‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 237 sur 322 · LXIV. Pour LE DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

LXIV. Pour LE DIMANCHE DES RAMEAUX

du siecle constitue s’il luy plaist son excellence en la gloire mondaine; le vray Chrestien, et, pour parler nostre langage, c’est à dire le langage du lieu où nous sommes, les vrays Religieux et Religieuses qui tendent à la perfection chrestienne, doivent, contre toutes les raysons de la prudence humaine, constituer toute leur perfection en la folie de la croix*; car c'est en cette folie de la croix que Nostre Seigneur a esté parfait. Aussi tous les Saints ont tasché de se rendre sages de cette folie et ont souffert pour icelle tous les mespris, censures et humiliations qui leur sont arrivés de la part des sages du monde ; car cette perfection de la croix requiert que l'on endure pour la justice les travaux, les reprehensions, les persecutions. Bienheureux ceux qui sont persecutés pour la justice*!

Cette doctrine est toute contraire à celle du siecle ; car quoy que Nostre Seigneur crie et recrie * : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, les pacifiques, les debonnaires, ceux qui ont faim et soif de justice, le monde, qui ne peut approuver cette sagesse, dit tousjours : O que bienheureux sont les riches, les braves, ceux qui se vengent de leurs ennemis et que l'on n'oseroit offenser ! Voyez-vous comme la perfection de /a croix est une folie devant les sages du monde, car elle embrasse ce que la prudence humaine abhorre? Elle ayme la correction, s'y sousmet et se complaist de n'estre rencontrée que pour estre corrigée, et n'a point de plus grand playsir que d'estre reprinse et advertie de ses defauts et manquemens. O que bienheureuses sont ces ames qui ne se parlent que pour s'advertir ou faire la correction fraternelle en esprit de charité et profonde

aucun des Manuscrits que nous connaissons. On ne peut toutefois méconnaître dans ce fragment les pensées et la manière de saint François de Sales.

« Vous voyez donc comme ceux qui regardent les actions du prochain des yeux de la prudence humaine, convertissent le miel en fiel, et tirent des mauvaises interpretations de tout. Or, nous estonnerons-nous que le monde trouve à redire aux actions des Saints, puisque nous voyons le Saint des Saints, Nostre Seigneur (selon que le rapporte saint Matthieu au ar. chapitre de son

* I Cor., 1, 18, 23.

* Matt., v, 10.

* Ibid., ÿÿ. 3-6. Cf.

supra, p. 337.

humilité; mais plus heureuses encores celles qui sont tousjours prestes à la recevoir avec un cœur doux, paisible et tranquille ; elles ont ja fait un grand chemin. Qu'elles soyent humbles et fidelles, et qu'elles prennent bon courage, car malgré toutes les tricheries de la prudence humaine elles arriveront au plus haut point de la perfection chrestienne.

À ce propos, je ne me scaurois empescher de vous dire une histoire fort aggreable, et j'auray bien tost fait. (1) Le grand saint Charles fut observé et condamné de quelqu'imperfection par un honneste homme de qualité, lequel toutefois regardoit cette tare avec l'œil de la prudence humaine. Il advint donques que ce glorieux Saint voulant aller à Milan, il choisit plustost de s'y rendre par eau que par terre pour avoir plus de moyen de faire ses exercices spirituels, reciter son Office, prendre son heure de meditation, lire quelques bons livres, donner de bons documens ; en somme il avoit bien plus de commodités de s'exercer és ceuvres pieuses allant dans un navire que s’il fust allé à cheval. Or, ceux qui ont esté à Milan scavent que dès...... jusques à cette ville il y a des canaux lesquels ont une fort belle grace et sont tres aggreables. Voyla donques saint Charles qui s'embarque avec toutes ses gens et avec le susdit honneste homme.

Apres avoir fait leurs prieres accoustumées, il dit : Or sus, il nous faut un peu faire la recreation. (C'a tousjours esté chose louable et recommandable parmi les Saints de bien la faire; aussi est-elle ordonnée dans toutes les familles religieuses pour un peu relascher

Evangile *, parlant du mystere que nous celebrons aujourd'huy de son entrée en Hierusalem), censuré et calomnié des scribes et pharisiens, meschans et pleins d'envie, et cela à cause des merveilles qu'il operoit et des lonanges que le peuple luy donnoit; de quoy ils conceurent une telle haine contre luy,

(1) Ce trait, qui aura probablement été raconté à saint François de Sales dans quelqu'un de ses voyages à Milan, ne se trouve dans aucune des Vies de saint Charles ; il n'est donc pas possible de suppléer la lacune que le Manuscrit offre à l'endroit correspondant à la ligne ar de cette page.

Page 1