grace, ni moins la foy ne fut pas donnée à Nostre Seigneur pour luy, car il n'en avoit pas besoin, il estoit la grace mesme et c'est à luy de la distribuer ; la foy, il ne la pouvoit avoir non plus. C'est donques pour nous autres qu'il a esté rempli de ces dons *; c'est pourquoy il se peinoit tant pour les faire recevoir aux scribes et aux pharisiens, et se courrouçant, Pourquoy, disoit-il, ne voulez-vous pas croire en mes paroles? elles ne sont point vaines, ains tres veritables.

L'homme et l'Ange, ainsy que nous disions tantost, faute de demeurer en la verité, sont tombés en la vanité. C'est une regle generale que nous en faisons de mesme : dés que nous quittons la verité nous choisissons quant et quant la vanité, car la vanité est un defaut de verité qui nous fait tresbucher és enfers. L'Ange se destournant de

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