‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 247 sur 322 · LXV. Pour LE VENDREDI-SAINT · texte numérisé non relu

LXV. Pour LE VENDREDI-SAINT

de Dieu est mort pour nostre redemption, luy qui n’avoit aucun pechè ni iniquité.

Il est vray qu'il n’avoit aucun peché, mais ce qui est davantage, il n’en pouvoit avoir, car il estoit en tout esgal au Pere; il avoit la mesme nature, substance et puissance que luy, il estoit donques impossible de toute impossibilité qu'il pechast. Quoy qu'il soit tout puissant, et que par consequent il puisse tout ce qu'il luy plaist, si est-ce pourtant qu'il ne pouvoit pas pecher : et pour cela il ne laisse d'estre tout puissant, car pouvoir pecher n'est pas une puissance ains une impuissance *. Il est mort pour les pechés des hommes sans avoir en luy S aucune iniquité, puisqu'il estoit, comme dit le tiltre de la croix, Nazareen, à sçavoir fleurissant en toute sainteté. Il n'estoit point serpent, ni en verité ni en figure, mais pour nous guerir des morseures du vray serpent, à cause de l'amour extreme qu'il nous portoit, il se chargea de nos iniquités, c'est à dire de nos miseres et foiblesses*; il se revestit de nostre plumage et escaille, et en fin il fut fait ce serpent posé sur le bois de la croix pour preserver de la mort et donner la vie à tous ceux qui le regarderoyent. Il nous a apporté du Ciel la redemption, et non seulement cela, mais il a esté fait luy mesme nostre Redemption *. O que le Dieu d'Israël est bon * d'avoir fourni et pourveu la nature humaine d'une telle et si pretieuse Redemption *! Nous estions tous perdus sans icelle, et si Dieu ne nous eust donné ce remede nous serions tous morts, sans excepter aucune ame quelle qu'elle fust, puisque toutes avoyent peché.

Mais Dieu ne pouvoit-il point fournir au monde un autre remede que celuy de la mort de son Fils? O certes, il le pouvoit bien faire, et par mille autres moyens que celuy là ; car n'estoit-il pas en sa puissance de pardonner à la nature humaine d'un pouvoir absolu et par pure misericorde, sans y faire entrevenir la justice et sans l'intermission d'aucune creature ? Il le pouvoit sans doute ; et qui en eust osé parler ou y trouver à redire ? Personne, car il est Maistre souverain et peut tout ce qu'il luy plaist. Ou encores, s'il se vouloit servir pour

"S-Dionys. .Areop., 2 i AUpra, 'É 883

qu. Ter. art. nl.

* Is., ubi supra, p.

* I Cor., 1, 30.

* Vide supra, p.36t.

* Ps. cxxix, 7, 8.

* Cf. supra, p. 160.

* II Cor., v, 14, 15.

Cf. supra, p. 336.

* Serm. ix. Cf. tom.

præced.hujus Edit., P. 338.

* Chronica Fratr., Min., LI, c. xxxvi.

Cf. Tr. de l'An. de Dien, 1. VI, c. xiv.

364 SERMONS RECUBILLIS

cette redemption de l'entremise de quelque creature, n'en pouvoit-il pas creer une d'une telle excellence et dignité que, par ce qu'elle eust fait ou souffert, elle eust suffisamment satisfait pour les pechés de tous les hommes? Asseurement, et il pouvoit nous racheter par mille autres moyens que celuy de la mort de son Fils; mais il ne l'a pas voulu, car ce qui estoit suffisant à nostre salut ne l'estoit pas à assouvir son amour * ; et pour nous monstrer combien il nous aymoit, ce divin Fils est mort de la mort la plus rude et ignominieuse qui est celle de la croix.

Que reste-t-il donques, et quelle consequence pourrons nous tirer de cela, sinon que, puisqu'il est mort d'amour pour nous, nous mourions aussi d'amour pour luy, ou, si nous ne pouvons mourir d'amour, que du moins nous ne vivions pour autre que pour luy *? Que si nous ne l'aymons et ne vivons pour luy, nous serons les plus desloyales, infideles et perfides creatures qui se puissent trouver. C'est dequoy se plaignoit le grand saint Augustin * : O Seigneur, disoit-il, est-il possible que l'homme scache que vous estes mort pour luy et qu'il ne vive pas pour vous ? Et ce grand amoureux saint François : Ha! disoit-il en sanglotant, vous estes mort d'amour et personne ne vous ayme*|

Il est donques mort ; mais bien qu'il soit mort et eslevé sur la croix, ceux qui ne le regarderont pas mourront, car il n'y a point;d'autre redemption qu'en cette Croix. O Dieu, que c'est une consideration de grande utilité et proffit que celle de la Croix et de la Passion! Est-il moyen, je vous prie, de contempler en icelle l'humilité de nostre Sauveur sans devenir humble et sans avoir de l'affection aux humiliations? Peut-on voir son obeissance sans estre obeissant? O non certes, nul n'a jamais regardé Nostre Seigneur crucifié, qui soit mort ou resté malade ; comme au contraire, tous ceux qui sont morts, c'a esté pour ne l'avoir pas voulu regarder, de mesme qu'entre les enfans d’Israël ceux là moururent qui n'avoyent pas voulu considerer le serpent que Moyse avoit fait dresser sur la colonne.

La cheute de nos premiers pere et mere au paradis

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