LXV. Pour LE VENDREDI-SAINT
saint Pierre. Grand sujet de craindre et d'esperer! Il y
en a encores qui n’ont jamais fait aucun bien et qui à
la fin de leur vie trouvent le pardon et la misericorde, tandis que d'autres au contraire perseverent en leurs iniquités.
O Dieu, que grande est l'humilité et le rabaissement avec lequel nous devons vivre sur cette terre! Mais aussi, quel sujet de bien ancrer nostre esperance et confiance en Nostre Seigneur ; car si apres avoir commis des pechés tels que de le renier, de perseverer et user sa vie en des horribles forfaits et iniquités l'on trouve la remission quand on se retourne du costé de la Croix oü est attachée nostre Redemption *, que doit craindre le pecheur de l'une et l'autre sorte de revenir à son Dieu en la vie et en la mort? Escoutera-t-il encores cet esprit malin qui luy fait voir ses fautes telles qu'il n'en puisse recevoir le pardon ? Hé, qu'il responde hardiment que son Dieu est mort pour tous*, et que ceux qui regarderont la Croix, pour grans pecheurs qu'ils soyent, trouveront le salut et la redemption.
Mais que ne doit-on esperer de cette redemption si abondante * qu'elle regorge de toutes parts, comme nous dirons tantost. O Dieu, combien de fois nostre divin Sauveur l'offrit-il à Judas et au mauvais larron! Avec quelle patience attendit-il l'un et l’autre ! Que ne fit pas le cceur sacré de ce cher Sauveur à l'endroit de celuy de Judas ? combien de mouvemens, d'inspirations secrettes ne luy donna-t-il pas, tant en la cene, quand il estoit à genoux devant luy, luy lavant les pieds, qu'au jardin des Olives, lors qu'il l'embrassa et le baysa *, comme aussi durant le chemin et en la mayson de Caiphe lors que ce malheureux confessa sa faute *. Mais il ne voulut point demander pardon ni esperer de le recevoir.
Que ne fit pas aussi ce mesme cœur de nostre Sauveur à l'endroit de celuy du mauvais larron tout le temps qu'il fut sur la croix ? Combien de fois le regarda-t-il, le provoquant à le regarder, permettant que son pretieux sang vinst à tomber sur luy à dessein d'amollir et purifier son ame. Helas ! ce miserable, en refusant ainsy le salut,
* I Cor., 1, 30.
* II Cor., v, t5.
* Ps. cxxix, 7.
* Matt., xxvi, 49,50.
* Vide supra, p.377.
* Rom., 11, 4.
* Luce, iit, 35.
* joan., xix, 35. Cf.
supra, p. 386.
* Cf, S. Bern.,serm.
de Dom. infra oct.
Assumpt., $ 15.
* Cf. supra, p. 329.
* Joan., xix, 26.
* Cf. Luc., n, 35, 51.
ne meritoit-il pas que Dieu le precipitast à l'instant dans les enfers? Mais il ne le fit point, ains l'attendit à penitence jusques à ce qu'il expirast. Donques si Nostre Seigneur remet si librement de si grans et enormes pechés, voire s'il offre mesme le pardon aux obstinés et les attend à penitence avec tant de patience *, o Dieu que ne fera-t-il à celuy qui le luy demande, et avec quel cœur ne recevra-t-il pas le penitent contrit ?
La troisiesme parole de Nostre Seigneur fut une parole de consolation qu'il dit à sa sacrée Mere laquelle estoit au pied de la croix, franspercée du glaive de douleur*, mais certes non pasmée ni à cœur failli comme la peignent faussement et impertinemment les peintres; car l'Evangeliste dit clairement le contraire et qu'elle demeura debout avec une fermeté nompareille *. Cela n'empeschoit pas sa douleur, mais elle la supporta avec un cœur tout genereux et magnanime, qui n'appartenoit qu'à elle. O Dieu, quelles furent ses angoisses ! C'est une chose inexplicable et inconcevable. Elle estoit ce pendant crucifiée en son cœur avec les mesmes cloux que Nostre Seigneur l'estoit en son corps *, car elle s'en alloit estre sans enfant et sans mary.
Notre cher Sauveur la voyant donc en cette detresse luy dit une parole pour la consoler ; mais ce ne fut point en la flattant ni caressant, ni ce ne fut point une parole de tendreté pour rapaiser son cœur parmi une si grande desolation. Certes, il failloit bien que le cœur de cette sainte Vierge parfaitement sousmise et resignée fut grandement fort, puisque Nostre Seigneur qui le connoissoit le traitta de la sorte * : Femme, luy dit-il, voyla ton fils *, luy monstrant saint Jean qui estoit le cher Disciple de son cœur et le cheri de ses entrailles. Il le luy donna pour avoir soin d'elle, car cette Vierge sacrée n'y pensoit point ; elle avoit toutes ses pensées à l'entour des douleurs de son divin Fils, douleurs qu'elle ruminoit en son ame * au pied de la croix. Mais son cher Enfant qui s'en alloit mourir, voyant que, demeurant vefve et orpheline, elle ne scauroit où aller, il la voulut pourvoir en cette desolation, luy donnant son Disciple pour fils, comme la