‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 277 sur 322 · LXIX. Pour LA FÊTE DE NoEL · texte numérisé non relu

LXIX. Pour LA FÊTE DE NoEL

qui de l’autre costé tire sa substance de la terre; or, ces deux substances se meslant ensemble ne forment qu’un seul miel *. Ainsy, en Nostre Seigneur et Maistre, la Divinité a comme joint nostre nature en la sienne et Dieu nous a faits participans en quelque facon de sa Divinité *, car il s’est fait homme comme nous **.

Mais il y a difference entre le miel qui se tire du thym, d'autant qu'il est beaucoup plus excellent que celuy qu'on appelle d'Heraclée, qui se fait sur l'aconit et autres fleurs; car quand on le taste l'on connoist aussi tost celuy qui est recueilli sur le thym parce qu'il est fort et doux tout ensemble, tandis que celuy d'Heraclée donne la mort *. Ainsy en est-il de l'humanité sacrée de Nostre Seigneur, car sortant de cette terre virginale de Marie, elle estoit bien differente de la nostre, laquelle est toute souillée de corruption et de peché. En effect, comme le Pere eternel voulut que son Fils unique fust Chef et Seigneur absolu de toutes les creatures *, de mesme voulut-il que la tres sainte Vierge fust la plus excellente entre toutes, puisqu'il l'avoit choisie avant tous les siecles pour estre la Mere de son divin Fils *. Et de vray, le ventre sacré de Marie est une ruche mystique dans laquelle le Saint Esprit a pestri ce gasteau de miel avec le plus pur sang d'icelle *. De plus, le Verbe a creé Marie et il est né d'elle, de mesme que l'abeille fait le miel et le miel l'abeille, si que jamais on ne vit abeille sans miel ni miel sans abeille.

En la naissance de Nostre Seigneur nous avons des preuves de sa Divinité et des preuves tres evidentes : l'on voit les Anges descendre du Ciel pour annoncer aux pasteurs qu'un Sauveur leur est né *, et les Rois Mages le venir adorer *. Tout cela nous monstre qu'il est plus qu'homme, comme au contraire, par les gemissemens qu'il fait en la creche, tremblottant de froid, nous le voyons vrayement homme.

Considerons, je vous prie, la bonté du Pere eternel ; car s'il eust voulu il eust peu creer l'humanité de son Fils comme il crea nos premiers parens, ou bien luy donner la nature des Anges, cela estant en son pouvoir.

* Cf. supra, p. 166.

* II Petri, 1, 4.

"*Philip.,r,7; Heb., IV, 15.

* Cf.Introd.a laVie dev., Partie III, cc.

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