‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 249 sur 322 · LXV. Pour LE VENDREDI-SAINT · texte numérisé non relu

LXV. Pour LE VENDREDI-SAINT

defendu, comme Dieu l’avoit ordonné. En gardant ce commandement nous ne serions point morts, quoy que nous n’eussions pas tousjours demeuré en cette vie, mais nous aurions passé d’icelle à une autre meilleure. Je scay bien qu’entre les hommes ce mot de mort signifie en nostre langage que la mort n’est qu’un passage d’une vie à l'autre*; mourir c'est donques outrepasser les confins de cette vie mortelle pour aller à l'immortelle. Mais il est vray que nous ne serions point morts de cette mort corporelle dont nous mourons à cette heure, ains nous nous serions tousjours acheminés à l'autre vie; et quand il eust pleu à la divine Majesté de nous retirer elle l'eust fait, ou dans un chariot de feu comme Elie *, ou en telle autre facon qu'il luy eust pleu. Cependant, nous pouvions aussi mourir en mangeant du fruit defendu comme fit nostre premiere mere Eve.

En la seconde nature, qui est celle que nous avons despuis la faute d'Adam et en laquelle nous vivons à present, nous pouvons mourir, mais nous ne pouvons pas ne point mourir, car c'est une loy generale que nous mourrons tous. Despuis que Dieu prononça la sentence de mort contre l'homme, il n'y en a eu et n'y en aura pas un qui ne meure ; aucune creature humaine, quelle qu'elle soit, ne peut s'en exempter. Comme nous avons tous esté souillés du peché originel et actuel, aussi mourronsnous tous *; c'est pourquoy Nostre Seigneur, qui estoit sans peché, s'estant toutefois chargé de nos iniquités, il est mort comme nous ferons tous, nous qui sommes pecheurs.

La troisiesme nature est celle que nous aurons au Ciel si Dieu nous fait la misericorde d'y arriver. Là nous vivrons et ne pourrons pas mourir, car nous jouirons de la gloire de l'eternité, de la vie qui nous a esté achetée par la mort de nostre Sauveur, et la possederons avec tant d'asseurance que nous n'aurons nulle crainte de la perdre. Nostre Seigneur est donques venu comme Sauveur pour nous sauver tous en mourant, car sa mort nous a acquis cette vie en laquelle nous ne pourrons jamais mourir, c'est à dire la vie glorieuse.

* Cf. Tr. del'Am.de Dieu,1.IX,c.xm,et tom. VII huj. Edit.,

* IV Reg., n, tr.

* Rom., v, 12.

* Locse, 1, 36-31.

* Matt., m, 16, 17.

Vide infra.

* Joan., xiv, 6.

* Matt., xvi, 5; Luca, 1X, 35; II Petri,

* Luca, 1x, 30, 31.

Ce fut donques par inspiration divine que Pilate mit sur le tiltre de la croix : /esus de Nazareth, Roy des Juifs. G'a esté sa vocation que d'estre Sauveur; c'est pourquoy le Pere eternel a tant contesté pour la prouver aux hommes, non seulement par les Patriarches et Prophetes, mais par luy mesme : voire, chose estrange, il s'est mesme servi pour cet effect de la bouche des impies et des plus scelerats qui se puissent trouver, comme nous dirons tantost. C'est pour cela que l'Ange descendit du Ciel et vint annoncer à la sacrée Vierge le mystere de l'Incarnation, luy disant que Celuy qu'elle concevroit se nommeroit /esus *.

Dieu le Pere parla pour rendre ce tesmoignage lors que Nostre Seigneur receut le baptesme de saint Jean Baptiste au fleuve Jourdain, car on entendit alors cette voix : Celuy cy est mon Fils bien aymé auquel j'ay pris tout mon playsir*, escoutez-le**. Comme s'il vouloit dire : O pauvre peuple, vous m'aviez tellement fasché par vos vices et iniquités que j'avois resolu de vous perdre et abismer tous; mais voyci que je vous envoye mon Fils pour vous reconcilier avec moy, car tout mon playsir est à le regarder et considerer, et en ce regard je trouve tant de complaisance que je m'oublie de tous les desplaysirs que je reçois de vos pechés ; escoutez-le donc. Par laquelle parole il monstre qu'il l'a envoyé pour nous enseigner à nous sauver. Hé, veut-il dire, ne doutez point de sa doctrine, car il est Za verité mesme *, et pour ce escoutez-le bien; sa doctrine est toute divine, et si vous la prattiquez et suivez, elle vous conduira à la vie eternelle.

Un autre tesmoignage fut rendu à Nostre Seigneur sur la montagne de Thabor au jour de la Transfiguration, auquel l'on ouyt encores la voix du Pere eternel qui dit : Voyci mon Fils bien aymé qui m'a pleu, escoutez-le*. Mais que nous dira-t-il sur cette montagne? O certes, il ne vous dira rien icy, d'autant qu'il parle à son Pere celeste avec Moyse et Elie de l'exces qui devoit s’accomplir en Hierusalem *. Vous y verrez voirement la gloire de la Transfiguration, neanmoins on vous defendra de

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