‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 276 sur 322 · LXIX. Pour LA FÉTE Dg NosgL · texte numérisé non relu

LXIX. Pour LA FÉTE Dg NosgL

le tesmoigne en l'homelie de ce jour *. Les premiers Chrestiens disoyent mesme les trois nocturnes de Matines separement,et par ce moyen se levoyent trois fois la nuit; de plus, on alloit sept fois dans la journée reciter l'Office pour accomplir ce que dit le Psalmiste *. En outre l'on preschoit trois fois en cette feste : une fois à la Messe de minuit, la seconde à la Messe de l'aube, et la troisiesme à la Messe du jour, comme saint Augustin nous l’asseure *; car l'ardeur de ces premiers Chrestiens estoit si grande que rien ne les faschoit : aussi le moindre d'entre eux valoit mieux que les meilleurs Religieux de nostre aage. Mais despuis l'on s'est tellement rafroidi, qu'il a fallu retrancher et accourcir les Messes, les offices, les predications. Or, tout cela n'est pas ce que je veux dire pour m'entretenir avec vous ce peu de temps qui nous reste : ains je pretens vous parler de ce que nous devons croire du mystere que l'Eglise nous represente à ce jour, et ensuite de ce que nous devons esperer et prattiquer. Si je n'acheve pas de vous tout expliquer maintenant, ce sera pour le reste de la journée, si Dieu nous en donne le temps.

Avant que d'entrer plus avant dans mon discours je vous diray que j'ay coustume de me servir de quelque similitude. En toutes les ceuvres que nous faisons ou que nous commençons, si nous sommes bien advisés, nous avons la fin presente * parce que nous la devons avoir. Par exemple, si quelqu'un veut fabriquer une maison ou un palais, il considere premierement si c'est pour y loger un vigneron ou quelque paisan, ou bien si c'est pour un seigneur, d'autant qu'il luy faut tenir une toute autre methode, selon la qualité de la personne qu'il veut y loger. Le Pere eternel en a fait de mesme en la fabrique de ce monde ; car il projetta de le creer pour l'Incarnation de son Fils, qui est le Verbe eternel *. La fin de son ceuvre fut donc son commencement, sa divine Sapience ayant preveu de toute eternité que ce Verbe prendroit nostre nature et viendroit sur cette terre. Tout celaill'avoit preordonné avant que Lucifer et le monde fussent creés et que nos premiers pere et mere eussent peché ; et nous

* S. Gregor. Mag., hom.viii in Evang.,

* Ps. cxvir, 164.

* Vide serm. cxciv, S r, et serm. cxxvii, $ r in Append. (?)

* Cf. supra, p. 243.

* Cf. Tr.del'Am.d Dieu,1. II, cc.iv,v

VEA ile PIZZE

* Luce, 1, 35.

tenons par tradition certaine qu'il y a mil six cent vin; et deux ans que Nostre Seigneur est venu en ce monde. qu'en prenant nostre nature il s'est fait homme.

Nous celebrons donques la naissance du Sauveur e terre; mais avant que d'en parler, disons quelque chose d la naissance divine et eternelle du Verbe. De toute eter nité le Pere a engendré son Fils, qui est semblable à lu et coeternel à luy, car il n'a jamais eu de commencement estant esgal en tout à son Pere. Pourtant le Fils nous es né du Pere, comme qui diroit de son sein, de sa propr substance ; c'est ainsy, par exemple, que nous disons qu les rayons du soleil sortent de son sein parce que l soleil et ses rayons ne sont qu'une mesme chose. Nou: sommes contraints d'user de ces parolles et de nous er servir parce que nous n'en avons pas d'autres. Si nou: estions des Anges nous parlerions de Dieu bien autremen et d'une maniere bien plus excellente ; mais helas, nou: ne sommes qu'un peu de poussiere et des enfans qui ne scavons ce que nous disons. Le Fils donc est engendré du Pere, il procede du Pere, sans occuper point d'autre place. Il est né dans le Ciel de son Pere, sans mere, lequel tout en estant l'origine de la tres sainte Trinité, demeure neanmoins vierge entre toutes les vierges. En la terre, il est né de sa Mere, Nostre Dame, sans pere. Nous dirons un mot de ces deux naissances desquelles nous avons des preuves certaines, comme nous declarerons tantost.

L'Evangile * nous asseure que le Verbe divin s'est incarné ès entrailles de la tres sainte Vierge; par ces paroles de l'Ange : Spiritus Sanctus, etc., luy annoncant que le Saint Esprit viendroit en elle et que la vertu d'en haut l'obombreroit.Ce n'est pas pourtant à dire qu'en Jesus Christ il y ayt deux personnes, car la Divinité s'unissant à nostre humanité il fut tres parfaittement Dieu et homme au mesme instant de sa conception, sans separation quelconque. Mais donnons quelques exemples. Les naturalistes remarquent que le miel se fait d'une certaine gomme que nous appellons manne, laquelle descoule du ciel et se vient joindre ou mesler avec la fleur

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