‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 269 sur 322 · LXVII. POUR LA FÊTE DE L'IMMACULÉE CONCEPTION · texte numérisé non relu

LXVII. POUR LA FÊTE DE L'IMMACULÉE CONCEPTION

eternelle. Tous ont esté atteints du peché originel, mais quelques uns en ont esté purifiés avant leur naissance par un miracle special, comme saint Jean Baptiste et encores le Prophete Hieremie *. Saint Jean fut sanctifié aux paroles de la sacrée Vierge Marie, par la presence de Celuy qui estoit enfermé dans ses entrailles. Nostre Seigneur et saint Jean Baptiste se visiterent dans le ventre de leurs meres (les entrailles de nos meres sont des petits mondes), et l'on tient que le glorieux Precurseur se mit à genoux pour adorer son Sauveur, et que l'usage de rayson luy fut donné à mesme instant *. Mais le monde ne veut croire que ce qu'il voit : cecy soit dit en passant.

Cependant, saint Jean et Hieremie ont esté conceus en peché par voye ordinaire de generation, mais il n'en a pas esté ainsy de Nostre Seigneur, car il a esté conceu du Saint Esprit * et de sa sacrée Mere sans pere ; c'est pourquoy il n'estoit pas raysonnable qu'il heritast du peché originel. L'on me pourroit dire : Puisqu'il a pris nostre nature, il est homme. Il est vray, mais il est Dieu aussi, et par ce moyen il est parfaitement Dieu et homme, sans separation ni distinction quelconque. Il n'est pas de la semence d'Adam, c'est à dire par voye de generation, car il fut conceu de sa Mere sans pere, comme nous avons dit ; il fut bien de la masse d'Adam, mais non pas de la semence. |

Quant à Nostre Dame, la tres sainte Vierge, elle fut conceué par voye ordinaire de generation ; mais Dieu layant de toute eternité predestinée en son idée pour estre sa Mere, la garda pure et nette de toute souilleure, bien que de sa nature elle pouvoit pecher. Il n'y a point de doute en cela pour ce qui est du peché actuel. Il me faut servir d'une comparaison pour vous le faire entendre. Sçavez-vous comme se font les perles? (Plusieurs dames desirent des perles, mais elles ne se soucient pas du reste.) Les meres perles font comme les abeilles : elles ont un roy, et prennent pour cela la plus grosse d'entre elles et la suivent toutes. Elles viennent sur les ondes de la mer au temps de la plus grande fraischeur, qui est à

* Jerem., 1, 5.

* Cf. supra, p. 67.

* Matt., 1, 18, 20 Lucæ, i, 35.

la pointe du jour, principalement au mois de may ; comme elles sont là, elles ouvrent leurs escailles du costé du ciel, et les gouttes de la rosée tombant en icelles, elles les resserrent ensuite en telle sorte qu'elles couvent cette rosée dans la mer et la convertissent en perles, dont puis apres l'on fait tant d'estat. Mais remarquez qu'elles ferment si bien leurs escailles, qu'il n'y entre point d'eau * Plin., Hist. nat., salée *. .

E Vide atra à Cette comparaison sert bien à mon propos. Le Seigneur ojus Edit, p. P en a fait de mesme pour la Sainte Vierge Nostre Dame, Cf tom. IX, p.177. parce qu'à l'instant de sa conception il se mit entre deux, ou bien, en quelque facon, au dessous d'elle pour l'empescher de tomber dans le peché originel. Et comme si la goutte de rosée ne trouvoit pas l'escaille pour la recevoir elle tomberoit dans la mer et seroit convertie en eau amere et salée, mais l'escaille la recevant elle est changée en perle, de mesme la tres sainte Vierge a esté jettée et envoyée en la mer de ce monde par voye commune de generation, mais preservée des eaux salées de la corruption du peché. Elle devoit avoir ce privilege particulier, parce qu'il n'estoit pas raysonnable que le diable reprochast à Nostre Seigneur que celle qui l'avoit porté en ses entrailles eust esté tributaire de luy. C'est pour cette cause que l'Evangeliste ne fait point mention des pere et mere de la Vierge, ains seulement de Joseph, espoux d'une Vierge nommée Marie, de laquelle est né le * Matt., 1, 16. Christ *. Aussi, par une speciale grace, son ame ne tenoit-elle rien de ses parens pour ce qui est ordinaire aux autres creatures.

Disons maintenant quelque chose de la devotion que nous devons avoir à cette sainte Vierge. Les mondains s'imaginent pour l'ordinaire que la devotion à Nostre Dame consiste à porter un chapelet à la ceinture, et leur semble qu'il suffit d'en dire quantité sans faire autre chose, en quoy ils se trompent grandement ; car nostre chere Maistresse veut que l'on fasse ce que son Fils com-

* Joan., n, 5. Cf. mande *, et tient pour fait à elle mesme l'honneur que l'on is rend à son Fils en gardant ses commandemens.

Nous avons des exemples de cecy ; je me contenteray

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